CHAPITRE IV
riel et dans le personnel du département de la guerre. Quant au Congrès, il se bornait à voter des crédits provisoires ! Encore ces votes étaient-ils précédés d'aménités de ce genre : « S'il n'a pas été réservé à cette assemblée »de répondre, par un témoignage éclatant de sa sollicitude, à la voix d'un peuple gémissant sous le poids » accablant des impôts, en faisant une sévère justice de ces » déplorables budgets, contre lesquels un cri de réprobation » s'est élevé de tout côté, espérons que la représentation » future, avertie par nos vœux et nos regrets, écartera »ces ruineuses profusions et toutes ces inutiles allocations, repoussera un système de dépenses dont l'énor- »mité semble croître avec la détresse générale, et saura »le remplacer par un plan qui conciliera les besoins du » service avec les ressources de la nation (1). » On flattait les instincts populaires, on déclamait pompeusement des tirades sonores; on foudroyait ces déplorables budgets, au moment où les hollandais massaient 90,000 hommes dans le Brabant septentrional et la Zélande (2). La même tactique était suivie dans la presse. Le 22 juin 1831, le Moniteur s'écriait douloureusement : «De- »puis que le budget est présenté au Congrès, les journaux, au lieu d'en faire l'objet d'un examen calme et •raisonné, en prennent texte pour crier au gaspillage, à »la dilapidation. On croirait, à les entendre, que dès » qu'une somme est votée le ministère peut en disposer à »son gré.» — C'est que les révolutions ne se font pas sans
(1) Discours de M. Masbourg; séance du 20 juillet 1851. Huyttens t T. III, p. 601.
(2) Il est vrai que le ministère avait, lui aussi , un reproche à se faire. La présentation des budgets avait été tardive (1 er juin 1831).
flatter les instincts populaires! La diminution des impôts avait figuré au programme des réformes, et le pouvoir subissait les conséquences de son origine. Le gouvernement à bon marclié était le thème favori des députés et des journalistes. Le vœu était légitime, mais l'heure était mal choisie pour sa réalisation ; il fallait ou jamais se rappeler la maxime : Si vis pacem, para bellum.
Une autre circonstance atténuante qu'il convient de ne pas perdre de vue, c'est l'attention incessante que réclamaient, cfun côté les relations extérieures, de l'autre les embarras sans cesse renaissants de l'organisation administrative du pays. Sans doute, les affaires diplomatiques ne concernaient pas le chef du département de la guerre; mais ce n'était pas exclusivement à ce département qu'incombait la mission de créer une armés nationale. A chaque pas se présentaient des questions financières et d'intérêt général que le conseil des ministres pouvait seul résoudre. Les difficultés de l'organisation administrative, la malveillance de la presse, les longues et irritantes discussions du Congrès, le relâchement des liens sociaux, les besoins du trésor, tous ces embarras, auxquels se joignait la question extérieure, absorbaient en grande partie le temps que les ministres pouvaient consacrer à l'organisation de nos forces défensives. Toutes ces entraves, nous en convenons, ne devaient pas leur faire oublier l'urgence de la question militaire; mais l'impartialité exige incontestablement qu'il leur en soit tenu compte.
Après avoir loyalement indiqué les obstacles que rencontrait l'organisation de l'armée régulière, il nous sera facile d'apprécier à leur valeur réelle les accusations