‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 69 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

part des éloges de la tribune et de la presse. Le volontaire recevant une solde plus élevée que le soldat de la ligne, il fallait se contenter de ce privilège, sans fournir de nouveaux griefs aux murmures des soldats. «Lesvolontaires,» dit le général Daine, « étaient alors les guerriers par » excellence. La tribune retentissait des éloges que leur » prodiguaient quelques orateurs qui, faisant maladroite- »ment l'apologie de leur indiscipline et de leur mutinerie, » rabaissaient les services que pouvait rendre la véritable » troupe de ligne : de là cette défiance, je dirai même la » haine, qui a toujours existé, depuis la révolution, entre »ces corps (1). » Ces reproches ne sont que trop fondés. Le gouvernement n'osait pas même assigner aux volontaires les cantonnements où la sécurité des frontières reclamait leur présence. Du haut de la tribune du Congrès , un orateur fit un crime aux généraux d'avoir envoyé un corps de volontaires dans les bruyères froides et malsaines de la Campine. D'autres orateurs reprochaient au gouvernement de laisser sans emploi les volontaires qui abandonnaient l'armée (2) !

Un autre obstacle qu'il importe de ne pas perdre d« vue, c'est l'excessive parcimonie avec laquelle le pouvoir législatif procédait à l'allocation des crédits les plus indispensables. Le budget de la guerre de 1831 subit, dans; tous ses articles, un feu roulant de critiques implacables. Tel orateur pensait que le nombre des intendants était trop grand ; tel autre voulait réduire le personnel de l'étatmajor; un troisième, affirmant qu'il y avait assez de canons dans le pays, disputait au ministre un crédit dç

(i) Mémoire au Roi, p. A.

(2) V. entre autres , le procès-verbal de la séance du 6 décembre 1830.

13,000 florins pour la fonderie de Liège ; un quatrième proposait de décréter l'inutilité d'une compagnie d'artillerie sédentaire ; un cinquième voyait une superfétation dans l'existence d'un médecin en chef de l'armée; un sixième faisait retrancher 1,520,140 florins de la somme réclamée pour achat de fusils et de sabres ! Le projet présenté par le baron de Failly renfermait, il est vrai, quelques erreurs de détail; mais, dans son ensemble, il était loin d'être exagéré. Dans le créjiit global de 35,721,235 florins réclamé par le ministre, figuraient 2,622,000 florins pour la mobilisation éventuelle d'une partie de la garde civique ; de sorte que les dépenses pour la création , l'habillement, l'équipement, l'armement et l'entretien sur le pied de guerre d'une armée de plus de 60,000 hommes, n'étaient évaluées qu'à 33,099,235 fis. Et qu'on le remarque bien : cette somme comprenait fl. 1,620,000 pour achat de chevaux, fl. 3,531,550 pour achat d'armes de toute nature, fl. 2,213,638 pour vivres de campagne, fl. 1,154,500 pour le matériel du génie, fl. 1,445,100 pour le matériel de l'artillerie, etc.; car tout était à créer, et la Hollande prodiguait ses trésors pour réunir une armée formidable sur nos frontières du nord.

Les explications fournies par le ministère étaient aussi complètes que le permettait la pression des circonstances (1). Qu'importe? La commission émit l'avis qu'une somme globale de 30,000,000 fl. était suffisante, et son rapporteur s'écria, du haut de la tribune, que de grandes économies devaient être réalisées dans le maté-

(I) V. Huytleas , T. IV, p. 537 et ooG.

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