‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 72 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

incorporée à la fin de juin et qui n'était pas encore habillée, la gendarmerie, les gardes forestiers, la garde municipale de Gand et le dépôt des étrangers (1).

Ce résultat définitif des efforts de quatre ministres a été très-diversement apprécié. Les uns se sont écriés que l'administration de la guerre a fait des merveilles; les autres ont parlé d'incurie, de négligence et même de trahison. Ni Tune ni l'autre de ces appréciations n'est marquée au coin de la justice et de l'impartialité. Si l'on tient compte des mille obstacles de toute nature que nous avons signalés, la réunion, l'équipement et l'organisation

(1) Dans la lettre à laquelle nous empruntons ces détails, M. de Failly ajoB te :

« Des 22,000 hommes formant l'armée de l'Escaut, 13,000 seulement furent diriges le 6 août sur Acrschot et ensuite sur Louvain. Les 9,000 hommes restants comprenaient les 5 e , 5« et 7 e régiments d'infanterie, et l'artillerie affectée au service de la garnison d'Anvers... »Dcs 11,500 hommes formant l'armée de la Meuse ,

1,800 hommes du 2 e régiment d'infanterie tenaient garnison à

Venloo.

1,200 hommes du 5 e régiment de chasseurs à pied à Ruremonde. 1,500 hommes du 1 er régiment de chasseurs à pied à Tongres.

»To!al 4,500

»Les autres 10,000 hommes restèrent réunis en avant de Hasselt jusqu'au 8 août. » (V. le Moniteur du 24 décembre 1839).

Dans son Exposé statistique de la force publique de la Belgique, M. le général Trumpcr porte le chiffre de l'armée , en juillet 1831 , à 58,300 hommes présents sous les armes et 6,500 miliciens en congé illimité {Exposé de la situation du Royaume. Période décennale 1841-1850, p. 550).

Les états de situation présentaient en effet , au commencement d'août, un effectif de 64,000 hommes; mais la confection des tableaux était entachée de graves irrégularités. Quelques cnc f s avaient porté dans l'effectif les miliciens de 1826 congédiés dès le mois de juin et qui n'avaient jamais figuré que sur les contrôles. Dans un régiment d'infanterie , 300 hommes comptaient comme absents dans l'effectif, tandis qu'ils avaient été réellement incorporés dans un autre corps. Ailleurs , 800 hommes de la levée de 1826 n'avaient pas été définitivement rayés du contrôle ( Rapport du ministre de la guerre , présenté à la Chambre des représentants , le 23 novembre 1831). Nous y reviendrons.

d'une armée de plus de 60,000 hommes sont des actes qui ne méritent pas le dédain qu'affectent quelques censeurs systématiques. Sans doute, le personnel et le matériel laissaient beaucoup à désirer; mais, par contre, il importe de ne pas oublier que tous les éléments administratifs faisaient défaut, alors que tout était à créer : composition des cadres, armement et habillement des troupes, administration centrale, moyens de subsistance, service des hôpitaux, parcs militaires, approvisionnements de siège, comptabilité des corps, service vétérinaire, service des ambulances, haras, c'est-à-dire, tous les éléments d'une armée, tous les détails du service, tous les rouages de l'administration. On ne possédait pas une batterie attelée, pas un cheval dressé, pas un uniforme complet. Il est donc incontestable que des efforts sérieux ont été tentés dans l'intérêt de la défense nationale. Ce qui est malheureusement vrai , c'est que ces efforts n'eurent pas toute l'énergie que réclamaient les circonstances; c'est que pas un des quatre ministres de la guerre n'approcha, même de loin, de ces individualités puissantes que firent surgir les orages révolutionnaires du dix-huitième siècle. Dédaignant les clameurs des journaux et des <slubs, il fallait monter à la tribune du Congrès, dévoiler toutes les plaies, signaler tous les dangers, indiquer tous les besoins, démasquer toutes les bassesses, et réclamer hardiment les hommes et l'argent nécessaires. Il y a des époques où l'intérêt de la patrie exige que l'homme d'Etat affronte et même assume les humiliations de l'impopularité. Qui sait, d'ailleurs, si le pays n'eut pas applaudi au courage des ministres? En 1831, le premier intérêt do la nation était dans l'armée.

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