‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 73 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Peut-être faut-il chercher ailleurs les causes de cette mollesse relative.

Un fait qui paraîtra étrange, mais qui n'en est pas moins incontestable, c'est que les ministres eux-mêmes ne croyaient pas à la guerre. Pleine de mépris pour la Hollande, la presse ministérielle jetait parfois l'anathème aux mauvais citoyens qui osaient redouter l'invasion de nos provinces. Le 10 décembre 1830, V Union belge, organe avoué du ministère, publia cette ridicule tirade : « Est-ce •du côté de la Hollande, triste débris du ci-devant • royaume des Pays-Bas, que Mars soufflera ses fureurs? •Nous viendra-t-il de ses marais quelque émule des Frédéric et des Chassé, pour porter la désolation dans nos •villes et dans nos campagnes? Anathème contre celui •qui l'espère, honte à quiconque le suppose! C'est bien •plutôt la Belgique qui se lèverait tout entière et se précipiterait sur la Hollande au moindre signal qu'on lui •donnerait! • Et qu'on ne dise pas que ces lignes étaient le produit de l'exaltation révolutionnaire du moment : il y avait là tout un système. Le 2 juillet 1831, un mois avant l'invasion, le Moniteur, à son tour, s'efforçait de prouver que la nation hollandaise ne voulait pas la guerre, et que son roi devrait bien subir l'influence de l'opinion publique. Ces choses se disaient et s'écrivaient au moment où la Hollande prenait l'aspect d'un camp et s'imposait tous les sacrifices compatibles avec ses ressources !

Mal renseigné sur les dispositions de l'étranger, le gouvernement rencontrait à l'intérieur les déboires d'une opposition haineuse et systématique. Son énergie se ressentait de cette double impression : elle n'était pas

toujours à la hauteur des circonstances. Le 16 juin 1831 , cédant aux sollicitations de quelques membres du Congrès, le baron de Failly eut la faiblesse d'accorder un congé définitif aux miliciens de la levée de 1826, privant ainsi l'état du concours de 9,000 soldats exercés et habitués aux fatigues du service. Les levées de 1830 et de 1831, incorporées dans les régiments, entrèrent en campagne sans avoir jamais tiré un coup de fusil.

Cette attitude peu courageuse du gouvernement en général et du ministre de la guerre en particulier avait produit des conséquences déplorables. On en trouve une preuve saisissante dans les débats relatifs à l'admission des officiers étrangers dans les cadres de l'armée belge.

Le 9 avril 1831, M. Nothomb et dix-neuf de ses collègues déposèrent sur le bureau du Congrès une proposition tendant à « autoriser le gouvernement à employer, » jusqu'à la paix, des officiers supérieurs étrangers et à »leur confier des commandements dans l'armée belge, » autant que les besoins de la guerre l'exigaient et que » leurs talents les rendaient recommandables. »

Cette proposition était sage et opportune. Il n'y avait point de honte à avouer que, sous le rapport de la science stratégique, notre armée improvisée laissait beaucoup à désirer. Les officiers les plus distingués étaient les premiers à signaler la lacune ; entourés de nullités prétentieuses, ils s'épuisaient à transmettre des instructions incomprises et des ordres dédaignés. La Belgique luttant pour son indépendance et sa liberté ne devait pas se montrer plus scrupuleuse et plus fière que l'Amérique et la Grèce. Le concours des Lafayette, des Ségur et des

Page 1