‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 111 sur 178 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

de coDlribuables s'imaginaient de bonne foi que rave-» nement du libéralisme serait le signal d'une notable réduction du chiffre des contributions publiques. Ils oubliaient que cette réduction ne pouvait se faire qu'à la condition d'interdire à l'Etat toute immixtion dans les sphères où l'activité individuelle peut suffire aux besoins du pays; ils oubliaient que l'extension des pouvoirs de l'Etat, indiquée, prônée, exigée par tous les organes de l'opinion libérale, allait nécessairement devenir une source de dépenses nouvelles !

Ainsi qu'on devait s'y attendre, la guerre au cabinet, aux catholiques et aux libéraux unionistes atteignit son apogée la veille des élections de 1847. Jamais corps électoral ne fut ébloui par des promesses plus séduisantes, plus magnifiques. Nourseulement on signalait l'avènement du cabinet libéral comme une ère d'ordre, de paix intérieure, de prospérité matérielle, d'activité universelle et féconde, mais on attribuait au libéralisme exclusif le monopole du patriotisme, du dévouement, de la probité politique, de toutes les vertus civiques. Tandis que M. Lebeau, au sein de la Chambre des représentants, comparait l'opinion libérale au soleil qui jette des flots de lumière sur ses obscurs blasphémateurs (i), les principaux organes du parti répétaient et commentaient les lignes suivantes, extraites de l'œuvre d'un jeune et éloquent publiciste, devenu membre du parlement malgré ses tendances républicaines hautement avouées : «Le libéralisme, c'est la per- ^sonniGcation de toutes les grandes pensées, de tous les » sentiments généreux, de toutes les idées de progrès,

(1) Ànn. pari, 18i5-46, p. 1138.

»des conquêtes du passé et des espérances de Tavenir. > C'est lui qui a réveillé la race humaine de son long » sommeil, secoué le joug des préjugés vulgaires, re- » trouvé les litres du genre humain et revendiqué les adroits de l'homme et la souveraineté des peuples. » C'est lui qui a remplacé l'anarchie féodale par la madjeslueuse loi de l'unité, effacé les dernières traditions »de la barbarie, désarmé le fanatisme, prêché la loi de 3>Ia tolérance, proclamé l'indépendance de la pensée et s>de la conscience, renversé le régime des corporations »et des castes, et préparé la réalisation de l'égalité et de »ia fraternité humaine. C'est lui qui, par le prodigieux » essor qu'il a imprimé à l'intelligence, a enfanté les 1) merveilles réunies des sciences, des arts, de l'indus- »trie et du commerce, et qui, toujours infatigable, »doit guider les sociétés modernes vers cet avenir de ^grandeur, de puissance et de liberté qui est, en » quelque sorte, la terre promise des peuples (1).» Le parti qui revendiquait pour ses adeptes tous les instincts élevés, toutes les pensées généreuses, toutes les gloires du présent, tous les bienfaits du passé, toutes les espérances de l'avenir, ce parti ne pouvait placer que des vues coupables et des projets dangereux dans le camp de ses adversaires.

Ce fut au milieu de cette surexcitation des esprits que se firent les élections de juin 1847.

Malgré l'activité prodigieuse déployée par les clubs disséminés sur tous les points du pays, le résultat du scrutin ne répondit pas entièrement aux espérances du libéralisme exclusif. Nonobstant les pertes qu'elle subit

(1) Le libéralisme^ par Âdelson Gasliau,^ 16.

Page 1