CHAPITRE XXX
révolution de Septembre; et ces éloges lui seroni décernés de plus en plus, à mesure que le temps, ce vaste sépulcre des préjugés et des haines, imposera silence aux cris de l'ambition déçue, aux murmures des intérêts froissés, au dénigrement systématique des rancunes personnelles. Pour fournir la mesure des services qu'il sut rendre au pays, il sufiQt de citer l'organisation de la commune, de la province et de l'enseignement supérieur, rétablissement et l'extension du railway décrété par ses prédécesseurs, le développement considérable de tous les travaux publics , la solution définitive de nos différends avec la Hollande et avec l'Europe.
Plusieurs fois modifié dans le personnel de ses membres, le ministère de 1834, au moment de sa dissolution, ne comptait plus dans ses rangs qu'un seul des hommes politiques qui avaient concouru à sa formation; mais cet homme, resté seul à son poste, avait su maintenir, dans toute son étendue, dans toute sa force et dans toute sa loyauté, le programme politique de ses premiers collègues. Profondément dévoué au pays et à ses institutions libérales, calme et modéré par caractère, impartial et juste envers ses amis et ses adversaires, animé de la seule passion du devoir, inébranlable dans l'accomplissement des mesures dictées par sa conscience, poussant la probité jusqu'au scrupule, M. de Theux était éminemment propre à servir de lien et de centre, dans une combinaison ministérielle qui avait pour base l'alliance des deux grandes opinions nationales. Toujours modéré dans ses actes et dans ses paroles, dédaignant de se défendre aussi longtemps que la dignité du pouvoir ou les intérêts du pays n'étaient pas en cause,
24 8 JUIN 1839 — 6 avril 1840.
consacrant à raccomplissement de sa mission Ténergie que d'autres dépensent trop souvent dans les luttes stériles de la polémique, il ne tarda pas à prouver que la réunion de deux portefeuilles importants n'était pas un poids au-dessus de ses forces (1). Ainsi qu'il arrive toujours à l'homme qui se place à cette hauteur, M. de Theux s'attira l'hostilité de toutes les opinions extrêmes. Tandis que les partisans du libéralisme exclusif l'accusaient d'abaisser le pouvoir civil en face des exigences des évoques, bien des catholiques lui reprochaient de faire de déplorables concessions à leurs adversaires (2). Déjà l'heure de la réparation approche ; encore quelques années, et la politique éminemment nationale du cabinet de 1834 sera appréciée à sa valeur réelle. Dieu veuille que la Belgique ne soit pas appelée à connaître, dans une triste et redoutable expérience, les périls de ces théories nouvelles qui déguisent, sous les noms pompeux d'indépendance et de progrès, toutes les exigences de l'orgueil, tous les rêves de l'ambition, tous les calculs de régoïsme (3)!
(I) Les joiirnaax du temps s*occupaieni fréquemment de la réunion des portefeuilles de l'Intérieur et des Âfiaires étrangères. Ceux qui se donneront la peine de lire le récit des négociations de 1839 (T. III, p. 2i7 et suiv.) pourront aisément se convaincre que cette réunion ne fut aucunement préjudiciable aux intérêts bien entendu? du pays.
{% Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le Journal historique et littéraire (1840, p. 26): c Nous avons entendu souvent des catholiques se plaindre i>de voir leurs services ou leur mérite méconnu , d'être oubliés ou mal »accueillis. Nous ajouterons, puisque l'occasion s'en présente, qu'une •opinion assez généralement répandue parmi eux , était qu'on rejetait «leurs demandes parce qu'on ne les craignait pas^ c'est-à-dire , qu'on ne «redoutait de leur part ni opposition ni mauvaise intrigue. »
(3) Le roi , juste appréciateur du mérite, éleva M. de Theux à la dignité de comte.