‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 13 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

■IHISTÈRE LEBEAUROfilER.

(18 Avril 1840 — 13 Avril 1841).

Dénouement de te crise ministérieUe. — Composition da nouveau cabf' net. — Le ministère est choisi dans les rangs de la minorité. — Ad' ministration libérale homogène. — Programme communiqué aux Chambres. — Attitude bienveillante des catholiques exclus du pouvoir. — Polémique agressive de la Revue nationale. — Le ministère et M. Devaux. — Les catholiques conçoivent des craintes.— Préférences accordées aux membres du parti libéral. — Provocations de M. Yerhaegen et de M. Delfosse. — Réunion des catholiques à l'hôtel du baron de Sécus, la veille de la discussion do budget des travaux publics. — Ils prennent la résolution de ne pas soulever la question ministérielle. — Cette- résolution est brusquement abandonnée pendant les discussions du budget. — Débats parlementaires.— Le budget est volé par la Chambre des représentants. — La lutte se renouvelle au »ein du Sénat. — Vote d'une adresse au roi. — Crise ministérielle. — Intervention des conseils communaux. — M. Lebeau adresse un mémoire au roi ; analyse de ce document historique. — Le ministère demande la dissolution des deux Chambres, et subsidiairement celle du Sénat. — Gravité delà situation. — Le roi refuse la dissolution. — Retraite du cabinet. — Réflexions générales.

Le 18 avril 1840, le journal officiel fit connaître la composition du nouveau ministère. Les six portefeuilles étaient répartis de la manière suivante : Affaires étrangères, M. Lebeau; Intérieur, M. Liedts; Justice, M. Leclercq; Travaux publics, M. Rogier; Finances, M. Mercier; Guerre, le général Buzen (l),

(1) Dans le dé.<(ir de représenter le Sénat au sein du cabinet, on avait offert un portefeuille à M. Dumon-Dumortier. Le refus du sénateur de Tournai fit échouer cette combinaison.

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L'administration nouvelle était homogène. Tous les ministres appartenaient à Topinion libérale.

Le cabinet précédent avait succombé sous les attaques d'une coalition, dans les rangs de laquelle des hommes éminents de la fraction catholique du parlement figuraient en première ligne. La proposition qui amena la retraite de M. de Theux était l'œuvre d'un catholique. Au sein de la Chambre des représentants, les suiïrâges des catholiques étaient plus que suffisants pour contre-balancer les voix des libéraux ; au sein du Sénat, leurs amis possédaient une majorité incontestable. Et cependant ils étaient systématiquement exclus de l'administration nouvelle! Pas un homme partageant leurs croyances religieuses et politiques n'était jugé digne de s'asseoir au banc des ministres! En tenant compte de l'ensemble de la représentation nationale, le ministère était incontestablement choisi dans les rangs de la minorité. Il y avait là un oubli complet des règles les plus élémentaires du gouvernement constitutionnel, un singulier dédain de la dignité, des droits et des susceptibilités légitimes de la majorité des Chambres. Le jour même où le Moniteur publia les noms des nouveaux ministres, il était facile d'annoncer une lutte où l'union patriotique de 1830 allait recevoir une atteinte peut-être irréparable.

Les hommes impartiaux et modérés firent un rapprochement qui n'était guère de nature à calmer les alarmes des catholiques. Depuis la victoire du peuple en 1830, l'opinion libérale était arrivée cinq fois aux affaires, et cinq fois elle avait organisé un cabinet d'une couleur exclusive; tandis que les catholiques, deux fois

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