CHAPITRE XXXVIX
ration des avantages qu'ils avaient conquis au prix de tant d'efforts et de luttes, les catholiques, respectant le pouvoir, même aux mains de leurs adversaires, redoutaient par-dessus tout la perte de leurs libertés religieuses et l'irruption des folies et des spoliations du socialisme. Or, le concours des libéraux et des catholiques une fois obtenu, il ne restait que le parti radical, toujours bruyant et passionné , mais en réalité peu redoutable. Que pouvait-il en présence de l'union des deux grandes opinions nationales? L'armée était fidèle; l'administration était prête à faire son devoir, et le peuple lui-même, encore accessible aux influences religieuses, manifestait énergiquement le désir de conserver le trône de Septembre et l'indépendance du pays. Loin d'ébranler la fidélité des Belges, la nouvelle de la chute du trône de Louis-Philippe avait ravivé les sentiments de respect et d'amour que la nation avait voués à la famille royale et aux lois constitutionnelles. Dans la séance de la Chambre du l^'^ mars^ M. Rogier dit avec raison : « Il s'est manifesté un si vif sentiment »de nationalité, d'indépendance, que l'esprit politique 3pdu pays nous laisse dans la plus entière sécurité (1). » Cette situation indiquait à la fois la nature et les limites des mesures extraordinaires que le gouvernement était appelé à prendre. Porter remède à la crise industrielle et financière, raffermir la confiance, placer l'armée sur un pied respectable, enlever tout prétexte à la malveillance des ennemis avoués ou secrets de Tindé-
(1) Quelques cris isolés, quelques manœuvres obscures pratiquées k èruxeUes et à Gand^ étaieat absolumeat dépourvus d'importaacev
294 12 AODT 1847—31 octobre 1852.
pendance du pays : telle était la mission difficile mais glorieuse qu*il avait à remplir.
Les ministres et les Chambres se mirent à Toeuvre avec courage et succès. On décréta deux emprunts forcés, l'un de douze et l'autre de vingl-cinq millions de francs (1). On donna cours forcé, sous la garantie de l'Etat et jusqu'à concurrence de cinquante millions, aux billets émis par la Société Générale et la Banque de Belgique (2). Dans le désir d'étendre la circulation du numéraire et de faciliter les rapports internationaux, on donna cours légal à plusieurs monnaies étrangères (3). On introduisit dans la législation nationale le système des warrants, si utilement pratiqué en Angleterre (4). On réorganisa la garde civique (5). Malgré les embarras de la crise, on imprima aux travaux publics toute l'activité compatible avec les ressources du trésor. On ouvrit un crédit de 1,300,000 fr. pour travaux extraordinaires de construction et d'amélioration de routes (6). On mit deux millions à la disposition du ministre de l'Intérieur, pour lui fournir le moyen de venir en aide aux besoins du travail national et à la détresse des classes ouvrières (7). Joints au crédit de 500,000 fr., déjà voté pour mesures relatives aux subsistances dans les districts liniers du royaume, ces subsides, sans offrir une efficacité souveraine, pou-
Ci ) Lois du 26 février et du 6 mai 18tô.
(2) Lois du 20 mars et du 22 mai 1848.
(3) Loi du l mars 1848.
(4) Loi du 20 mai.
(5) Loi du 8 mai.
(6) Loi du 2 mars 1848.
(7) Loi du 18 avril 1848.