CHAPITRE XXXVII
vaicnt prévenir bien des chutes et adoucir bien des souffrances.
Jusque-là le gouvernement mérilail l'approbation de tous les hommes modérés.
Malheureusement les mesures purement politiques réclamées par les ministres n'offraient pas le môme caractère de sagesse et d'impartialité. Au lieu de s'arrêter aux actes commandés par la situation, ils soumirent à la sanction des Chambres une série de réformes radicales, qui, nullement requises par les circonstances, ne pouvaient avoir d'autre résultat que d'amener la prépondérance du libéralisme, la suzeraineté électorale des villes et le vasselage politique des arrondissements ruraux.
Dès le 28 février, c'est-à-dire trois jours après celui où il avait appris la proclamation de la république en France, M. Rogier donna lecture d'un projet de loi abaissant le cens électoral pour la nomination des membres des Chambres au minimum fixé par la Constitution (fr. 42-32). C'était aller bien au delà des vœux immédiats du Congrès libéral. C'était immensément dépasser les idées que M. Frère avait défendues au sein de celte assemblée politique, dont les représentants, de l'aveu de M. Rogier, disposaient aujourd'hui des portefeuilles. C'était une réforme tellement exagérée qu'un député libéral de Liège, le baron de Tornaco, au moment même de la lecture du projet, s'écria d'une voix émue : « Je n'ai jamais admis une réforme telle que >celle qui est proposée subitement. J'aurais voulu une » réforme plus lentement progressive. J'ai toujours j» craint, je l'avoue, que le nivellement des cens des
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» villes et des campagnes n'entraînât pour ainsi dire •rasservissement des campagnes (1), » Tel était en effet le seul résultat possible de cette modification brusque et complète de notre système électoral. L'opinion publique n'avait pas réclamé cette mesure extrême. De même que la presse catholique, les feuilles libérales de toutes les nuances n'avaient élevé la voix que pour protester de leur dévouement au roi, aux institutions constitutionnelles, à l'indépendance du pays. Ce n'est pas ainsi que l'homme d'Etat digne de ce nom procède dans les crises qui, tôt ou tard, se présentent dans l'existence de tous les peuples. Quand des concessions sont devenues nécessaires, un ministre éclairé ne se jette pas d'un seul bond jusqu'aux dernières limites de la Constitution. Que restera-t-il à céder le jour où le radicalisme, qui se trouve incontestablement en progrès, sera devenu assez fort pour réclamer des concessions nouvelles? Il ne restera qu*à déchirer la Constitution ellemême ! Sans doute, il était d'une sage politique de faire quelques sacrifices à l'esprit démocratique; mais le cabinet ne devait pas priver ses successeurs de la possibilité de s'engager un jour dans une voie analogue. Les ministres auraient dû se rappeler les nombreux exemples que leur fournissait l'histoire constitutionnelle de l'Angleterre. Marcher lentement pour avancer avec sécurité : telle est la politique des Pitt, des RusscU, des Peel et des Palmerston. En politique comme ailleurs» la peur est mauvaise conseillère.
Les catholiques ne se firent point illusion sur le
(i) Xnn. paW.ip. 956i..