‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 150 sur 178 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

passions haineuses et les luttes stériles disparurent au milieu de ces manifestations touchantes d'un deuil universel! Malheureusement l'heure de la réconciliation n'avait pas encore sonné.

Un instant unis pour rendre un dernier hommage à la reine, les partis reprirent leurs querelles le lendemain de l'accomplissement des cérémonies funèbres. Le rétablissement de l'union était d'autant plus éloigné que les ministres eux-mêmes semblaient se plaire à multiplier les griefs de leurs adversaires politiques.

« L'opposition libérale, parvenue au pouvoir, » dit un de nos historiens, « traite la minorité à peu près j)Comme elle traitait jadis les ministres. Le cabinet li- »béral.... se complaît dans sa force et savoure sa venïgeance. Van Maanen et le parti hollandais n'allaient »guère aussi loin (i)! » Ces lignes peignent la situation avec une exactitude rigoureuse. A force de fouiller dans le vaste arsenal des lois de la République et de l'Empire, on y avait trouvé des entraves et des obstacles merveilleusement imaginés pour contrarier la diffusion des influences religieuses. On déniait aux catholiques le droit de fonder à leurs frais un hospice administré par des hommes investis de leur confiance. On prétendait que les sœurs hospitalières violaient les règles de leur institut, en donnant l'instruction gratuite aux enfants pauvres. On contestait aux fabriques d'église la faculté de distribuer quelques pains à l'issue d'un service célébré pour les morts. Ou réduisait par arrêté royal

(1) De Gerlache, £i«at, p. 24 (2« édit.).

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le casuel que la volonté des testaleurs avait attaché à la célébration des anniversaires ! On inventait des restrictions administratives inconnues aux ministres calvinistes de Guillaume I"! Et cette politique étroite et tracassiëre, cette mise en suspicion de TEglise, se nommaient la sécularisation de la charité, la restauration des grands principes de 1789! Les actes, les intentions et les vœux des catholiques étaient repoussés , méconnus et dénaturés avec une ardeur inconcevable. On incriminait jusqu'au concours qu'ils avaient prêté aux ministres libéraux, dans la crise européenne qui suivit la révolution de Février. Ce concours était^un acte d'hypocrisie, une preuve de lâcheté, un effet de la peur! «C'est le libéralisme,» disait l'un des ministres, «qui »vous a sauvés le 24 février! Ah! je m'en souviens » encore, je vous ai vus descendre de vos bancs; vous :ii trembliez alors^ vous aviez peur, vous êtes venus presser 7>nos mains et reconnaître vos erreurs (1) !» On se figure sans peine quel devait être le langage des orateurs de la gauche, lorsque les ministres eux-mêmes, représentants du roi et chefs de l'administration nationale.

(1) Séance du 20 avril 1850. — Le lendemain M. Descharops répondit noblement à M. le ministre des Finances. I^ous nous bornerons à transcrire quelques lignes des Annales parlementaires :

M. Dechamps. a... Avez-vous sondé votre propre pensée? Qu'avez-vous voulu dire? Vous nous auriez sauvés! Nous aurions péri! Mais comment donc et pourquoi nous avez-vous sauvés? Qui nous aurait renversés? Par quelles mains aurions-nous péri? ...Je vous interroge. Vous avez dit souvent et vous avez eu raison de le dire : il n'y a en Belgique que deux grandes opinions, la vôtre et la nôtre; il n'y a pas en Belgique de parti révolutionnaire, vous le savez bien, ou, s'il existe, il est tellement faible que ce n'est pas lui à coup sûr qui, le 24 février aurait pu passer sur voire corps pour nous renverser. Qui donc noat aurait renversés? [Mouvemmi), »

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oubliaient ainsi ie respect qu*ils devaient aux délégués du corps électoral.

Forcés de contribuer aux frais d'un enseignement organisé pour faire une concurrence redoulable à leurs propres écoles; écartés des fondions publiques; calomniés dans leurs intentions les plus pures et les plus patriotiques; contrariés jusque dans Texercice de la bienfaisance; rencontrant partout des passions haineuses, depuis le conseil de la commune jusqu'à la tribune des Chambres législatives ; trouvant le dédain^ et Toutrage sur les lèvres du membre le plus influent du cabinet, quelques catholiques, égarés par les sophismes de la presse étrangère, eurent le tort de rendre les institutions libérales elles-mêmes responsables de ces déceptions et de ces souffrances. Ils se demandaient avec douleur si les libertés constitutionnelles n'étaient pas essentiellement hostiles aux croyances et à la discipline de l'Eglise; si le succès dans les luttes électorales n'était pas le bénéfice nécessaire de l'intimidation, de la calomnie, de la ruse et de la fraude; si cette guerre implacable déclarée à toutes les influences religieuses n'était pas le prélude d'une catastrophe révolutionnaire, la préparation d'un redoutable soulèvement des classes inférieures. D'autres, allant plus loin encore, poussaient le découragement au point de jeter un rggard d'envie au delà de la frontière. A leurs yeux, l'invasion étrangère et la perte de la nationalité eussent été préférables au règne définitif du libéralisme (1). Les premiers étaient dans l'erreur, les seconds étaient coupables. Quand on défend la vérité , on a tort de s'effrayer de

(1) Voy. à ce f ujet les réflexions du Joum. hiêt, et UU.^ mars 1852.

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la lutte; quand oq possède des institutions larges et vraiment libérales, la justice et le droit ne perdent jamais irrévocablement leur empire; quand les ministres doivent s'appuyer sur une majorité issue des suffrages du corps électoral, leurs empiétements rencontrent tôt ou tard des obstacles dans les réactions inévitables de l'opinion publique. Les institutions parlementaires peuvent sans doute abriter des desseins hostiles à l'Eglise; mais il importe de se rappeler que le respect du dogme et de la discipline religieuse ne forme pas l'apanage nécessaire du despotisme.

Du reste, ces découragements et ces craintes étaient loin de représenter l'opinion de l'immense majorité des catholiques; ils n'étaient que l'expression des défaillances d'une imperceptible minorité. De même que les libéraux, les catholiques étaient fiers de voir leur pays prospère, libre et calme au milieu des révolutions qui bouleversaient la société européenne. De même que leurs adversaires, ils plaçaient l'indépendance, les institutions parlementaires et le trône constitutionnel au premier rang des intérêts nationaux. La presse ministérielle se rendait coupable d'injustice en attribuant à tout un parti les opinions isolées de quelques retardataires. Les catholiques étaient trop éclairés, ils connaissaient trop bien l'histoire. Ils apercevaient trop clairement ce que les Anglais appellent « les signes du temps », pour ignorer que les tendances du cabinet du 12 août n'étaient pas le dernier mot de la politique nationale.

Jamais parti n'avait usé de moyens plus nombreux et plus habiles pour se maintenir au pouvoir : destitutions largement pratiquées, répartition des emplois

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