CHAPITRE XXXVII
entre les partisans de la politique nouvelle, dissolution des Chambres, dissolution des conseils de la commune et de la province, renouvellement intégral des collèges échevinaux, organisation d'une ligue puissante, réforme électorale, tout avait été mis en œuvre pour perpétuer le règne du libéralisme exclusif; et cependant, dès le milieu de 1851, il devint manifesle que des éléments de discorde s'étaient glissés dans les phalanges électorales et parlementaires qui servaient d'appui aux ministres.
Un premier symptôme de mécontentement se produisit à l'occasion du plan conçu par le cabinet pour améliorer l'état des finances.
La réduction des impôts, à l'aide d'économies larges et sérieuses, avait figuré parmi les moyens les plus puissants de la propagande libérale. Nous l'avons déjà dit : l'installation du ministère de la gauche devait être le signal d'un notable dégrèvement de toutes les conlribulions publiques.
La surprise et le désappointement furent grands lorsque, le jour même où le cabinet comparut devant les Chambres, on le vit déposer un projet de loi établissant un droit sur les successions en ligne directe. Le désenchantement fut plus complet encore, lorsqu'on apprit que ce même projet rétablissait le serment exigé par la loi hollandaise du 27 septembre 1817, serment que le gouvernement provisoire, dont faisait partie M. Rogier, avait supprimé comme une exigence immorale (1). Au lieu de répéter les brillantes promesses des émissaires des clubs, le discours de la couronne
(1) Voy. la séance du 1" décembre 1847, Ann^ parl.^ p. i6i, el rarrétc du gouvernement provisoire du 47 octobre 5830,
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déclara nettement que des ressources extraordinaires étaient devenues nécessaires, parce que les impôts existants ne suflBsaient pas pour couvrir les dépenses indispensables. Exposant avec franchise les vœux de ses collègues, M. Rogier disait à la Chambre : a Nous dé- »clarons comme indispensable la création de ressources «nouvelles.... Il est indispensable à la bonne marche »de l'administration que le budget des voies et moyens »soit augmenté d'environ 1,500,000 fr. — Il faudra des » ressources extraordinaires. Que vous les demandiez à » l'emprunt, que vous les demandiez à l'impôt, il est de i>fait que la Chambre aura à voter des ressources nou- »velles (1). » Dans la même séance, après avoir longuement parlé des dépenses inévitables, M. Frère ajouta : « Je ne connais que deux moyens : l'emprunt et Tim- »pôt.... Il est impossible de faire face aux dettes du lapasse, aux dettes du présent, aux dettes qu'il faudra «contracter demain, sans recourir à l'emprunt et à «l'impôt, à moins qu'on ne veuille faire des économies «radicales, de ces grandes économies qui permettraient «de trouver les sommes nécessaires pour couvrir l'in- «térèt et l'amortissement de l'emprunt... Un de nos «collègues s'est expliqué sur ces économies radicales «qui ne peuvent être prises que sur l'armée. Je dirai «que les sommes nécessaires pour l'armée forment «aussi une dette du pays (2). »
Si de nouveaux impôts étaient nécessaires, si des économies radicales étaient impossibles à réaliser sans détruire notre établissement militaire, les cabinets prc-
(1) Ànn. parZ.f.p. 164.
(2) Ibid., p. 167.
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eédenls n'élaient donc pas coupables de prodigalité; car leurs membres, après avoir organisé le pays, consacré deux cent cinquante millions aux travaux publics, traversé une crise industrielle compliquée d'une crise aJimentaire, ne léguaient à leurs successeurs qu'une dette flottante de quelques millions. Et s'il en était ainsi, que devenait l'un des griefs les plus sonores de la presse libérale?
Les ministres avaient dit la vérilé; mais les contribuables, qu'on avait bercés de l'espoir d'une diminution des impôts et à qui l'on annonçait maintenant des charges nouvelles, furent loin d'envisager l'avenir avec la même placidité que le chef du déparlement d^s Finances. De nombreuses pétitions, demandant la réduction des dépenses, affluèrent à la Chambre; des plaintes surgirent de toutes parts; des murmures se firent entendre jusque dans les clubs, et le cabinet ne tarda pas à se convaincre de la nécessité d'opérer au moins un commencement de réforme administrative. M. Frère, devenu ministre des Finances en remplacement de M. Veydt, se chargea de cette tâche. Le budget des dépenses pour 1849, comparé à celui de l'exercice précédent, constatait une réduction de six millions. Toutes les feuilles ministérielles poussèrent des cris de triom))he.
Malheureusement ces félicitations bruyantes avaient le tort d'être exagérées au plus haut degré.
Le budget des dépenses était réduit de six millions, mais le budget des recettes égalait, dépassait même celui de l'année précédente. La recette pour 1848 avait été évaluée à fr. 117,612,250; elle était portée à
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fp. 117,891,020 pour 1849. C'était une diminution de fr. 21,230; mais, par contre, on devait y ajouter fr. 900,000 à provenir de la vente de biens domaniaux. Au lieu d'une diminution, on demandait ici un accroissèment de recettes de fr. 878,770 : contradiction manifeste qui ne pouvait échapper au bon sens du pays.
La clef du mystère fut bientôt trouvée. Sur le budget de la dette publique, on avait opéré une réduction accidentelle de fr. 2,345,428-56; c'est-à-dire que le ministre des Finances, loin de diminuer la dette d'un centime, s'était borné à grouper les chiffres suivant un système différent, et avait de la sorte trouvé le moj^en de faire porter la somme sur un autre exercice. Les économies réelles n'étaient pas dans ce « nouveau système de comptabilité. » On ne pouvait pas davantage attribuer le nom d'économie à la suppression momentanée de quelques dépenses extraordinaires, qui avaient grossi les budgets précédents de près de deux millions; car ces dépenses, momentanément écartées, allaient reparaître dans un avenir peu éloigné. Les économies réelles et immédiates étaient de fr. 82,962 sur le budget de la Justice; de fr. 495,831-66 sur le budget des Affaires étrangères; de fr. 231,472 sur le budget de l'Intérieur; de fr. 900,000 sur le budget de la Guerre; de fr. 360,012-75 sur le budget des Travaux publics; de fr. 367,300 sur le budget des Finances. Les six millions d'économies annoncés par la presse ministérielle se réduisaient à fr. 2,437,548-41. C'était sans doute un résultat important et qui ne saurait être dédaigné sans injustice; mais le point essentiel consistait a savoir si cette diminution des dépenses était de