CHAPITRE XXXI
fiislificalion éclatante. Toules ces objections se firent jour, et finalement il fut résolu que, tout en laissant à chacun la liberté de son vote, on ne poserait pas la question ministérielle à Toceasion du budget des travaux publics. Les uns, et c'étaient les plus nombreux, déclarèrent qu'ils voleraient pour le budget; les autres manirestèrent l'intention de voter contre; d'autres encore se dirent résolus à s'abstenir: mais, nous le répétons, rassemblée prit la résolution formelle de ne pas soulever la question de cabinet; elle décida seulement que, pour manifester les défiances et les craintes de la majorité, on se livrerait à quelques attaques de détail, à quelques critiques secondaires. Elle voulait donner un nouvel avertissement, mais non pas ménager un échec aux ministres (1).
C'était incontestablement le parti le plus sage. Deux fois, en 1831 et en 1832, les catholiques s'étaient trouvés en présence d'un ministère exclusivement libéral, sans que leurs libertés religieuses ou politiques eussent reçu la moindre atteinte. Les deux ministres dont l'attitude inspirait surtout des craintes avaient figuré, en 1828, parmi les promoteurs les plus ardents de l'union, et deux ans plus tard, au sein du Congrès, ils avaient parle et voté en faveur de toutes les libertés chères à l'Eglise. 11 était juste et logique de ne pas leur déclarer la guerre avant d'avoir acquis des preuves manifestes, évidenteSj irrécusables, d'une ligue conclue
(1) Notre récit se trouve ici en opposition formeUe avec le langage de la presse libérale de Tcpoque ; mais nous pouvons affirmer, avec une certitude entière , que les faits se sont passés tels que nous venons de les rapporter-
46 18 AVRIL 1840 — 13 avril 1841.
entre eux et la fraction intolérante du libéralisme. Renverser le cabinet sur des soupçons qui n'avaient d'autre fondement qu'un petit nombre d'actes secondaires; faire aux ministres un procès de tendance, c'était imiter des exemples donnés par les assemblées parlementaires d'Angleterre et de France, mais c'était aussi s'exposer à l'accusation de placer les rancunes au-dessus de la justice, l'amour des portefeuilles au-dessus du patriotisme. La résolution prise chez le baron de Sécus méritait à tous égards la préférence. Le corps électoral était loin d'être convaincu de l'avènement d'une politique exclusive.
Malheureusement, ce plan dicté par la prudence et la raison fut brusquement abandonné pendant les discussions. Malgré la résolution prise à l'hôtel de Sécus, un débat politique bruyant et passionné s'engagea sur le terrain du budget des travaux publics.
Au grand étonnement de ses collègues, un député de Tournay, M. Doignon, dont la rude franchise était connue de la Chambre, au lieu de se borner à quelquescritiques de détail, souleva tout à coup la question ministérielle et politique. Après avoir esquissé le portrait de ce mauvais libéralisme, « dont tout le principe^ » n'est au vrai que l'amour de soi, » M. Doignon s'écria i « Le ministère actuel a-t-il pris Tattilude qu'il convient »de prendre vis-à-vis de ce libéralisme? Est-il bien. » exempt de tous reproches? S'est-il bien préservé de »ses atteintes?.... Je plains sincèrement le ministère- »s'il est dans cette situation. Si celle tendance exisle, »notre devoir est de protester, notre devoir est de la » dénoncer au pays, aux amis de l'ordre, aux amis inlé-