CHAPITRE XXXI
«rieurs et extérieurs de notre nationalité et de notre «indépendance (1). «
Au lieu de relever les attaques de M. Doignon avec prudence et réserve, M. Rogier remercia l'orateur d'avoir transporté le débat sur le terrain de la politique, et, de son côté, il s'y plaça tout à fait. H. Dechamps, qui^ tout en restant fidèle à la résolution prise chez le baron de Sécus, ne voulait pas que les principes et les droits de la majorité demeurassent sans défense, répondit au ministre des Travaux publics avec une moderation à laquelle ses adversaires furent obligés de rendre hommage; puis, pour détourner la discussion et la ramener dans le cercle du budget, il s'étendit longuement sur une question spéciale, la seule sur laquelle il se fût préparé à parler. Le débat politique était engagé, mais le calme pouvait être aisément réiabli sur tous les bancs de la Chambre. Rien n'annonçait encore que le budget des travaux publics allât servir de champ de bataille aux deux grandes opinions nationales (2).
Un discours vif et agressif de M. Lebeau engagea la lutte sur toute la ligne.
(1) Séance da 26 février ISil, Moniteur du 27.
(2) M. Dechamps s'était proposé de traiter la seule question du concours annuel entre les établissements d'enseignement moyen , placés à cette époque sous la surveillance du ministre des Travaux publics. Forcé d'aborder la politique générale, il le fit avec une modération que M. Lebeau s*empre.ssa de reconnaître (Voy. le discours de M. Lebeau au àloniteur du 27 février 1841 , 2» Suppl.).
Nous venons de dire que M. Rogier saisit avec empressement l'occasion de soulever un débat politique. Notre opinion est ici parfaitement d'accord avec celle de M. Devaux. n Le ministère, » dit-il, «désirait »une discussion publique... 11 s'empressa , après le discours d'un seul Supposant, d'acceptfir et d'élargir lui-mêm(f la discussion politique et •d'appeler ouvertement ses adversaires dans la lice qu'il leur ouvrait.» [Revue natUmale^ T. IV, p. 277J.
48 18 AVRIL 1840—13 avril 1841.
On le sait : les craintes des catholiques provenaient en grande partie de la théorie de la prépondérance libérale professée par M. Devaux; ce qu'ils voulaient avant tout, c'était le désaveu des doctrines de la Revue nati(H nale. Or, M. Lebeau, abordant à son tour cette matière épineuse, se prononça hautement en faveur de l'homogénéité politique de l'administration centrale. Il faut^ disait-il, que chacun reste digne en entrant au pouvoir et reste digne en le quittant; et, à son avis, pour conserver cette dignité, il fallait répudier ces pactes minisr^ tériels dans lesquels chacun senMe céder une partie de ses principes. « Nous avons pensé, » disait-il, « que ce :»qu'il fallait au pays, c'était un cabinet homogène, un » cabinet dans lequel chacun professât les mêmes prin- Dcipes généraux de gouvernement... Nous n'avons pas :» senti le besoin de donner des cautions contre certaines » défiances, parce qu'aucun de nous n'a éprouvé en ]>lui-méme la moindre antipathie, la moindre hostilité » contre aucune opinion modérée et vraiment consti- )>tulionneIIe. » M. Lebeau termina son discours par une de ces phrases à effet qui, rarement conformes à la modération et à la vérité, ont toujours pour premier résultat de blesser profondément les hommes qu'elles prétendent réduire au silence. « Nous ne sommes pas, » s'écria-t-il, « les héritiers d'une philosophie suran- »née, passée à l'état de friperie; mais nous ne re- »culerons pas non plus vers une autre sphère d'idées^ «qui nous ramèneraient à 1790, c'est-à-dire^ jusqu'à «Vandernoot. » C'était condamner indirectement l'union patriotique de 1830; c'était flétrir l'administration précédente et tons les ministères mixtes en général, en les