CHAPITRE XXXI
l'estime et Ja confiance de l'opposition. On voulait que les théories de M. Devaux fussent désavouées par M. Rogier et par M. Lebeau, par ce dernier surtout, parce que son autorité était prépondérante au sein du conseil des ministres. Or, on l'a vu, loin de désavouer la Revue^ M. Lebeau s'était efforcé d'établir à son tour la nécessité de l'homogénéité politique des cabinets.
Le lendemain , le débat fut repris avec une ardeur nouvelle. M. le ministre de la Justice posa nettement la question politique. Réclamant l'adoption du budget comme un témoignage de confiance, il déclara que, dans l'hypothèse d'un rejet, les ministres se retireraient, soit immédiatement, soit après avoir fait un appel au pays. Fatigué des tiraillements qui entravaient sa marche, le cabinet acceptait la lutte comme un moyen de sortir d'une position indécise et précaire. Des renseignements recueillis par ses amis lui permettaient de croire que la majorité de la Chambre voterait en faveur du budget, et il espérait que, dans ce cas, le Sénat, où l'élément catholique occupai tune position prépondérante, s'abstiendrait d'entrer à son tour dans la lice. C'était cet espoir qui l'avait déterminé à parler d'un appel éventuel au pays.
Mais la menace d'une dissolution n'était guère propre à calmer les appréhensions des adversaires du cabinet. Les débats se prolongèrent pendant plusieurs séances, et, pour la première fois depuis Tavénement de la dynastie nationale, les tribunes publiques couvrirent d'applaudissements chaleureux les discours des ministres.
Nos annales parlementaires renferment peu d'exemples d'une discussion aussi imposante, aussi solennelle.
52 18 AVRIL 1840 — 13 avril 1841.
De part et d'autre on luttait avec le même talent, la même conviction, le même espoir dans Tavenir. Une grande opinion nationale, qui s*élait montrée plus que désinté* ressée dans les régions officielles, brusquement frappée d'ostracisme, serrait ses rangs, réunissait ses forces, défendait ses litres, réclximait ses droits et professait courageusement les doctrines de l'Union de 1830.. Une agi*tation extraordinaire rég&ail aux abords de la Chambre et dans les tribunes. La presse libérale tout entière,, oubliant ses querelles intestines,, unie pour la première fois dans la poursuite d'un bul commun, appuyait énergiquement les ministres. < Ici, » s'écriart M. Devaux, « ce • qu'on nous appelle à faire, c'est non de désapprouver x>un acte du ministère, mais de vaincre une opinion...^ j>Une opinion ainsi violemment vaincue serait quelquo »chose de très-grave; une opinion ainsi gratuitement •outragée, violemment repoussée, ne se résigne pas T» comme des individus peuvent le faire (1). » Le députépubliciste ne s'apercevait pas qu'il justinait ainsi toutes, les plaintes et toutes les méfiances des catholiques^ N'avail-il pas érigé en système le fait de leur infériorité politique? N'avail-il pas célébré les funérailles de leur influence ministérielle et l'avènement définitif du libéralisme? Il se trouvait précisément en présence d'une opinion gratuitement outragée qui ne voulait pas se ré-signer. Selon l'expression énergique de la Revue de Bruxelles y les catholiques déchiraient le certiOcat do décès politique que les amis des ministres leur avaient si généreusement délivré (2).
(1) Séance du 1« mars, Moniteur du 5.
^2) Février 18il, Chronique politiquet p. X.