CHAPITRE XXXI
présentant comme le résullat d'une lâche concession de principes; c'était s'associer aux accusations de celle partie de la presse qui attribuait aux catholiques la pensée absurde de viser au rétablissement de l'ancien régime; c'était la doclrine de la Revue nationale reproduite et commentée à la tribune.
Dès cet instant, la résolution prise chez le baron de Sécus fut complètement abandonnée. Les chefs de l'opinion catholique se concertèrent et prirent, sur les bancs mêmes de la Chambre, le parti extrême de livrer une bataille à outrance.
Ce fut en vain que le ministre de la Justice, dont la haute raison prévoyait les conséquences déplorables de ces luttes ardentes, s'efforça de rétablir le calme et l'union, en désavouant nettement les théories exclusives de la Revue nationale. <si Se ne répéterai pas,)>s'écria-t-il, «ce «que j'ai dit à plusieurs reprises dans cette enceinte; je >me résumerai en peu de mots : « fermeté et impartialité »pour toutes les opinions. » Je crois que c'est là la posi- »lion que doit prendre un gouvernement. — Nousimpu- »terait-on des doctrines qui nous sont tout à fait étranpgères? Nous en ferait-on un tort? A un pareil reproche »il n'y a d'autre réponse qu'une dénégation formelle* »Le ministère est tout à fait étranger à ces écrits. Les ^doctrines qui y sont émises, nul n'a le droit de les. >lui attribuer ; elles n'ont rien de commun avec celles » qu'il a proclamées ici et dont il n'a dévié ni ne déviera. »Ces doctrines, je le dis avec regret, divisent le pays en >deux camps, les catholiques et les libéraux; et cette •division, je la répudie pour mon compte; je vois avec > peine que des hommes seAsés et de bonne foi puissent
»y voir l'état réel de la Belgique et y entretiennent aînsr »cles opinions erronées dont Tefifet doit être tôt ou tard »de désunir et d'affaiblir le pays. — Pour le ministère, ^Messieurs, il n'y a ni catholiques ni libéraux; il n'y a ï>que des citoyens belges tous égaux devant la loi.» S'exprimant ensuite sur l'influence sociale du catholicisme en véritable homme d'Etat, M. Leclercq ajouta :«... Si je dois » expliquer toute ma pensée, et aller encore plus avant, ïje dirai qu'à mes yeux la Belgique est foncièrement ^catholique; que c'est le catholicisme qui la distingue »nationalement, et que ce caractère, il est heureux » qu'elle l'ait, parce qu'à l'intérieur il forme pour elle »un lien, une des plus grandes forces de cohésion de la •société, un modérateur qui prévient ce que pourraient » avoir de dangereux nos principes de liberté et nos ins-
• titutions politiques, si un esprit de religion et un pro- »fond sentiment du devoir n'animaient toute la nation et »ne retenaient la société dans les limites hors desquelles »elle cesse d'être; parce que, pour l'extérieur, il est un •gage d'ordre et de stabilité, qui étouffera peu à peu les
• préventions que notre révolution a pu inspirer. Ce •caractère, nous devons le conserver précieusement,
• nous ne pouvons le perdre sans nous perdre avec •lui (1). »
Certes, il n'était pas possible de désavouer plus clairement, plus positivement, les doctrines prêchées par la Revue nationale. Mais l'honorable M. Leclercq n'était pas personnellement en cause, pas plus que son collègue de l'Intérieur, M. Liedts. L'un et l'autre possédaient
(l) Séance du 26 février, Moniteur du 27.