‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 27 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

représentés dans son sein. Quand une assemblée devient inquiète et soupçonneuse, ce n'est pas en amoindrissant son rôle qu'on ramène la confiance dans son enceinte.

C'était surtout le ministre des Affaires étrangères qui avait pris à sa charge le développement de cette thèse. Non-seulement il poussa la comparaison entre le Sénat et les assemblées aristocratiques de France et d'Angleterre à ses dernières conséquences, mais il se permit d'insinuer que le pays pourrait fort bien envisager l'attitude du Sénat comme un acte de vengeance exercé par la noblesse sur un cabinet issu des classes moyennes. Il oubliait que ces sentiments d^une ignoble jalousie n'avaient jamais animé la noblesse belge , toujours dévouée aux intérêts et aux libertés du peuple. Ancien ministre du régent, M. Lebeau aurait dû se rappeler que la Constitution démocratique du royaume était l'œuvre d'un Congrès qui, sur un nombre total de 200 membres, comptait 71 nobles parmi les délégués de la nation victorieuse (i).

Cependant l'irritation, plus vive que profonde, se serait aisément [calmée, si le cabinet tout entier avait franchement et loyalement désavoué les théories exclusives de la Revue nationale. Mais ici encore le ministère prit une attitude qui n'était pas de nature à dissiper les appréhensions de la majorité, a Un recueil politique, s> dit le baron Dellafaille, « se trouve dirigé par l'ami in- »iime et le confident de deux ministres. L'auteur doit » se tromper bien difficilement sur leurs vues, car, sui- »vant la remarque très-juste d'un autre recueil, il peut

(1) Voy. les discours de M. Lebeaa {Moniteur du 13 et du 16 mars).

56 18 AVRIL 1840— 43 avuil 1841.

^passer pour le simple sténographe de leurs conversa- » lions. Il ne peut guère se tromper non plus sur les »intentions (Tun cabinet qu'il a créé. Il doit done être » généralement considéré comme exprimant la pensée »du ministère. Eb biea! le manifeste qu*il a lancé à ^ravénenaent de ses amis, ses démonstrations ultérieures Det toutes récentes sont une déclaration de guerre à la » participa tiou des catholiques aux affaires de l'Etat. »A-t-il cédé à son exagération particulière et méconnu s>Ies vues d*bommes plus modérés? Il se peut; mais il » fallait écarter ce brûlot à son apparition. Ua désaveu »a été arraché, il y a quinze jours seulement, et il est » sorti de la bouche de celui de tous les, ministres »(M. Leclercq) qui en avait le a)oif)S besoin; de celui »des ministres dont la présence au cabinet avait peut- »étre tempéré les craintes et relardé leur explosion. Les Ddeux ministres les plus compromis par cette publica- »lion n'ont pas encore, jusqu'à présent, trouvé un mot »pour répudier la solidarité de pareils principes (1). » A celte interpellation si nette et si pressante, M. Rogier répondit, avec un empressement qui honorait son cœur^ mais qui ne faisait que doubler les craintes de la majo^ rite : « Je n'ai jamais désavoué mes amîs (2)! » Et le lendemain, passant de la personne de son ami aux do6> trines de la Revue nationale ^ il accepta hautement la* solidarité des théories politiques de ce recueil. Il se contenta de dire que ces doctrines étaient exagérées et dénaturées par l'esprit de parti (3).

(1) Séance du 12 mars, Moniteur du 45.

(% Ibid.

(3) Séance du 13 mars, Moniteur da ii.

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