‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 28 sur 178 · CHAPITRE XXXt. Sî · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXt. Sî

Depuis cinq jours ces débats irritants occupaient et agitaient l'assemblée, lorsque tout à coup, dans la séance du 16 mars, à h grande surprise des spectateurs qui remplissaient les tribunes, onze membres réclame* rent le comité secret. Ayant acquis la conviction que plusieurs sénateurs éprouvaient de la répugnance à recourir à la mesure extrême du refus d'un budget, ils avaient imaginé de manifester la désapprobation de l'assemblée sous la forme plus adoucie et plus respectueuse d'une adresse au roi. Immédiatement après l'évacuation des tribunes, l'un d'eux donna lecture d'un pro* jet conçu en ces termes :

« Sire, la nationalité belge a été fondée par l'union «d'opinions divergentes, réunies dans un but commun. »Le maintien de cette union peut seul permettre le » développement des nombreux éléments de prospérité »que possède le royaume et garantir son existence poli- »lique. — Les divisions déplorables qui se sont mani- ]»festées pendant cette session, dans le sein de la repré* »sentation nationale , sont une preuve nouvelle de » l'impuissance où se trouvent les assemblées législatives >de s'occuper des besoins réels de la nation, lorsque »les partis s'éloignent au lieu de se rapprocher. — Une » telle situation, Sire, entrave la marche régulière de » l'administration et lèse les intérêts les plus chers à la » Belgique. — C'est sous ce point de vue surtout que le » Sénat a dû s'en préoccuper. Pouvoir essentiellement » modérateur, ses efforts tendront à concilier les opi- »nions dans l'intérêt général. — Le Sénat regarde D comme un devoir d'appeler l'attention de Votre Majesté »sur une position qui peut faire naître de véritables dan-

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3>gers; il place toute sa confiance dans cette haute sagesse, »clans cette impartialité auxquelles toutes les opinions »se plaisent à rendre un juste hommage. Il a la convic- »tion que, quels que soient les moyens que Votre Majesté » croie devoir employer pour arrêter de funestes di vissions, les hommes sages et modérés viendront s'y » rallier et prêteront ainsi à la royauté, placée au-dessus >de tous les partis^ Tappui nécessaire pour remplir la émission qui lui est assignée. — Votre Majesté peut Dcompter sur le dévouement inaltérable du Sénat et sur »son loyal concours à vos vues éclairées pour la prospé- »rité et l'union de la patrie (1). »

Dans la séance du lendemain, cette adresse fut prise en considération par 23 voix contre 19 et renvoyée aussitôt à une commission nommée par le bureau. Ce fui en vain que les ministres combattirent vivement cette mesure et posèrent nettement la question de cabinet. La majorité de l'assemblée, jalouse de maintenir la politique féconde et nationale de l'Union, était décidée à porter ses plaintes au pied du trône. La commission fit son rapport avant la fin de la séance, et l'adresse, telle que l'avaient formulée ses auteurs, fut adoptée à la majorité de 23 voix contre 19; et cette majorité eût été bien plus forte si quelques sénateurs catholiques ne s'étaient pas séparés de leurs collègues, parce que la lutte leur semblait inopportune et prématurée.

Deux jours plus tard, une députation du Sénat se

(i) Les signataires étaient MM. le baron Dubois de Nevele, le baron de Peuthy, VanSaceghem, le comte Vanderstraeten de Ponthoz, d'Hoop, le comte de BWey, le baron Dellafaille, le baron de Pélichy, de Roaillé, le baron de Stockhem, le baron de Mooreghem.

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