CHAPITRE XXXII
raie. A leurs yeux, la majorité mixte, bonne et utile lorsque la question extérieure dominait toutes les autres, devait maintenant céder le pas à une majorité homogène. «Une phase est fermée, » disaient-ils, « une autre » phase est ouverte; la première phase, où nous avons »eu besoin de celte majorité, c'était celle où la question » extérieure était dominante. » A leur avis, une période nouvelle datait du jour de Tacceplation du traité du 19 avril. La trêve conclue en présence de Tennemi commun avait perdu sa raison d'être, son but et par suite son utilité, le lendemain delà victoire. Il fallait à l'avenir une majorité homogène, et cette majorité devait être libérale et avoir à sa tête un ministère libéral. En principe, le directeur de la Revue nationale, dont on appliquait ici les maximes, ne condamnait pas l'existence des cabinets mixtes. 11 se serait contenté d'un ministère dans lequel l'opinion libérale eût occupé une piace prépondérante. Mais cette combinaison, acceptable en théorie, lui semblait irréalisable en fait, et dès lors la prépondérance libérale devait nécessairement se produire à l'aide d'une administration homogène.
En présence de ces deux systèmes contradictoires , la lâche dévolue à la prérogative royale offrait une importance extrême. Quelle direction fallait-il imprimer à l'administration générale du pays ? Etait-il nécessaire de mêler le gouvernement aux luttes ardentes des partis ? Convenait-il de transformer les ministres en agents politiques d'une majorité homogène ? L'heure était-elle venue de proclamer que l'union patriotique de 1830, cette union qui se prévalait déjà d'une consécration historique de dix années, fut un accident au lieu d'un prin-
cipe, une trêve passagère au lieu d'un progrès dans la vie politique du peuple belge ? Tels étaient, à part les personnes et les intérêts privés mêlés à la crise, les problèmes politiques que le roi était appelé à résoudre par le choix de ses ministres.
BI. Lebeau, Thomme le plus inQuent du cabinet de 1840, demandait la dissolution des Chambres, ou du moins la dissolution du Sénat, comme un moyen de faire disparaître la majorité parlementaire qui, depuis dix ans, avait loyalement secondé les efforts de la royauté nationale. Mais cette politique à outrance, cet appel aux passions populaires, étaient loin d'être unanimement approuvés dans les rangs de l'opinion libérale. Plusieurs membres du Sénat et de la Chambre des représentants qui, le 2 et le 17 mars, avaient volé en faveur des ministres, effrayés des luttes implacables où Ton s'exposait à jeter le pays, manifestaient hautement le désir de rentrer dans les voies de la modération, de la paix, de l'union et de la tolérance politique. Â leur avis, la majorité n'avait pas mérité l'arrêt de proscription prononcé par M. Lebeau; ils disaient que les Chambres étaient composées de manière à fournir un appui suffisant à tout gouvernement qui n'affecterait pas de planter son drapeau dans l'un des deux camps rivaux. La dissolution leur semblait en même temps inutile et dangereuse.
Au nombre de ces hommes d'Etat restés fidèles aux traditions de 1830, M. Nothomb figurait en première ligne. Consulté par le Roi, il fit vivement ressortir les dangers d'une dissolution totale ou partielle, au moment où la presse avait partout surexcité les passions du corps électoral.
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Bonner au chef de l'Etal le conseil de conserver les Chambres, c'était prendre l'engagement de se charger au bersoil) de la succession des ministres qui professaient l'opinion contraire. M. Nolhomb ne l*ecula point devant la responsabilité que l'acceptation de cette tâchô entraînait dans les circonstances épineuses où se trouvaient 1b parleftient et le pays. Le roi, dont la sagesse redoutait les éventualités de Tintronisalion d'un gouvernement de parti, dans un pays aussi peu étendu que la Belgique, remit à l'ancien ministre dies Travaux publics le soin d'organiser une administration nouvelle.
Dès cet instant la crise ministérielle marcha rapidehient vers sa solnlion. Le nou\'eau cabinet fut formé le 13 avril 1844. Il élait composé delVIM. de MeulenaerCi aux Affaires étrangères; Nothomb, à l'Intérieur; Van Volxemj à la Justice; le comte de Briey, aux Finances; Dcsmaisières, aux Travaux publics; le général Bnzen, à la Guerre. Parmi les cinq ministres qui appartenaient à la Chambre des représentants, trois avaient émis un vote favorable au cabinet précédent, dans la célèbre séance du 2 mars (i). Un seul ministre, le comte de Briey, appartenait au Sénat. C'était encore une fois une administration mixte. Si MM. de Meulenaere et de Briey pouvaient être classés dans les rangs des catholiques, MM. Kothomb, Van Volxem, Desmaisières et Buzen appartenaient à l'opinion libérale (2)*
(!) MM. Nothomb, Van Volxem et Buzen avaient voté eb faveur du cabinet Lebeau. M. de Meulenaere était absent. M. Dcsmaisières avait seul voté contre l'adoption du budget des travaux publics. Le comte de Briey avait émis au Sénat un vote favorable à l'adresse.
(2) Quelque temps après sa formation et avant qu'il eût compara devant les Chambres, le cabinet subit une modification dans son per-