CHAPITRE XXXIII
sonner, et ce fut dans celle persuasion qu'elle fil une nouvelle levée de boucliers dans la discussion générale du budget de Tlnlérieur. Le cabinet ne s'y trompa point. Il savait que les attaques dirigées contre. M. Nothomb masquaient une guerre implacable déclarée à l'administralion tout entière. Aussi, dès le début de la discussion, le général Goblet s'empressa-t-il de déclarer que le vole sur l'ensemble du budget déciderait de l'exislence du ministère (1).
Vingt-deux séances furent consacrées à Tatlaque et à la défense. Comme toujours, M. Nothomb sut tenir tête à la coalition de ses adversaires. La lutte allait à l'énergie de cet homme d'Etat; son courage, son talent et ses forces grandissaient dans les tempêtes parlementaires. Malgré la variété de leur forme, les discours de l'opposition n'étaient au fond que des commentaires plus ou moins passionnés des doctrines de la Revue nationale. De même que dans ce recueil, la critique descendit plus d'une fois jusqu'à l'injure. Un représentant de Liège ne craignit pas de s'écrier : « Les places, îles faveurs, voilà le grand système de gouvernement » imaginé par M. le ministre de l'Intérieur. On dirait »que M. Nothomb, sentant l'impossibilité de se relever »daus l'opinion, cherche à abaisser les autres pour être »à leur niveau (2). » Poussant ses métaphores jusqu'aux dernières limites du ridicule, M. Verhaegen s'écria : < L'homme qui dirige nos affaires et au sort duquel »vous vous êtes tous associés, MM. les ministres, a » voulu abattre toutes les télés pour ne régner que sur
(1) La discussion s*ouvrit le 22 janvier 1845.
(2) Séance du 23 janvier 1845.
132 16 AVRIL 1843 — 31 mars 1846.
»des cadavres (1). » Un fait beaucoup plus grave, c'est que celte fois les accusations d'intrigue et de corruption, tant prodiguées à tous les ministres qui s'étaient succédé pendant les quatorze dernières années, ne venaient plus exclusivement de la gauche. Un brillant orateur catholique crut devoir s'y associer. Après avoir passé en revue, pour les condamner et les flétrir, les actes les plus importants du cabinet; après avoir attribué à rinilialive de la majorité la plupart des lois votées sous l'administration de M. Nothomb ; après s'être permis d'affirmer que les catholiques avaient «usé infiniment de popularité au service de M. le ministre de l'Intérieur, » il dit à ce dernier : « ...Oui, vous avez de » grands mérites; vous avez une vaste intelligence; vous dénoncez fort bien vos pensées ; vous avez de la résolus>tion ; vous avez du talent. Mais vous avez perdu de vue »la première de toutes les pensées qui doivent dominer s>un homme d'Etat, pensée sans laquelle il n'y a pas de ^gouvernement possible... On administre par la tète, Don ne gouverne que par le cœur!...» Puis, se tournant brusquement vers les bancs où se trouvaient ses amis politiques, il s'écria: «Voulez-vous, Messieurs, vou- »lez-vous l'honneur national? voulez-vous le triomphe »de notre nationalité? Exigez du pouvoir ces principes »qui forment la base de notre édifice social; exigez du » pouvoir ces principes qui sont dans le cœur de chacun »de vous... Faites disparaître cette rouerie qui ne peut » rester plus longtemps sans compromettre notre natio- 3>nalité(2)!))
(1) Séance du 25 janvier. — Interrompu par le président, M. Verhaegen dit qu'il n'avait fait qu'une figure de rhélorique.
(2) Séance du 28 janvier 18i5 ; Ann. pari., p. G!6.