CHAPITRE XXXIII
Un autre orateur catholique, l'abbé de Foere, tout en disant qu'il accorderait au cabinet un appui loyal et sincère, fit un tableau peu flatteur de la position parlementaire de M. Nothomb. «Ce qui m'étonne,» dit-il, « c'est que, lorsque tout s'use dans le monde, i>Ie ministère, subissant constamment les frottements »des deux côtés de la Chambre, ne soit pas usé plus i>lôt. Je ne puis m'expliquer ce phénomène parlemeni>laire que par la crainte qu'éprouve la majorité de »lomber dans une situation ministérielle plus mauvaise »que celle dans laquelle elle se trouve placée. C'est cet » instinct de la raison humaine qui conseille à un grand » nombre de membres de la droite de choisir entre deux 3>maux le moindre, et de continuer d'honorer le cabinet ^ actuel de la tiédeur de leur appui (1). » M. de Theux lui-même, sans refuser son vote aux ministres, déclara que, depuis la modification du cabinet dans le sens de la gauche, les catholiques devaient, à son avis, garder une altitude d'observation bienveillante, jusqu'au jour où des actes patents auraient prouvé que l'administration continuait à mériter la confiance de la majorité (2).
Chose étrange et en apparence inexplicable! l'opposition, dont les chefs avaient si sévèrement blâmé l'adresse du Sénat, eut cette fois recours à un acte de cette espèce pour demander au roi le renversement du ministère. Au lieu d'attendre le vote sur l'ensemble du budget, M. Osy, dans la séance du 24 janvier, donna lecture d'une adresse au roi, engageant S. M. «à prendre >en considération une position qui ne pouvait se pro-
(1) Séances du 30 et du 31 janvier; Ann. parl.^ p. 651 et 655.
(2) Séance du 30 janvier 1845; Ann. pari., p. 649.
134 i6 AVRIL !843 — 31 mars 1846.
• longer, sans compromettre la dignité du pouvoir. ^^ Mais toutes ces attaques, toutes ces luttes n'eurent d'autre résultat que de procurer à M. Nothomb une nouvelle et brillante victoire. L'adresse fut rejelée par 65 voix contre 22 (1).
M. Nothomb n'élait pas destiné à succomber sous un verdict de la Chambre. Les traditions de 1830 y étaient encore trop vives; les saines idées gouvernementales, qui sont avant tout des idées de conciliation, y avaient conservé trop de puissance. Le coup devait venir du dehors. L'opposilion le comprit et, évitant désormais de soulever la question ministérielle, elle dirigea toutes ses forces vers les élections de 1845.
Les espérances qu'elle basait sur les résultats éventuels du scrutin ne furent pas entièrement déçues.
Nous l'avons déjà dit et nous en fournirons plus loin les preuves, tandis que les Chambres restaient fidèles à la politique traditionnelle de 1830, Topposiliou grandissait dans la presse et multipliait ses partisans dans le corps électoral. En 1843, Liège, Gand et Tournai avaient donné la préférence à des candidats de l'opposition. Cette fois Bruxelles et Anvers se prononcèrent dans le même sens. Le cabinet pouvait lutter encore avec l'espoir fondé du succès; mais M. Nothomb, qu'où avait tant de fois accusé de se cramponner au pouvoir, refusa de conserver son portefeuille. Profondément blessé de voir deux villes importantes méconnaître ses vues et donner gain de cause aux partisans d'une politique nouvelle; indigné peut-être des soupçons et des
(i) Ânn. pari, y 18ii-45, p. 664. — Parmi les opposants la droiU était représcDtée par MM. Dumortier, de Naycr el Gh. Vilain XIIIl.