‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 67 sur 178 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Esl-il nécessaire de le dire ? Cette fois encore la presse libérale se montrait unanime à blâmer énergiquemenl la composition du ministère. Auteur d'une publication récente où les croyances des catholiques étaient peu ménagées; époux d'une protestante; père d'enfants élevés dans le protestantisme; adepte fervent et avoué du rationalisme moderne , M. Van de Weyer, l'un des fondateurs de TUniversilé libre de Bruxelles, fut soupçonné de subir, lui aussi, l'influence occulte du clergé supérieur !

A cette accusation générale, devenue depuis quinze ans l'arme favorite du journalisme, se joignaient les cris et les manœuvres d'une formidable coalition d'espérances déçues, d'ambitions froissées, de rancunes implacables. Aux yeux des chefs du libéralisme militant, la chute de M. Nothomb devait être le signal de la résurrection du cabinet de 1840. Toutes les haines qui s'agitaient autour de l'ex-ministre de l'Intérieur se liguèrent brusquement contre M. Van de Weyer. Avant qu'il eût manifesté son installation par un acte quelconque, avant qu'il eût produit son programme, avant qu'il eût ouvert la bouche, tous les partisans des doctrines de M. Devaux s'unirent pour lui déclarer une guerre à outrance. Le chef du cabinet était d'autant plus coupable que son alliance aveo plusieurs collègues de M. Nothomb était un démenti de plus donné aux théories du député de Bruges.

Les Chambres se réunirent le 11 novembre 1845. L'opposition fît l'essai de ses forces dans la discussion de l'adresse en réponse au discours du trône (1).

(1) Une session extraordinaire avait été ouverte le 16 et close le 34 septembre. Toutes ses séances avaient été consacrées au vole de quel-

La tendance de la luUe fui nellement caractérisée dès le début. S'adressantau ministre de l'Intérieur, M.Devaux, le regard hautain et la voix vibrante , s'écria : « Qui éles- »vous ? Pourquoi est-on allé vous chercher au-delà de la i>mer (1) ? »

Au moment où ces paroles étranges furent prononcées par un homme aussi grave que M. Devaux, un mouvement d'indicible surprise parcourut tous les bancs de la Chambre. «Au premier abord, » dit un lémoin de celte scène, «elles parurent puériles: peu s'en fallut qu'elles 2> n'excitassent un instant l'hilarité de l'assemblée. Bien- 2>tôt ce fut comme un éclair! toute la situation s'illumina s>d'une clarté soudaine : il v avait là toute une révéla- »tion! Chacun comprit, à l'instant, que, dans la per- » sonne des deux orateurs, c'étaient deux époques, x>deux systèmes, qui se rencontraient, qui s'inlerroj>geaient (2). »

C'étaient en effet deux doctrines, deux systèmes, deux époques qui s'interrogeaient à celle heure solennelle. Le patriote de l'Union, le libéral de 1830, longtemps éloigné du théâtre de nos luttes irritantes, étranger aux rancunes et aux haines de la tribune et de la presse, revenu d'outre-mer dans toute la ferveur de ses convictions généreuses, se trouvait en face de l'homme d'Etat exalté par le combat, aigri par la défaite, égaré par la théorie pleine de périls de la prédominance nécessaire d'un parti politique. C'était le libéralisme tolérant, gé-

ques mesures urgentes réclamées par la crise des subsistances , dont nous parlerons plus loin. De commun accord les débats politiques avaient été ajournés à l'ouverture de la session ordinaire.

(1) Voy. le discours de M. Devaux ; Ànnalet parlementairet, p. 36.

(2) M. de Decker, Quinze ans ^ p. 10.

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