‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 68 sur 178 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

néreux et désinléressé de 1830, mis en suspicion par le libéralisme étroit, ambitieux et exclusif de 1845 (I).

M. Van de Weyer fut admirable de franchise. 11 ne pensait pas que la Belgique dût user de son indépendance et de sa liberté pour se partager en deux camps toujours prêts à se ruer l'un sur l'autre et à rendre tout gouvernement impossible. A son avis, répudier les principes de l'union, déclarer l'union impossible, c'était renier les principes mêmes de la Constitution; c'était déchirer tous nos titres à l'estime de l'Europe; c'était jouer le jeu des ennemis de notre indépendance, qui avaient toujours considéré l'union comme une chimère. « Nous sommes parvenus, » disait le ministre, « à signer >de commun accord le pacte social le plus libéral du » monde; et aujourd'hui qu'il ne s'agit que du dévelop- »pement partiel de nos institutions, nous serions divisés »en deux camps ennemis! nous lutterions sans cesse; il »n'y aurait plus de rapprochement possible !... Ce serait «déclarer que nous nous sommes étrangement trompés, »et que tout ce qui s'est fait de grand, de beau, de pa- »triotique n'a plus de prix à nos yeux. » Resté franchement et invariablement libéral, M. Van de Wftyer voulait suivre les inspirations d'une politique libérale, non pas contre les catholiques, mais avec les catholiques; et, en professant ces sentiments, il ne faisait que maintenir des principes que tous pouvaient invoquer avec un légitime orgueil patriotique. Répondant ensuite aux interpellations ironiques de M. Devaux, il déclara nette-

(I) On comprendra sans peine que ces lignes n'ont rien de désobligeant pour le caractère personnel de M. Devaux. C'est aux doctrines •t non à rhomme que s'applique notre appréciation.

144 16 AVRIL 1843 — 31 mars t846.

ment qu'il était arrivé d'oulre-mer pour défendre la royauté, pour maintenir son prestige, pour la préserver d'une abdication virtuelle. 11 concevait qu'un ministère^ à la veille de se former, fît ses conditions et , prévoyant une divergence d'opinions sur un problème déterminé, réclamât, en cas de dissentiment avec les Chambres, la faculté de les dissoudre; mais exiger cette faculté quels que soient les débats qui s'élèvent, tenir suspendue celte arme redoutable sur la tête des membres du parlement, pour faire passer un parti de l'état de minorité à l'état de majorité, c'était demander, disait-il, l'abdication virtuelle de la couronne; c'était exposer la royauté, sans laquelle la Belgique n'existerait point, à des humiliations que les amis du trône et du pays devaient repousser de toutes leurs forces; c'était tenir la représentation nationale sous la menace d'un véritable coup d'Etat parlementaire; c'était professer des doctrines qui, ailleurs, exposeraient leur auteur au danger d'une mise en accusation (1) !

Fréquemment interrompu par les murmures de la gauche et des tribunes, le ministre n'eut pas de peine à s'apercevoir de l'impression profonde que ses paroles produisaient sur la grande majorité de la Chambre. C'était en vain que M. Rogier , marchant sur les traces de M. Devaux, crut devoir s'écrier à son tour : « Qui »étes-vous? Pourquoi étes-vous venu au ministère?» Il n'obtint d'autre résultat que d'engager un débat long et confus sur la portée des doctrines constitutionnelles qui

(1) Afin de maintenir Tordre et la clarté du récit , nous résumons ici les divers discours que M. Van de Wcyer a prononcés dans ces discussions mémorables.

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