CHAPITRE xxxni
volées par !cs Chambres; et si les travaux du parlement ne marchaient pas toujours avec la célérité désirable, c'était uniquement à cause des tracasseries et des entraves que ropposition se plaisait à semer sur les pas des ministres. Pour la première fois des questions purement Ihéologiques furent portées à la tribune de la Chambre des représentants. Au lieu de rompre quelques lances en faveiir des prérogatives du pouvoir civil, que nul ne songeait à révoquer en doute; au lieu de se borner, comme jadis, à blâmer l'intervention du clergé dans les luttes électorales, on se plaçait hardiment sur le terrain du droit canon et de la discipline ecclésiastique, pour faire la guerre aux synodes, aux évéques, au pape. A Toccasion de la discussion du budget de la Justice, un député de Bruxelles, M. de Bonne, crut devoir longuement entretenir ses collègues du problème de l'inamovibilité des desservants. Invoquant tour à tour Van Espen et Benjamin Constant, Thomassin et de Lolme, Tabaraud et Saint-Léon, le cardinal Gansalvi et M. Cacaull, Grotius et Fra Paolo Sarpi, Durand d& Maillane et le dictionnaire de l'Académie française; s'appuyant sur les conciles de Nicée, d'Antioche, de Calcédoine, de Carlhage, d'Arles, de Sardique, de Nîmes et de Trente; formulant des règles canoniques et citant des textes latins avec l'aplomb d'un bachelier qui défend ses thèses, M. de Bonne finit par conclure en faveur de l'inamovibilité dés prêtres modestes qui se vouent aux soins spirituels que réclame la population des villages. L'orateur n'oublia pas même de renouveler Je vieux débat de la résidence des dignitaires ecclésiastiques, parce que l'évéque de Liège avait eu l'audace de
ioO 16 avp.il 1843 — 31 mars 1846.
se rendre à Rome, [)Our soumcUre au chef de TEglise la solution de quelques doutes qu'il avait conçus dans Tadminislration de son diocèse; et à cette occasion Télu des libéraux de Bruxelles rappela que les prélats devaient avoir « une conscience timorée et sensible à la » piété et à la religion. » L'enceinte parlementaire semblait transformée en Sorbonne du XVI« siècle. Etrange spectacle dans un pays ou la Constitution interdit au gouvernement toute intervention dans la nomination et dans Tinslaliation des ministres des cultes (1)! Mais ce qui était plus étrange encore, c'était l'attitude grave et recueillie avec laquelle les chefs de la gauche écoutaient cette homélie politico-religieuse. Ce fut en vain que M. le ministre de la Justice fit ressortir à l'évidence, fit en quelque sorte toucher du doigt l'incompétence du pouvoir politique sur le terrain où le député de Bruxelles avait transporté la discussion. M. Verhaegen vint à son tour plaider la cause des prêtres catholiques, victimes de l'action arbitraire «du haut clergé. » M. Lebeau luimême prêta l'appui de son talent à la défense d'une thèse dont le moindre inconvénient était son inopportunité manifeste. Le clergé inférieur ne se plaignait en aucune manière du soi-disant despotisme desévèques; dopuis 1830, un accord parfait, une harmonie constante avaient régné entre les desservants et leurs supérieurs ecclésiastiques. Depuis la révolution, trois prêtres, frappes de révocation, avaient adressé leurs doléances aux journaux et au ministre de la Justice. Etait-ce une raison suffisante pour jeter un cri d'alarme du haut
(I) Séance du 12 février 18iG. Arin. parl.^ p. 640 à 6i0.