CHAPITRE XXXIY, i
»gîne à un sentiment d^exclusion; déterminé par les > nécessités de la situation, il s*esl formé en vue de i>maiutenir la politique de modération qui a dirigé le «gouvernement depuis 1830 (1), » Mis dans l'impossibilité de suivre les précédents do l'Union dans le choix de leurs collègues, les ministres voulaient du moins honorer ses doctrines et appliquer ses principes dans leurs actes. Fidèles jusqu'au bout à la bannière de 1830, ils se proposaient de pratiquer la politique mixte à l'aide d*uue administration homogène.
Les débats, roulant en grande partie sur l'admissibilité du programme de M. Rogier, se distinguèrent cette fois par un symptôme dont la gravité n'a guère besoin d'être signalée. Les droits de la couronne, la personne même du roi furent mêlés aux reproches et aux accusations que se renvoyaient les amis et les adversaires des ministres. M. Rogier ne craignit pas de s'écrier : « L'opinion libérale, par sa seule présence aux D affaires, aurait émancipé la royauté du joug que, dans DTcpinion du pays, elle subit aujourd'hui. » A l'entendre, les catholiques étaient non pas les défenseurs, mais les exploUateurs de la prérogative royale (2). Et les tribunes, toujours remplies d'une jeunesse ardente, applaudissaient chaleureusement ces paroles imprudentes, si dangereuses pour le prestige du trène, si peu dignes d'un ancien minisire devenu, en quelque sorte, la per^ sonnifîcation des idées gouvernementales du libéralisme! Un jeune député de Gand fut plus explicite encore. € Qu'est-ce donc, « dit-il, a qui écarte le parti libéral
(!) Ann. parl.y p. 1069.
(2) Séance du 20 avril, Ânn. parl.^ p i07^
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»du pouvoir?... C'est celle influence funeste qui pèse sur »la couronne; c'est celte influence qui entoure, qui cir- »convient, qui obsède la couronne; c'est celte influence »qui, s'élayant des souvenirs de deux révolutions, me- »nace encore, alors qu'elle se proclame dans cette enceinte »la gardienne des prérogatives de la royauté... » De nouveaux et chaleureux applaudissements éclatèrent dans les tribunes; et Toraleur, s'adressant en quelque sorte au roi lui-même, ajouta : « Si , en ce moment, je n'hé- »sile pas à signaler avec énergie le mal de la situation, »le véritable mal qui ruine le pouvoir et l'avilit, qui »jette dans le pays des ferments de discorde, de mécon- Dtentement, d'irritation, c'est qu'en homme modéré «avant tout j'ai du signaler au pilote, si haut qu'il soit cassis, recueil qui menace le navire de l'Etat^ afin qu'il » l'arrête (1)1 » Un député de Touruay, que ses opinions républicaines éloignèrent plus lard du parlement belge, afllrma qu'une puissance occulte avait continué de gouverner pendant Tinlerrègne ministériel (2). Poussant, comme toujours, les erreurs de ses amis à leurs conséquences dernières, M. Verhaegen dit audacieusement qu'il n'était pas permis au roi de choisir dans les rangs des libéraux un ministère réunissant des conditions de vitalité (3). Ainsi le grief absurde et banal de l'influence occulle acquérait de jour en jour des proportions plus imposantes. De MM. dHuart et Ernst il s'était élendu à M. Nolhomb; de celui-ci à M. Van de Weyer, et de ce dernier au roi lui-même! Et cependant, on Ta
(1) Séance du 21 avril, Ann. parl.^ p. 1079.
(?) rbid., p. 1085.
(3) Séance du a2 avril, Ann. par/., p. 1094.
cuAPniŒ XXXIV. 173
vu, le rui avait si peu leuu à conserver le pouvoir aux mains des catholiques; il était si loin d'avoir montré de la répugnance à Tégard des chefs du parti libéral^ qu*il avait successivement donné à M. Rogier, à M. Dolez, à M. d'Huart et à M. d'Hoffschmidt Tautorisalion de former un cabinet exclusivement composé d'éléments libéraux : et cela en présence d'un parlement où la majorité appartenait incontestablement aux catholiques ! Il n'avait posé à Tavénementde la gauche qu'une seule condition , celle de ne pas réclamer la dissolution éventuelle des Chambres! Ces tristes, ces incroyables exagérations de l'esprit de parti produisirent un résultat auquel leurs auteurs étaient loin de s'attendre, llecueillics et commentées dans les bas-fonds de ia ])olitique et de la presse, elles servirent de prétexte à d'ignobles attaques contre le chef de l'Etat; et bientôt il fallut demander aux Chambres une loi sévère pour réprimer les offenses envers le roi et les membres de la famille royale (1).
On comprend sans peine que cette absence de scrupules à l'égard de la royauté devait avoir pour complément des attaques pleines de violence dirigées contre les ministres. Un seul exemple suffira pour caractériser la polémique parlementaire de l'époque.
Un receveur des contributions nommé Retsin avait été condamné à cinq ans d'emprisonnement du chef de concussion. Malgré de hautes et puissantes influences, sa requête en grâce avait été rejetée, sur le rapport du ministre de la Justice; seulement, comme la santé
(1; Loi du 6 avriH847.
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du coupable était trop altérée pour qu'on put le soumettre au régime de la maison centrale de St-Bernard, il reçut l'autorisalion de subir sa peine à la prisou de Bruxelles. Plus tard on lui permit de quitter momentanément cette prison pour se faire soigner dans un hospice, parce que, suivant un rapport de Tadminislrateur des prisons, Tépuisement de ses forces réclamait ce changement de régime ; mais, toujours préoccupé des intérêts de la vindicte publique, le ministre posa pour condition que le temps passé à Thospice ne compterait j)as dans la durée de la peine. Les précédents administratifs autorisaient cette mesure. Le baron d'Anelhaii ge bornait à faire en faveur d'un condamné correctionnel ce que ses prédécesseurs avaient fait en faveur d'individus frappés de peines afflictives et infamantes.
Malheureusement, au lieu d'entrer sans retard à l'hospice qu'on lui avait désigné, Retsin se rendit à Mons, où il eut l'air de narguer les magistrats qui l'avaient condamné. Informé de cet abus de confiance, de cet inconcevable oubli des conditions apposées à sa mise en liberté, le ministre de la Justice lit immédiatement arrêter le coupable, qui fut déposé à la prison de Turnhout, Tous ces faits étaient accomplis, lorsque M. Verhaegen, dans la séance du 22 avril, crut devoir en faire l'objet d'un long et virulent réquisitoire contre l'administration centrale.
Cachant ses sentiments et ses acies sous des dehors séduisants, Retsin avait réussi à s'attirer la bienveillance d'une foule de personnes influentes. Ayant passé quelques années au service d'un nonce, il se vantait d'entretenir des relations avec les dignitaires les plus