‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 81 sur 178 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

éminents du clergé. Il est constant que, guide par ses passions cupides, il exploitait, peu de temps avant sa condamnation, une sorte de commerce de fausses reliques. Croira-t-on que l'opposition eut le triste courage de grouper ces faits, de se prévaloir de ces antécédents, d'exploiter ces mensonges, pour transfor^ mer cet homme « si adroit, si jésuite (l), » en enfant chéri du parli catholique? On accusa te ministre de la Justice d'avoir agi sous la pression du pouvoir occulte, en accordant à Kelsin une faveur dont il élait in-

digne; on s'empara des manœuvres de ee malheureux pour faire planer d'odieux soupçons sur la moralité d'une grande opinion nationale. « Retsin,i> s'écriu M. Casiiau, « c'est i'incarnaiion de lout un système de «mensonge et d'hypocrisie. C'est Tartuffe qui ressuscite, »mais le Tartuffe du dix-neuvième siècle. Tartuffe »avec un nouveau perfectionnement d'hypocrisie. Voilà •les hommes que Ton protège aujourd'hui, voilà les » hommes que le pouvoir occulte fait arriver à toiis les «avantages et à toutes les faveurs. Aujourd'hui» comme »du temps de Molière, il n'y a de protection, de chances «d'avancement que pour ceux qui font de la dévotion «métier et marchandise.... Voilà sous quels auspices a «t^fré inaugurée la morale administration qui nous gou- Taverne (2) / » Malgré les explicalions les plus complètes el les plus péremptoires que M. d'Ânethan s'empressa de fournir à la Chambre, malgré l'ordre d'arrestation qu'il avait donné à une époque où rien ne présageait

(!) Expression de M. Veihargcn. Séance du 22 avril; Ann. parLy p. 1099.

(2) Ann. pari., p. II 05.

Mi) 31 MAir, 1846 — 12 août 18i7.

qiiu cel inciileiil adiiiinislralif dût cire porté à la Iribuiie, malgré Tévidence accablante des faits, plusieurs séances de la Chambre des représentants furent absorbées par les développements de ce thème. La majorité commit une grande faute en s'abstenant de passer immédiatement à Tordre du jour. Dans un pays vois^in, où une accusation analogue se produisit sous le mi* nistère de M. Martin (du Nord), l'assemblée n'avait pas même voulu que le chef du département de la Justice prit la parole pour se défendre. Il ne suffit pas déparier et de voler en faveur des ministres; on compromet la dignité du pouvoir en permettant que Tun de ses représentants soit traité à la tribune « comme »un lllou en police correctionnelle, parce qu'il a permis »à un malheureux atteint d'une maladie mortelle de «sortir pendant quelques instants de sa prison pour «respirer au dehors un air plus salubre (i).» C'était un triste spectacle que cette phalange d'hommes honorables et graves, s'acharnant pendant huit jours contre le chef d'un département ministériel, parce qu'il avait, d'après eux, montré trop de condescendance envers un condamné malade! L'avenir ne tarda pas à justifier la conduite de l'administration centrale. Trois mois après ces déplorables débats, Retsin mourut en prison des suites de la maladie qui avait motivé sa mise en liberté provisoire. Mais l'effet était produit, et cet incident, malgré ses proportions mesquines, avait alimenté pendant plusieurs semaines la polémique des feuilles libérales (2).

(1) Expression de M. de Gerlache ; Essai sur le mouvement des partis, 2* édit., p. 24, en note.

(2) Voy. les Ann. pari., 184î>-46, p. 1098 et suiv. M. d'AncUian pro-

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