‹ La belle argentièreChapitre 19 sur 42 · I.A lti;i,I.K AlUiKN riKKK · texte numérisé non relu

I.A lti;i,I.K AlUiKN riKKK

— Allons, v.i to coucher, interrompit lo gciililliomiin'. A sc^pt lnMircs, que tout soit pnH j)()iir que nous sautions «mi selle !

Dégourdi ne rt'plitjiia pas ; mais, à sa ligure cuusleruot!, ou devinait (juo ce départ lui cassait bras cl jambes.

(lill)t'rt n'eu était pas plus content que lui. Quitter Paris sans revoir la Helle Argenlière était pour lui le plus douloureux des sacrifices. Cependant il y était résigné lors(|u'il s'endormit.

A six heures du matin, il était debout, appelait maître Cofjiielicot et lui ordonnait do ne louera personne la chambre qu'il occupait, tant qu'il ne lui en aurait pas donné l'autorisation.

L'aubergiste protesta qu'un g-entilhommc envoyé par M. de Montmorency pouvait faire de sa maison ce que bon lui semblerait.

Botté, éperonné, coiffé, armé de pied en cap, Gilbert allait descendre dans la cour, lorsque Dégourdi, clignant de l'œil et le cœur rempli d'une vague espérance, lui apporta une lettre.

Clilbert s'arrêta net. A la forme de la missive, au parfum qui s'en exhalait, à l'écriture de l'enveloppe, il avait deviné que ce billet était de Léona !

Il l'ouvrit avec impatience et lut :

« On a des révélations importantes à vous faire. Trouvez-vous ce soir, h sept heures, devant la petite porte latérale de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, qui donne sur la rue des Prêtres. »

Le billet n'était pas signé, mais Gilbert ne pouvait s'y tromper. C'était la Belle Arg-entière qui le lui avait adressé.

— Qui t'a remis cette lettre? demanda-t-il à François.

— Gilonne, répondit le valet.

Le jeune gentilhomme demeura d'abord immobile, puis se mit à parcourir sa chambre, en proie à une agitation, dont Dégourdi, qui ne le quittait pas des yeux, suivait les phases avec un intérêt croissant.

Gilbert hésitait. Que devait-il faire? Aller à ce rendez-vous ou tenir la promesse qu'il avait faite au roi de Navarre de partir à la première heure ?

S'éloigner aussitôt, c'était non seulement renoncer à revoir Léona, mais c'était encore perdre le bénéfice des révélations qu'elle lui annonçait. Or, ces révélations, il les avait pressenties déjà, le jour où il avait fait ses adieux à la Belle Argentière. De quelle nature étaient-elles? L'intéressaient-elles directement, ainsi qu'il l'avait supposé ? Avaient-elles trait à sa famille ?

C'était probable. Il se souvenait des questions singulières que Léona lui avait posées, sur son pays, sur son origine... Mais alors il était pour lui de la plus haute importance de pénétrer ce mystère !

V .}u'importuienl d'ailleurs quelques heures de plus ou de moins ? Il partirait le lendemain. A la rigueur, il pourrait partir le soir même. N'était-ce pas concilier à la fois son devoir avec ses intérêts et son amour ?

Son amour ! Tel était la véritable cause de ses hésitations. En vain il essayait de se donner le change, à l'aide des raisons spécieuses qu'il invoquait. La raison véritable, c'est qu'il était profondément épris de la blonde Vénitienne, qu'il avait le plus ardent désir de se retrouver avec elle et qu'il ne voulait pas manquer l'occasion, peut-être unique, qui se présentait.

Le cœur l'emporta donc bien vite sur le devoir. Que celui qui n'a pas un plus gros péché sur la conscience, et qui se souvient d'avoir eu vingt ans, lui jette la première pierre !

Son parti fut bientôt pris.

— Tes chevaux étaient prêts ? demanda-t-il à François.

— Oui, monseigneur.

— Eh bien ! remets-les à l'écurie. Nous ne partirons que dans vingt-quatre heures.

Bien que ce délai fût très court, Dégourdi ne cacha pas la joie qu'il lui causait et s'esquiva, sans en entendre davantange.

Gilbert demeura seul. Qu'allait-il faire pendant cette longue journée? Il ne pouvait pas se promener, puisqu'Henri lui avait recommandé de ne pas se montrer. Il en était donc réduit à attendre douze longues heures dans cette chambre étroite, condamné à l'inaction la plus absolue, n'ayant même pas la ressource, pour se distraire, de mettre le nez à la fenêtre et de regarder les passants!

Il est inutile de dire combien lui parut fastidieuse cette interminable journée ! Elle s'écoula pourtant et permit du moins à Gilbert de passer en revue les événements auxquels il avait pris part et de faire une sorte de confession générale.

Quoi qu'il arrivât, il était bien décidé à se mettre en route le lendemain matin.

Il ne laissait à Paris d'autre regret que celui de quitter Léona, — regret dont l'entrevue qu'il devait avoir le soir même allait sans doute augmenter l'intensité.

Cependant il éprouvait aussi comme un vague remords de laisser ]\jme d'Ermilly et le marquis aux prises avec M. de Lapeyre.

A en juger par la bienveillance avec laquelle M. de La Modane avait pris la défense du comte, il ne partageait probablement pas l'opinion peu favorable qu'on avait conçue en Navarre sur ce gentilhomme. Il rejetait sur les turbulences de la jeunesse les fautes que M. de Lapeyre avait commises, et semblait croire à sa converson.

Quelles causes avaient eu raison de ses défiances primitives? A quoi bon quitter son pays et faire un aussi long voyage avec tant de rapidité, pour se ranger, au bout d'une heure d'entretien, à l'avis de la comtesse ? Allait-il réellement prêter les mains à ce mariage et devenir dupe à son tour, comme l'avait clé déjà sa sœur ?

Il est vrai que Gilbert ne se souciait que très médiocrement d'un homme

oao i.A ni;i,ij: aim;i:\ rii;iiK

d'niissi miiict' vnN'iii" ([lit' .M. de, La Moilanr, vX A'iuw CA)t\i\r.lU'. siumiumm' comme M'"" d'iMinilly. (lo qui lui ffiis.iil ùproiivtM" c« sculimoiiL dfi n-mords, (-'(Hait de voir la lillo du marcpiis cinijrlrôe avec «mix dans la loili; (\\\r. !<! conitf avait Iciiduc.

Si indirei'ti'ini'iil (|iit' (••> lui, clic dcvciiail en ('lf<!l, la proio de ci; iniscrabic, car bleu corlaiiicment If lo.nto no coiicltirail ce, mariag»» quo s'il y (roiiv.iil un avanlago. Or, loiil avanlaL;e tison profil »Hait iiuo porte pour M'" de La Modarn;, à (jui cchappt'raiL dhs lors tout ou parlitj do la fortuiie do An. tanto.

Vraiment, c'était dommage ! Do toutes les jeuncîs lillos (juo (îilhert connaissait, Henriette était assurément celle qui méritait le plus d'être heureuse. Elle y avait tous les titres, puisqu'elle était jolie, jeune, g-énéreuse, compalissatile et charitable.

Et l'on ne pouvait pas dire que ce fût par l'iixemplo qu'elle avait, accpiis toutes ces précieuses qualités. Tant s'en faut! Elle avait perdu de très bonne heure sa mère, une excellente femme, et avait été élevée, non pas par son j)ère, mais du moins sous sa direction. Mais le marquis était l'homme lo plus infatué de son titre et de sa fortune cpii fût ;ui inondi! ! Il n'avait jamais compati qu'à ses propres soufTrances, il ignorait le plaisir de faire le bien; il était dur, égoïste, entêté, détesté, pour ne pas dire exécré, de tous ceux qui le connaissaient.

Ce n'était donc pas lui qui avait formé le caractère de sa fille, qui lui avait enseigné la charité, qui lui avait communiqué ces sentiments généreux, qui la faisaient aimer autant que son père était haï.

Elle s'était formée seule. Les trésors qu'elle possédait étaient sortis pour ainsi dire sans qu'elle s'en doutât de son cœur, au fond duquel Dieu les avait enfermés, pour faire pardonner sans doute l'égoïsme et la vanité du marquis.

C'était, en effet, la grâce candide de cette enfant qui ouvrait au marquis les portes de la plupart des maisons dans lesquelles il était reçu. On supportait le père, afin d'admirer de plus près la fille. Cet ange de bonté rayonnait d'une si pure auréole, que les défauts du marquis disparaissaient dans le cercle d'éclatante lumière qu'Henriette répandait autour d'elle.

C'est par respect pour cette ingénuité, si simple qu'elle s'ignorait elle-même, que Gilbert regrettait de s'éloigner avant d'avoir démasqué le comte.

S'il avait retrouvé d'Asti la veille, il serait allé sur-le-champ chez •\I°'° d'Ermilly en compagnie de l'aventurier, afin de prouver clairement au marquis que M. de Lapeyre était bien l'auteur de l'assassinat auquel il avait survécu.

Malheureusement, cette preuve irrécusable lui avait fait défaut. Il ne pouvait rendre à Henriette aucun service et se voyait forcé d'abandonner à la Providence le soin de protéger la jeune fille contre les entreprises du comte...

Et puis, ce billet que Gilbert tenait toujours à la main, que depuis le matin

il avait couvert de baisers, l'entraînait vers d'autres idées... Pjuvait-il s'attendrir longtemps sur des infortunes, dont rien, après tout, ne lui démontrait l'imminence, quand il se voyait si près de toucher au bonheur le plus complet qu'il eût jamais ambitionné?

Aussi ce fut dans des alternatives terribles de crainte et d'espérance qu'il atteignit la fin de la journée.

Il était prêt depuis longtemps, quand sonna l'heure du rendez-vous. Encore son impatience ne lui permit-elle pas de l'attendre. Il sortit un gros quart d'heure plus tôt, tourna l'angle de la rue des Prêtres et s'arrêta devant la petite porte de l'église.

Peu de personnes connaissent de nom la rue des Prôtres-Saint-Germainl'Auxerrois. Beaucoup l'ont traversée, pour aller du Louvre actuel à la place de l'Ecole, sans savoir comment elle se nomme.

C'est une' rue courte et étroite, qui part de la rue de l'Arbre-Sec, aboutit à la place. Saint-Germain-FAuxerrois, et dont le passage, praticable jadis pour les cavaliers, est aujourd'hui interdit aux voitures.

Gilbert interrogea des yeux les profondeurs de la rue et ne vit rien. L'obscurité était, du reste, fort épaisse. Comme la veille, le brouillard en augmentait l'intensité.

Il se promenait, afin de se garantir contre l'humidité pénétrante dont il était enveloppé, car il avait négligé de prendre son manteau, pour être plus tôt prêt, en cas de besoin, à la défense ou à l'attaque. «

Sa promenade était naturellement très circonscrite et se réduisait à une dizaine de pas. Ne fallait-il pas qu'il pût reconnaître Léona et être reconnu par elle? .

Il tournait le dos à la rue de l'Arbre-Sec, lorsqu'il se retourna brusquement. Un bruit de pas avait frappé son oreille.

Il vit entrer dans la rue des Prêtres six moines, revêtus d'une robe de bure brune, la cagoule rabattue sur les yeux, tenant chacun à la main une cire allumée. Ils s'avançaient lentement, psalmodiant une sorte de cantique, dont il ne distingua pas les paroles.

Instinctivement, Gilbert avait porto la main à la garde de ^oa épée ; mais' il se rassura aussitôt en voyant à qui il avait afiaire. Ces moines se rendaient vraisemblablement à l'église, pour y dire une prière ou y accompHr un vœu.

Ces sortes de processions étaient très fréquentes à cette époque. Henri III^ qui joignait à une soif effrénée de plaisir les pratiques de la superstition la moins clairvoyante, avait mis à la mode ces pèlerinages pieux. Plus d'une fois il y avait pris part, accompagné de ses favoris. On l'avait vu même, à deux reprises, vêtu du cost^ume des pénitents, suivre pieds nus, en plein jour, des processions qu'il avait organisées.

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