ACTE TROISIÈME
LB MARQUIS
J’avais, en effet, mademoiselle, quelijue pressentiment de la bonne fortune qui m’était réservée ce soir.
LOÜISK.
Ainsi, vous savQZ ce qui se passe?
LE MARQUIS
Oui, mademoiselle, et, soit dit entre nous, ce qui se passe est fort i,Tavo... Je ne sais si vous y avez pensé, mademoiselle, mais nous ne sommes pas encore tout à fait en Amérique où il sulDlque la loi désoblige quelques individus pour qu’ils en improvisent une autre à leur gré... et qu’ils suspendent au premier arbre venu le compagnon qui leur déplaît... Chez nous , une telle action s’appelle encore un crime... Avez-vous pensé à cela, mademoiselle?
LOUISE
Je n’ai pensé à rien... qu’à sauver mon frère... et à punir votre indigne manque de foi !...
Mademoiselle!...
LOUISE, orec t-nergie.
Je tiens ma parole, moi, monsieur... Qu'avez-vous fait de la votre?... Ne m’avez-vous pas promis, formellement promis, il n’y a pas huit jours, que jamais, malgré nos dissentiments de famille, vous ne chercheriez querelle à mon frère... et, maintenant, vous venez le provoquer... l’appeler en duel... tourner bravement contre lui ces armes que vous avez maniées toute votre vie... et auxquelles il n’a jamais louché, lui, vous le savez bien ! Vous venez l’assassiner, enfin!... Voilà votre honneur! voüà votre fidélité à la parole donnée, à la foi jurée... Grand Dieu!.’., et ce!a se dit nob!e, gentilhomme, chrétien... est-ce que je sais?...
LE MARQUIS
Pardon, mademoiselle, vous vous méprenez. Je vous avais promis, en effet, de ne jamais changer en querelle personnelle de simples confiits d’intérêts...' Mais votre frère s’est chargé lui-même de modifier le caractère de nos relations... Que vous le sachiez ou
LA BliLLü AU BOIS DORMANT.
non, il a bien voulu honorer ma sœur de son amour... Jusque-là, je n’avais rien à dire... Mais je l’ai surpris l’autre soir tenant à ma sœur un langage au(|uel les jeunes dames de famille ne sont pas habituées... Dés lors, ma liberté m’a été rendue... et j’en use, voilà tout I
LOUISE
Eh! sans doute, il aimait votre sœur... je le sais bien... car lorsqu’il m’a confié cet amour désespéré... j’ai vu, pour la première fois, dc.5 larmes sur son visage... et vous auriez été touché vous-mème en voyant pleurer un homme d’un cœur si ferme!... Et il a fait encore pour votre sœur une chose qu’il n’avait faite.de sa vie... il a menti !... il vous a trompé, vous, monsieur !...
Moi!... comment... mademoiselle?...
LOU ISE.
Oui... quand il a acheté votre château... pour avoir un prétexte de vous le payer plus cher qu’il ne valait... pour sauver de la misère celle qu’il aimait... il vous a menti... il a inventé... je ne sais quoi!... une mine de fer qui n’a jamais existé... et dont vous avez reçu le prix!... et la fortune que votre sœur a portée en dot à son couvent, elle la doit tout entière à ce généreux mensonge! Voilà son crime, luez-le, maintenant!
LE MARQUIS
C’est vrai, mademoiselle? '
LOUISE
Si c’est vrai !
LE MARQUIS
Mademoiselle! cette fortune vous sera rendue, où j’y perdrai mon nom!... Mais, en attendant et sous le poids d'une telle dette, mon premier devoir serait do retirer à l’instant même ma provo- Ctition...
LOUISE
Ahl retirez-la donc, monsieur! car je vous jure que je vous dis la vérité. Écrivez à mon frère que vous rétractez vos paroles... je vous en supplie... écrivezi... afin de prévenir des malheurs
ACTIi TU01Sli:.MK.
dont la pensée me rend folle... Car, dans le premier moment de ma douleur, j’ai soulevé contre vous des colères, des violences dont je crains de n’ôtro plus la maître.sse... C’est à peine si ces hommes, ces ouvriers exaspérés, ont voulu me laisser les précéder de quelques instants... ils vont venir... mon Dieu!... iis viennent déjà... écoutez... (ElleTnA la fcni'lrc.) Écrivez, do grâce! (On cntena 11
peu lie distance un bruit de foule, mêlé de cris confus.) i
Lie MARQUIS. ’
Ah! pardon, mademoiselle, mais je ne suis plus libre... Si je me rétracte en face de ces hommes... ils vont croire que j’ai peur!
LOUISE
Monsieur, je vous en conjure... écrivez... une ligne... un mot .*
seulement... écrivez... écrivez... (Lebmil aa la fouie s'accroît.)