ACTE PREMIER
DIDIER
Mon ami... je l’as.suro...
GEORGES
Ah! c’esl qu’elle a reçu une (éducation un peu rigide, ma sœur... Mon père, qui était un énergicjue partisan de cette démocratie qui est notre religion, à nous autres, et que tu n'aimes guère, toi...
DIDIER
Oh! là-dessus, mon ami...
GEORGE
C’est entendu... Enfin, mon père a voulu pénétrer sa fille do toute l’horreur qu’il profes.sait lui-mème pour l’oisiveté et la frivolité iiabituelles des femmes... il l’a élevée comme moi... Nous avons été nourris des mêmes principes, forgés du même métal, tous deux... Comme moi, elle ne connaît qu’un plaisir et qu’un Dieu : le travail!... Elle n’a jamais lu qu’un seul poëte... qu’elle sait par cœur... le vieux et rude Corneille... Aussi, ce n’est pas une femme brillante, comme on dit... mais c’est un cœur héroïque... et une tête solide, va!... Sais-tu ce qu’elle a fait, cette enfant-là?... Quand mon père succomba... sur son champ de bataille... broyé par une de ces terribles macliines qui étaient l’œuvre de son génie... j’étais, moi, à quinze cents lieues de France... Je n’appris sa mort, tu feu souviens, qu’au bout de quatre mois... Juste à ce moment-là, il y avait dans notre industrie une crise effrayante... Mon père vivant, malgré tous ses elTorls, notre usine se soutenait à grand’ peine... lui mort, tout devait être perdu mille fois, et quand j’arrivai ici, je m’attendais à troifver nonseulement le deuil, mais la ruine... (Avec une énerïio émue.) Eh! bien... cette enfant... elle avait pris h direction de tout, inspiré la confiance à tous... elle avait tr.ivadlé jour et nuit... elle avait!... Je ne sais ce qu’elle avait fait... mais elle avait tout sauvé, la fortune et l’honneur! voilà! Aus-i je l'aime, vois-tu... Ah! nous sommes Ik deux orphelins ijui nous aimons fièrement!
DIDIER, ému.
Brave fille!
LA BELLR AU BOIS DORMANT