‹ La belle au bois dormant drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 44 sur 146 · B L ANC H E · texte numérisé non relu

B L ANC H E

Je ne sais trop si je dois... Enfin ce que je vais vous dire sera pour vous seul , n'est-ce pas?

LE COMTE

Ma cousine !...

BLANCJIE, cessant fîe travailler.

Vous savez dans quels sentiments j’ai été élevée. Dès mon enfance, le nom de ces Morel m’inspirait une sorte de terreur superstitieuse. A mesure que j’ai grandi, et que j’ai appris à voir en eux les ennemis héréditaires de ma famille, de nos principes, de nos affections, de nos croyances, vous pouvez penser que mes sentiments n'ont pas changé. J’évitais tout ce qui pouvait me rappeler ce triste voisinage. J’en fuyais mémo la vue comme celle d’une terre maudite, et je ne crois pas que jamais dans nos promenades avec mon frère, nous ayons franchi les limites des bois du côté de l’usine. C’est ainsi que j’avais pu vivre si longtemps près do cette famille sans avoir jamais vu le visage ni de la sœur, ni du frère... Je les avais à peine aperçus de loin... Le seul chemin qui eût pu nous être commun... le chemin de l’église... je ne les y rencontrais jamais ! .

LE COMTE

Eh bien ?

11 y a trois mois environ... mon frère était allé à Carhaix... Le hasard d'une jiromenade prolongée jusqu’à la nuit me conduisit dans les bois à l’extrémité d’uneavenue qui s'ouvre sur la plaine...

Je vis tout à coup flamboyer sous mes yeux un des ateliers de l'usine... C’était comme une cathédrale en feu... des rumeurs confuses arrivaient jusqu’à moi... Une curiosité soudaine me prit...

ACTIi: DlîüXlfcMI'. 43

Je sortis du parc... je poussai mon cheval un peu elTrayé... jusqu'au seuil de la porte enlr’ouverte... et je pus voir, cachée dans l’ombre, ‘un spectacle qui d’abord me terrifia... Il y avait là, dans la profondeur d’une immense fjalcrie, une armée d'ouvriers déîiueniilés qui s’agitaient confusément... Tout autour, des rouages étranges, des appareils effravants qui semblaient animés d’une vio convulsive... Çà et là, des fournaises embrasées d’où sortait comme une lave ardente qui lançait jusqu’aux voûtes des gerbes d’ét»ncelle.«... Parmi tout ce désordre, une seule voix se faisait entendre par intervalles ., et semblait commander... je levai les yeux... Sur , , les énormes charpentes qui traversaient les voûtes... un homme... un jwine homme était debout... immobile... et malgré l’espèce do crainte, rl hornuir, dont j’étais pénétrée, il y avait dans sa voix si ferme, si assurée... dans son attitude tranquille, sur .son front calme... nu milieu de ce tumulte et de ces flammes... il y avait je ne sais quelle grandeur sombre qui me saisissait!... Tout à coup il me sembla que son regard tombait sur moi , et ce regard... chost> étrange... me parut empreint d’une profonde tristesse!... je me hâtai de fuir...

L K COMTE, un peu grave.

Quoi... encore... ma fille?...

a I. ANC II K.

Je revins au château... j’avais moi-même les yeux pleins d’étincelles... la tète pleine de trouble... Cette scène m’avait laissé l’impression d’une force... d’une puissance dévorante... dont cet homme était le maître... et j’avais peur... et puis, faut-il tout vous dire... je craignais aussi qu’il no m’eût aperçue... et j’avais honte !...

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