‹ La belle au bois dormant drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 45 sur 146 · III. A NC HIC · texte numérisé non relu

III. A NC HIC

.M’avait-il vue, en effet, je l’ignore! .Mais depuis ce temps... je l’ai rencontré souvent sur mes pas... comme s’il m’eût cherchée... et, plus d’une fois, j’ai cru qu'il allait me parler... Jugez si je tremble que mon frère ne remarque un jour cette insolente persécution ; pour moi, si calme, .‘i heureuse aiitrcrois... je ne me

reconnais plus... Est-ce la crainte... est-ce la haine qui m’agitent... je ne sais... mais enfin... j’ai perdu le repos... même le sommeil... Et maintenant... vous savez pourquoi je voulais éloigner cet homme à tout prix... maintenant, mon bon père, vous savez tout!

LE COMTE, nrec bonhomie.

Votre récit, ma cousine, ne m’étonne pas... car il m’est arrivé, clans ma jeunesse, une aventure très-analogue.

BLANCHE, suipiifiiito.

A vous, mon cousin?

LE COMTE

A moi-même, ma cousine... J’avais autrefois l’imagination rêveuse et poétique... Un jour d’été, pendant la moisson, j’aperçus dans la prairie Catherine Plévin... la tante de la petite Madeleine qui se marie aujourd’hui; elle tenait une fourche et lançait en chantant des faisceaux de gerbes sur le sommet d’une charrette... Elle avait ainsi, la tête et les bras nus sous le soleil, un éclat de beauté rustique, do vigueur champêtre dont je fus ébloui jusqu’au fond de Tûme... Il me semblait voir Calypso au milieu de ses nymphes!... Seulement, moi, ce n’était pas de la haine que j’éprouvais, c’était de l’amour!...

B L A N C H K , souriant.

Nous n'en sommes pas là, chez nous, cousin.

LE COMTE

Vous, non... mais moi... j’en étais là... Je vous épargne, ma cousine, le récit de mes souffrances... de mes combats... dont je sortis vainqueur... bien entendu... Slais c’e.st ainsi, voyez-vous, que dans la retraite où nous vivons tout fait événement... notre imagination poétise... transfigure toutes cho.ses... C'est ainsi qu’un ouvrier intelligent, dirigeant les travaux nocturnes de ses camarades... a pu \ous apparaître comme une espèce de génie du feu... d’archange déchu, mélancolique...' qui n’attendait peut-être pour être consolé et racheté qu’une larme d’un ange fidèle... n’cst-ce pas?...

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