ACTE ÜEUXIÈME
ment, la misère el toute servitude liumaine... préparer à tous et à chacun, sous le ciel, un avenir de bien-être, de liberté, de grandeur, sans précédents dans l’histoire du monde... voilà le but que nous poursuivons... tous tant que nous sommes : penseurs, savants, ouvriers, soldats... Voilà notre cause enfin!... et telle qu’elle est. aucun homme peut-il se dire offensé parce qu’il est convié à la servir?
LIi MARQUIS, avec gravité, se levant.
Monsieur Morel, si j’envisageais du même œil que vous vos principes et votre cau^, faites-moi l’honneur de penser qu’aucun regret personnel, aucune puérile rancune ne m'eût empêché de m’y •associer pour mon humble part... Quoique vivant dans la retraite, veuillez croire que je ne .suis resté étranger ni à mon pays, ni à mon siècle, et que j’ai recherché sincèrement toutes les clartés qui pouvaient m’enseigner mon devoir. Or, j’ai vu à l’œuvre votre société moderne, votre civili.-^alion , votre progrès... j’ai pu les admirer souvent, les aimer, jamais! Je respecte vos théories, car elles sont généreuses; mais j’y vois, parmi d’éclatantes vérités, des illusions effrayantes... Quand votre science, votre activité, votre industrie couvrent la terre de prodiges... quand vous ré(iandez partout la lumière et le bien-être , j’applaudis et je m’incline... mais vous ne vous en tenez pas là... et je me demande, pardonnez-lt'-moi , si vous n’enlevez pas aux hommes plus encore que vous ne leur donnez , si en effaçant beaucoup de misères et de hontes, vous ne détruisez pas du même coup d’irréparables consolations! — Je me demande enfin, lorsque vous brisez pêle-mêle toutes les servitudes de cette vieille société à laquelle j’ai le triste avantage d'appartenir, les servitudes qui attachaient le sujet au prince, le vassal au seigneur, le fils au père, l’homme à Dieu... je me demande si vous n’atteignez pas au cœur toute société humaine dans son lien le plus puissant, le plus nécessaire, le plus sacré, le respect!... La résignation et le respect ôtés de ce monde, vous aurez beau grandir la matière, vous ne la grandirez jamais assez pour combler dans le cœur de l’homme le vide mortel que vous y aurez fait! — C’est pourquoi vosdoctrines me paraissentfunestes à ceux mêmes qu’elles prétendent servir, et je les combat-