‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 21 sur 55 · JEANNE, HELENE · texte numérisé non relu

JEANNE, HELENE

Jeanne, regardant la robe d'Hélène. Oh! COmmC elle

fait bien sur toi. C'est léger! Le « rattrapé » est épatant !

HÉLÈNE, affectant la gaieté. — Oui... je CroîS que ça

n'est pas mal.

Jeanne. — Et puis toutes ces fleurs! Et les cadeaux! Et le collier! Et tout ce monde qui arrive... Et puis de te voir si heureuse...

Hélène. — Dame, oui!

Jeanne. — Alors, ma foi, tout ça me décide...

HÉLÈNE. — A quoi?

Jeanne. — Oh ! je ne t'en avais pas encore parlé. C'est un projet pour moi que maman chauffe tellement depuis quelques semaines ! ma foi, je crois qu'il est à peu près cuit.

Hélène. — Oh! ma chérie. Mais c'est une grande nouvelle. Qui est-ce?

Jeanne. — Tu ne le coimais pas. C'est Pierre d 'A bon court.

Hélène. — Tu l'aimes?

Jeanne. — C'est un très gentil garçon. Il n'est pas mal. Ses parents sont charmants. 11 fera de la politique, probablement, et on dit qu'il réussira. 11 a un très joli château en Anjou.

HÉLÈNE. — Mais tu Taimes...?.

Jeanne. — Mon Dieu... non... non, ce n'est pas de l'amour. Il m'est sympathique, je t'ai dit. Il est gentil. Enfin, ça serait un mariage très bien.

Hélène, la voix changée. — Jeanne!

Jeanne. — Quoi?

Hélène. — Jeanne, écoute-moi bien... ma chérie... Il ne faut pas faire ça...

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Jeanne. — Qu^est-ce que tu as?

HÉLÈNE. — Non, il ne faut pas faire ça, entendstu, il ne faut pas.

Jeanne. — Mais tu me fais peur. Pourquoi?

HÉLÈNE. — Parce que se marier sans amour, c'est effrayant, vois-tu, c'est effrayant! On s'imagine que tout s'arrangera... le monde... le mouvement... la vie. On compte sur la raison... sur l'habitude, et on se dit: « Après tout, je serai assez heureuse. » Eh bien, ce n est pas vrai. Etre assez heureuse, ça ne veut rien dire. 11 n'y a pas de demi-bonheur. Il vaut mieux rien, rien, rien. Jl vaut mieux être malheureuse, parce que, au moins, quand on est malheureuse, on peut encore espérer...

Jeanne. — Hélène, qu'est-ce que tu as? Tu me parles comme si tu souffrais... comme si toi-même...

HÉLÈNE. — Moi... mais non, mais non!

Jeanne. — Pourtant...

HÉLÈNE, se contenant. — Pas du tout, seulement j'ai vu des mariages comme celui dont tu me parlais, alors, je sais... je sais...

Jeanne. — Ecoute, Hélène, tu me parles avec tant d'émotion que tu m'as troublée... Je réfléchirai; oui...

HÉLÈNE. — Tu me le j>romets?... Merci. (Elle l'embrasse avec transport.) Je t'ai peut-être sauvée.

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