‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 41 sur 55 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

VALENTIN, puis M""* DE TREVILLAC

\'alcntin, conduit par Custou, entre par la baie du fond; il regarde la pièce avec curiosité.

Valentin. — Personne... Sept heures de chemin de fer... deux kilomètres à pied, et par un soleil!... Je meurs de soif.

Il se verse un verre d'eau et boit.

M"* DE Trévillac, sur ic seuji de la porte. — Qu'estce que c'est que cet homme-là?...

Valentin. — Elle est fraîche.

Il se verse un second verre d'eau et l'engloutit comme le premier.

M"* DE Trévillac. — Mais dites donc, monsieur?...

Valentin. — Oh ! pardon, madame... M"* de Trévillac est bien ici, n'est-ce pas?

M"'* DE Trévillac. — Oui, monsieur.

Valentin. — Vous me croirez si vous voulez, j*en étais sûr...

M"* DE Trévillac. — Comment, vous en étiez sTir...

Valentin, apercevant la malle. — Ah! voilà ma malle...

M"' DE Trévillac. — Comment, votre malle?...

Je vous prie de vous expliquer. Je suis M"* de Trévillac.

Valentin. — La grand'mère d^Hélène... Alors, vous savez tout.

M"" de Trévillac. — Tout quoi?...

Valentin. — Eh bien, la conduite inconcevable (le votre petite-fille!

M""* de Trévillac. — Mais, monsieur, je ne vous permets pas!

Valentin. — Mais^ madame, j'en ai le droit !

M"" DE Trévillac. — Enfin, qui êtes- vous?

Valentin. — Je suis son mari.

M*"' DE Trévillac. — Le mari de qui?

Valentin. — Mais le mari d'Hélène, voyons !

M""' DE Trévillac, à part. — C'est un fou!

Valentin. — Moi?

M"" DE Trévillac. -- Ah! ça, monsieur, assez de sornettes!... Son mari, mais il est ici avec elle...

Valentin. — Comment?

M™* DE Trévillac. — Oui. Ils sont arrivés ensemble hier au soir.

Valentin. — Hein? Elle est venue... avec quelqu'un? avec un monsieur?

M'"* DE Trévillac. — Naturellement, puisqu'elle s'est mariée hier.

Valentin. — Mais non, madame, elle ne s'est pas mariée...

M™' DE Trévillac. — Voyons, voyons, je comprends de moins en moins... Vous dites qu'elle ne s'est pas mariée... et cependant vous affirmez que vous êtes son mari...

Valentin. — Mais non, madame, je ne suis pas son mari... Pas tout à fait, enfin... Elle s'est sauvée, au dernier moment... Au moment de partir pour la mairie.

M"'" DE Trévillac. — Qu est-ce que vous dites?...

X'alextix. — Et elle s'est sauvée avec quehju'un, ninintenant. Et vous permettez ça! Comment s'appelle-t-il, ce monsieur f...

M""* de Trévillac. — En voilà as.*5ez! Qu'est-ce que vous ;ine chantez? Je vous dis que c'est son mari, M. Valentin Le Barrover.

Valentin. — 11 s'aj)pelle Vatentln Le Barroyer?

M*"' DE Trévu.lac. — Oui ! Oui I

Valentin. — Eh bien, moi, alors, comment est-ce que je m'appelle?

M"* de TRÉ\^LLAC. — Mais qu'est-ce que vous voulez bien que ça me fasse?

Valentin. — Et qui vous a dit qu'il s'appelait...

M"* de Trévillac — Tout le monde... Lui-même.

Valentin. — Lui! Eh bien, il a un joli toupet celui-là, par exemple.

M"* DE Trévillac. — Comment?

Valentin. — Mais c'est moi, madame, qui suis Valentin Le Barroyer!

M"'" DE Trévillac. — Vous?

Valentin. — Voulez-vous des preuves?... (ii tire son portefeuille.) Tenez, voici ma carte... Valentin Le Barroyer, auditeur à la Cour des Comptes... Et cette malle, c'est la mienne. Tenez, voici la clef... Vous \()yez bien, elle ouvre...

M"" DE Trévillac. — Ah! mon Dieu! qu'est-ce (]ue c'est que cette histoire-là?

Valentin. — Je puis même vous dire ce qu'il y a sur le dessus de la malle... sans regarder. II y a mon nécessaire, deux douzaines de mouchoirs... six paires (le gants... un melon gris et un chapeau de paille. (Il o'.ivrc la malle.) Tenez, voici les mouchoirs, les gants, le nécessaire... et les chapeaux... (ii les met sur sa têt-.) Tenez, celui-là me va très bien, celui-là aussi. Ils me vont parfaitement tous les deux.

Il pose les deux chapeaux sur la table.

M"*' DE Trévillac. — Mais alors, l'autre... l'autre là-haut!... Oh! mon Dieu! je perds la tête...

Valentin. — Je vais tout vous expliquer, madame... C'est très clair, malheureusement. J'étais fiancé à votre petite-fille. Le mariage devait avoir lieu hier. Tout était prêt. A onze heures vingt, elle était en robe de mariée. Si vraiment il y a un instant dans la vie où un homme puisse croire que son mariage est assuré, c'est quand sa fiancée est en robe de mariée.

M"* DE Trévillac. — Oui, oui...

Valentin. — £h bien, non, madame, c'est un

leurre... A midi sept, le cortège était là... les témoins... la mrairie... réalise... tout... mais Hélène avait disparu... Elle s'était sauvée... et ça a suffi pour tout arrêter...

M"* DE Trévillac. — C'est effrayant!

Valentin. — Effrayant! Ah! si vous aviez vu cette maison de Louveciennes ! Sitôt la nouvelle connue, c'a été indescriptible. L'atmosphère de félicitations., brusquement transformée en atmosphère de condoléances. Les uns me serrant la main avec sympathie, d'autres me pouffant de rire au nez. Un fonctionnaire considérable se battant avec un agent de la sûreté pour reprendre son cadeau, une petite miniature de rien du tout... des jeunes filles éplorées, des mères ravies... Enfin, madame, le hourvari, le gâchis... le scandale.

M"* DE Trévillac. — Mais ça ne peut pas être vrai... ça ne peut pas être vrai...

Valentin. — Voyons, madame, pouvez-vous penser vraiment* que j'arrive de Paris, que j'aie voyagé pendant huit heures, que j'aie changé à Limoges... un change à Limoges,... et que je sois venu jusqu'ici... pour vous raconter une blague f

M"* DE Trévillac. — Oui... Vous avez raison.

Valentin., — Si je suis venu, c'est que j'ai réfléchi qu'Hélène ne pouvait s'être réfugiée qu'ici... et je me préparais à la raisonner, à la reprendre... lorsque j'apprends de vous qu'elle est arrivée avec un autre monsieur.

M— de Trévillac. — Mon Dieu I Mais elle m'avait dit que c'était son mari... Mais alors qui est-ce? Dites-moi qui c'est? •

Valentin. — Mais comment voulez-vous que je sache? Comment est-il?

M™* DE Trévillac, furieuse. — Très bien! C'est affreux I

Valentin. — Mieux que moi?

M"* DE Trévillac. — Bien mieux!

Valentin. — C'est inouï! C'est renversant!

Jeantine entre, portant un plateau sur lequel se trouvent deux tasses et la chocolatière.

Jeantine, l'air épanoui. — Voilà ' le chocolat des mariés; ils sont réveillés.

Valentin se lève d'un bond.

M"* DE Trévillac, avec violence. — Remporte ça à la cuisine.

Jeantine. — Oh!

M"' DE Trévillac. — Remporte!

Jeantine sort.

Valentin. — Madame... On m'a souvent reproché d'avoir le goût des choses précises. Mais U faut avouer que celle qui m'arrive là est d'une précision qui dépasse toutes mes espérances.

M"* DE Trévillac. — Seigneur! Qu'est-ce que nous allons devenir... C'est à ne pas y croire... Elle !... Hélène I

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