‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 42 sur 55 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

Les mêmes, ANDRE

André parait au haut de l'escalier, et descend lentement les marches de l'escalier. Il n'aperçoit pas Valentin, et s'avance tout souriant vers M * de Trévillac avec l'air satisfait de quelqu'un qui vient de passer une nuit fort agréable.

André, lui tendant les bras. — Ah ! ma chère grand'mère !

M"' DE Trévillac. — N'approchez pas !

André, interdit. — Quoi?

M"* DE Trévillac. — Vous êtes un malfaiteur.

André. — Mais, madame!

Valentin, s'avançant, d'un ton qu'il veut rendre très digne, et mettant sur sa tête le chapeau de paille qu*il a pris sur la table où ses trois chapeaux se trouvent réunis. — Monsieur, permettez-moi de me présenter: monsieur Valentin Le Barroyer, auditeur à la Cour des Comptes.

André. — Aïe!

Valentin. — Ainsi, vous vous êtes fait passer pour moi, comme ça, sans même me prévenir. C'est formidable !

André. — Mais...

Valentin. — Enfin, expliquez-vous.

André. — J'allais le faire... mais quand vous aurez ôté votre chapeau.

Valentin. — Mais...

André. — Je vous en prie.

Valentin. — Soit!

n repose son chapeau.

M"** DE Trévillac. — Avant tout, je veux savoij qui vous êtes?

André. — Je suis votre petit -neveu, André d'Eguzon.

M"' DE Trévillac. — Vous!

Valentin. — Vous tombez bien. Il est à Vienne.

André. — Je suis revenu hier matin à l'insu de tout le monde.

Valentin. — Et qui est-ce qui nous dit que c'est vraif

André. — Comment?

Valentin. — Avez-vous une preuve, une malle, des chapeaux, enfin, quelque chose?

André. — Assez, je vous en prie.

M°* de Trévillac. — En tous cas, vous avez fait de moi votre dupe.

André. — Nous allions, de nous-mêmes, tout vous avouer, Hélène et moi.

M"* de Trévillac. — Qu'on ne me parle plus de cette mauvaise fille... Comment a-t-elle pu ?... Et vous, comment avez-vous osé?

André. — Je vous supplie de m'écouter, madame. Hélène et moi, nous nous étions fiancés l'un à l'autre. Nous nous aimions depuis le jour oii nous nous étions rencontrés. Vous savez bien qu'on est forcé de l'aimer tout de suite. Ma mère a voulu nous séparer. Elle y a réussi par des moyens indignes... Mon, brusque retour a dissipé ce malentendu... Mais c'était hier... Que pouvions-nous faire?... J'ai décidé Hélène à fuir avec moi et je l'ai amenée ici où elle voulait rester jusqu'à notre mariage. Il ne s'agit pas là d'une aventure; j'ai voulu rompre une union qui ne pouvait faire que le malheur d'Hélène.

Valentin. — Comment, le malheur d'Hélène î Qu'est-ce que vous en savez, d'abord?...

André. — J'en suis sûr...

Valentin. — Mais c'est très désagréable!

André. — Mais, monsieur, laissez-nous.

Valentin. — Je maintiens que c'est très désagréable.

André, à m"' de Trévillac — Je VOUS jure que j'ai dit la vérité, et que ma volonté est d'épouser ma cousine le plus tôt possible.

Valentin. — Le plus tôt possible ! Et moi ?

Qu'est-ce qu'on fait de moi, dans tout ça?...

André. — Mais, monsieur, vous êtes tout le temps à parler de vous. Rendez-vous compte que vous êtes d'une importance secondaire.

Valentin, indigné. — Secondaire? C'est admirable.

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