Scène V
l\ M-"* DE TREVILLAC, HELENE
M™* DE Trévillac, appelant. — Hélène?...
HÉLÈNE, d'en haut. — Grand'mère !...
M™" DE Trévillac. -^ Descends...
Hélène descend les marches de l'escalier avec empressement.
HÉLÈNE. — Grand'mère ! (Se jetant dans ses brasO
Ah! grand'mère!
M™* DE Trévillac, se contenant. — Comment va*s-tu ?
HÉLÈNE. — Bien... je vais très bien! Tu as vu?...
M"' DE Trévillac. — Qui ?
HÉLÈNE. — Mon... mon mari.
M"" DE Trévillac. — Ah! ton... ton mari?... Oui... oui...
HÉLÈNE. — Il ne t'a rien dit?
M"' DE Trévillac. — Mais non!... Rien de particulier...
HÉLÈNE. — Ah!... (Timidement.) Grand'mère...
M"* DE Trévillac. — Eh bien?
HÉLÈNE. — Je vais te faire de la peine...
M"' DE Trévillac. — Ah !
HÉLÈNE. — J'ai une chose terrible à t'avouer, mais je n'ose pas... je t'en supplie, grand'mère, il faudra que tu sois très bonne, très indulgente...
M"' DE Trévillac. — Parle.
HÉLÈNE. — Laisse-moi me mettre à tes pieds et poser ma tête sur tes genoux comme lorsque j'étais petite... Grand'mère... je t'ai trompée, je ne suis i)as mariée.
m"* de Trévillac garde le silence. Au bont d'un temps, Hélène, inquiète, lève les yeux vers sa grand'mère qui prend alors la parole.
M"* DE Trévillac. — Et non seulement tu n'es pas mariée, mais le jour même de ton mariage tu t'es enfuie avec André d'Eguzon.
HÉLÈNE, se levant brusquement. — Comment, tu sais?
M"* DE TrévIllac. — Oui, mauvaise enfant!
HÉLÈNE. — Grand'mère, pardon, pardon!
M°* DE Trévillac. — Moi qui avais tant de confiance en toi! moi qui te mettais si haut!... Enfin! te rends-tu compte combien tu as mal agi?
HÉLÈNE. — Oh! oui, grand'mère!
M"* DE Trévillac. — Tu as des remords?
HÉLÈNE. — Oh! oui... c'est-à-dire, écoute, grand'mère, il m'arrive une chose plus épouvantable que tout.
M"* DE. Trévillac. — Laquelle?
HÉLÈNE, très humblement. — C'est que je suis très heureuse.
M"** DE Trévillac. — Oh ! Comment peux-tu m'avouer une pareille abomination?
HÉLÈNE. — Je ne peux pas te mentir. J'aurais bien voulu, je ne peux pas.
M"'^' DE Trévillac. — Toi ! toi !
HÉLÈNE. — Mais, aussi, tu ne sais pas avec quelle méchanceté, quelle cruauté, on s'est conduit envers moi, envers lui. Tu ne sais pas ce que M"* d'Ejruzon a fait pour nous séparer. Elle nous a trahis, elle nous a trompés tous les deux, elle a intercepté des lettres... — --T^me pj, Tré^^llao. — Ça ne m'étonne pas, mais ce n'est pas ime raison. Rien ne peut te justifier,
non
HÉLÈNE» — Ne dis pas trop cela, grand'mère.
Vois-tu, j'ai peut-être une ai *^re excuse.
M"* DE Tkévillac. — Quoi?
HÉLÈNE. — J'hésite presque à te la dire parce que ça te mettra peut-être encore plus en colère. I^ais Qu'est-ce que tu veux, c'est la vérité. Tout ce qui est
arrivé, c'est de ta faute.
M""* DE Trévillac. — De ma ^aute?
HÉLÈNE. — Mais dame!... oui! Je te jure qu'hier soir André avait été très bon, très l*espBctueux, comme il l'a toujours été. Nous nous étions dit adieu. >îous ne devions nous retrouver que ce matin pour tout te i-acopter. J'étais rentrée dans ma chambre. L.ui, il dormUt dans son fauteuil... Enfin, tout était,.. très bien... Et puis, tu-esTeirae...
M"*' DE Trévillac. — Mai!«...
HÉLÈNC. — Tu l'as réveillé, tu lui as fait des reproches. Tu as frappé à ma porte. Tu m'as appe-
M"** DE Trévillac. — Mon Dieu ! mais c'est vrai...
HÉLÈNE. — Et puis tu t'es sauvée, et lui... lui ne 5*est pas sauvé! j
M"* DE Trévillac, épouvantée. — Tu as raison... Tu as raison! Tout est de ma faute... Et c'est pour ça que je suis venue de Saint-Pardoux ! Je ne peux même plus t'en vouloir! C'est terrible.^ — • HÉLÈNE, avec transport. — Oh ! ne regrette pa^, fîfi'and'mère, ne regrette pas. J'ai tant de bonheur! Vois-tu, quand on est heureuse à ce point-là, ça ne peut pas être mal! Si c'était mal, je serais tout de même honteuse... et je ne le suis pas. Pour comprendre, il faudrait que tu saches combien je l'aime, et ça, tu ne peux pas, personne ne peut. Mon amour, c'est quelque chose de merveilleux, djenchanté. C'est une espèce de folie, et, en même temps, c'est une tendresse si douce, une confiance si joyeuse... Je ne peux pas y penser sans que la tête me tourne. J'ai tellement de lumière devant les yeux que je ne vois plus rien d'autre. Il y a lui et il y a moi. Et c'est tout, c'est tout!
M"* DE Trévillac. — Jamais je ne t'ai vu un pareil visage! Jamais je n'ai entendu dire de pareilles choses. '
HÉLÈNE. — Grand'mèi-^'tu vas cnts pardonner!
M"* DE Trévillac, très émue. — Peut-être. Je suis si vieille. Je suis presque en dehors de la vie. A mon âge, on n'a plus le temps de ne pas pardonner!
HÉLÈNE. — Et puis, malgré tout, n'es-tu pas sûre de mon honnêteté et de la sienne?
M"* DE Trévillac. — Oh! lui!
HÉLÈNE. — Lui! tu l'aimais déjà!
M"* DE Trévillac. — Oui! il m'avait séduite, le bandit! Je suis une grand'mère séduite... C'est du propre !
HÉLÈNE. — Où est-il f
M"* DE Trévillac. — Dans le fruitier.
HÉLÈNE, indignée. — Tu aurais pu au moins l'envoyer dans le jardin.
M"* DE Trévillac. — Ah ! non.
HÉLÈNE. — Pourquoi?
M"* DE Trévillac. — Il y a l'autre!
HÉLÈNE. — Qui çaf
M"* DE Trévillac. — M. Valentin.
HÉLÈNE. — Oh! comment, il est làf
M"' D^ Trévillac. — Il est arrivé tout à l'heure par le premier train.
HÉLÈNE. — Oh! je ne veux pas le voir.
M°* DE Trévillac, avec autorité. — Tu feras ce que je te dirai. Vous ferez tous les deux ce que je
vous dirai. (Klle va ouvrir la porte de gauche et appelle
André,) Venez, vous.