ANDRE, M"* DE TREVILLAC, HELENE
André entre.
HÉLÈNE. — André!...
M"' DE Trévillac. — Tais-toi... J'entends que, désormais, vous m'obéissiez l'un et l'autre.
André. — Nous vous obéirons.
M"' DE Trévillac. — Voici mes conditions. (A André.) Je veux que vous, vous obteniez le consentement et l'approbation de votre mère à votre maria^. (Se tournant vers Hélène.) Toi, j'exige qUC tu te
fasses pardonner par cet infortuné monsieur qui est venu de Paris avec tant de fatigue... et tant de chapeaux. (A André.) Vous allez partir pour IjOuveeiennes tout de suite. Je vais chercher dans l'indicateur l'heure de votre train.
Elle s'assied à la table, prend ses lunettes. Il y a sur cette table quelques livres de jardinage, quelques livraisons des y cillées des Chaumières et un indicateur, de Trévillac le consulte lentement, Hélène et
me
André se rejoignent à l'autre bout de la scène.
André. — Comment ferons-nous pour obtenir ce qu'elle demande?
HÉLÈNE. — Cx)mment est-ce que j'oserai affronter M. Valentin f
André. — Et moi, comment ma mère me recevrat-elle? Elle doit être dans un état... Oh! pauvre papa! Ce sera effrayant!
HÉLÈNE. — Oh! oui.
André. — Si encore j'étais renseigné ! Est-ce qu'on nous a vus? Est-ce qu'elle a appris mon retour? Je ne sais rien... Je ne sais même pas comment l'aborder.
HÉLÈNE. — Ah ! si l'on pouvait trouver quelqu'un pour aller là-bas avant vous.
André. — Mais qui? C'est impossible.
HÉLÈNE. — Je voudrais tant que vous ne receviez pas le premier choc.
André. — Ah! tant pis, il n'y. a pas moyen de l'éviter. (Tout bas.) Tu m'aimes?
HÉLÈNE, tout bas. — Je t'aime.
M"* DE Trévillac, revenant vers eux. — Il n'y a
pas de train avant deux heures. Et encore c'est un omnibus, très lent.
HÉLÈNE, timidement. — Alors, il vaudrait micux qu'il attende...
M"* DE Trévillac. — Non. Il y a des cas où un train omnibus, c'est une leçon: Vous partirez tout de suite après le dîner.
André, ravi. — Ah!... après le dîner.
M"** DE Trévillac, sévèrement. — Dans notre pays, monsieur, le dîner c'est le repas de midi ! £t le repas de midi, c'est à onze heures.
André, déçu. — Ah!
M"* DE Trévillac. — En attendant, vous me rendrez le service d'aller porter au télégraphe une dépêche que je vais préparer.
André. — Je suis à vos ordres, madame.
M"* DE Trévillac. — Attendez ici. (A Hélène.) Toi, viens avec moi.
HÉLÈNE. — Mais...
M"* DE Trévillac, avec autorité. — Viens avec moi.
Elle remonte et sort la première par la gauche, de façon qu'André et Hélène ont le temps de se rejoindre. Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre. M de Trévillac revient sur le seuil, les aperçoit, fait un geste d'indulgence et sort de nouveau sans rien dire.
LA PETITE ILLUSTRATION
HÉLÈNE. — Me voici, grand'mère, me voici!
Elle sort en courant. André va à la porte pour la regarder encore. Valen tin - rentre par le jardin; il tient le bras droit à demi levé et parait souffrir. Il aperçoit André, hésite, puis se décide.