VALENTIN, ANDRE
Valentin. — Je serais très heureux que quelqu'un voulût. bien m'indiquer où je pourrais trouver un peu de vinaigre!
André. — Je vous prie de remarquer, monsieur, que ce n'est pas moi qui vous adresse la pai^ole.
Valentin. — Je vous prie de remarquer, monsieur, que je ne vous l'adresse pas; je pense tout haut et je dis: « Je serais très heureux que quelqu'un voulût bien m'indiquer où je pourrais trouver un peu de vinaigre. »
André. — Qu'est-ce qu'il y af
Valentin. — Je viens d'être piqué par une guêpe, c'est pour ça que je pensais tout haut et que je disais...
André, cherchant sur le vaisselier. — Oui, Oui, je Vais
vous donner ça. Mais oui, tenez... en voilà. Permettezmoi...
Valentin, froidement. — Merci, monsieur. Je ferai moi-même le nécessaire; ce n'est rien, mais c'est très douloureux.
Il verse le vinaigre dans une soucoupe, y baigne son doigt, cherche sou mouchoir, de sa main gauche, avec maladresse, le trouve, essaie de le déchirer avec ses dents, n'y réussit pas, etc.
André. — Comment cela vous est-il arrivé?
Valentin. - — Cet insecte s'est jeté sur moi. Je n'ai pas su l'éviter. Je n'ai pas l'habitude d'attendre dans les jardins. (Après avoir hésité.) A mon regret, monsieur, je dois vous prier de bien vouloir déchirer ce mouchoir.
André. — Très volontiers.
Anciré le déchire et veut emmailloter le doigt de Valentin.
Valentin. — Non, je tiens à faire la poupée moimême, c'est une question de dignité.
André. — Vous n'y arriverez pas. Asseyez-vous. Mais non. Laissez-moi vous aider.
Valentin. — Soit. Ah! Rien ne m'est épargne.
André. — Mon Dieu! monsieur... Ce n'est pas une raison parce que nous sommes dans une situation un peu embarrassante...
Valentin. — Elle ne l'est que pour moi. A votre place, je ne serais pas embarrassé du tout.
André. — Ce n'est pas trop serré?
Valentin. — Non, non, c'est très bien. Je regrette d'avoir à le constater, mais c'est très bien.
André. — Ecoutez-moi, monsieur, (juittez cette attitude. Je la comprends, évidemment, mais... je vous assure qu'elle me peine. Laissez-moi vous dire: je suis de tout cœur avec vous.
Valentin. — Quoi?
André. — Oui... c'est épouvantable ce qui vous est arrivé.
Valentin. — Certainement, c'est épouvantable ; mais, ce qu'il y a d'inouï, c'est que ce soit vous qui me le disiez!
André. — C'est vrai... excusez-moi... j'oubliais...
Valentin. — Cela vous est facile... mais, moi, je
n'oublie pas que vous êtes la cause de tout. C'est grâce à vous qu'hier, après la fuite d'Hélène, je me suis trouvé dans une situation inimaginable au milieu du salon de votre mère.
André. — Mais... c'est vrai, vous allez pouvoir... me renseigner... Qu'est-ce que ma mère a dit?
Valentin. — Vous ne devinez pas ce qu'elle m'a dit?
André. — Evidemment, d'abord, elle vous a plaint, elle a essayé de vous consoler...
Valentin, éclatant. — Elle? C'est-à-dire que, pendant une demi-heure, elle m'a accablé de toutes les invectives que peut conniûtre une femme du monde. Et il y en a! Oh!... Et, pour le bouquet, elle a déclaré que tout était de ma faute.
André. — Oh! é\âdemment, c'est bien un peu de votre faute.
Valentin, outré. — Ça, par exemple, ça dépasse tout. Que vous, vous à moi... ici... ça, non, j'aime mieux retourner dans le jardin. C'est dangereux, mais j'aime mieux y retourner!
Il sort.
André, seul. — La susceptibilité de ce garçon est une chose inouïe.
Sc?ne VIII
M"* DE TREVILLAC, ANDRE
M"* DE Trévillac. — Monsieur, voici la dépêche dont je vous ai parlé. Elle est adressée à votre père. Il convient qu'il sache tout de suite que ma petitefille est avec moi et qu'elle ne court point les champs.
André. — Je vous remercie, madame. Vous avez bien fait. Oii est le télégraphe?
M"* DE Trévillac. — A l'entrée du bourg.
André. — Ah! bon!... bien... j'y vais... madame.
André sort.