CONCLUSION
Odette se consacra au service des hospices , et put aller chaque jour prier devant le tombeau de Montréal , que Ton voyait encore il y a quelques années dans l'église d'Ara cœli.
Un soir, elle y était agenouillée , et, songeant aux traverses de sa vie passée, elle se remémorait les jours de sa jeunesse, s'accusant dans son âme des folles idées d'ambition qui l'avaient si cruellement déçue , accusant aussi, et avant tout, la fatale prophétie de la sibylle de TAusson. « Guillaume de Montréal et Nicolas Lorenzo, se disaitelle, ont pu, chacun de son côté, se croire bien près de la couronne, mais une tombe les en séparait toutefois , et la Juive a menti ! »
Comme elle se livrait ainsi à ces pénibles ressouvenus, un voyageur, qui passait par Rome, vint prier auprès d'elle à la tombe du condottiere. Une robe, longue et ample, de couleur sombre , boutonnée du haut en bas , et surmontée d'un étroit capuchon, l'enveloppait tout entier. Toute-
fois , malgré les ravages que le temps avait exercés sur sa figure, malgré son air d'austérité et son costume monacal, Odette reconnut le premier de ses trois amoureux, François d'Arezzo.
A la vue de la sœur des hospices, couverte d'un vêlement aussi sombre, aussi triste que le sien, celui-ci recula comme saisi d'effroi. Il se rappelait les malheurs dont elle avait été la cause. Bientôt, néanmoins, il adoucit, en se rapprochant d'elle, la rigidité de son visage, et quelques mots furent échangés entre eux, à voix basse et larmoyante.
« Depuis la mort déplorable de ses deux anciens condisciples, dit François d'Arezzo à Odette, il ne se retrouvait qu'avec un vif sentiment de douleur dans cette ville, témoin cependant de son plus grand triomphe. »
En effet, le 8 avril de l'année 1341, à ce même Capitole, au pied duquel ses amis avaient rencontré une fin si terrible , Pétrarque avait vu , au nom du pape, du roi Robert de Naples et de l'Université de Paris, aux acclamations des savants, du peuple et de la noblesse, poser sur son front la couronne poétique. Celle-là, la postérité même devait en consacrer la légitimité.
La Cordière comprit que la prophétie avait reçu son entier accomplissement.