EC
— Si je vous voyais recommencer à sourire, comme autrefois.
- Vous me demandez, ma pauvre amie, un effort actuellement au-dessus de mes forces ; mais ne dit-on pas que tout s’use, même la peine.
(rovez-vous à ce miracle ?
- Oui, c'est ma ferme espérance.
— Gardez-la donc.
Le dialogue se suspendit un instant sur la secrète pensée des promeneurs, sur l’attendrissement de Mme Pawell, sur la réplique réticente de Philipne.
Il songeait, en son âme hautaine, que sa souffrance était de celles que le temps n’élime pas. Sa “ur, au contraire, rassérénée presque par la ‘lonceur inaccoutumée de cet esprit malade, entrevoyait dans l’avenir des jours plus paisibles sinon plus heureux.
[ls marchèrent en silence un peu de temps.
Philippe était sincère en parlant comme il venait de le faire : il avait pour sa sœur une affection si profondément enracinée qu’elle devait résister à tous les orages, mais la pauvre loque morale que la maladie l’avait fait ne pouvait
ES
toujours réagir contre l'emprise des nerfs.
l'accablait et s'en désespérait éperdument.
Retournons, voulez-vous ? proposa Mi
Pawell, C'est assez marcher pour aujourd'hui.
= Oh! je suis ulus fort que vous ne pens Jessie, Je pourrai certainement me mettre ; travail avant peu. Je voudrais commencer grand ouvrage dont je vous ai parlé sur les I des anglaises et Je Dominion du Canada.
Propos, qu'avez-vous fait de Mile de Kerhir d rant tous ces Jours ?
— Nous avons ensemble Ju, pour les pauvres,
" Cette jeune fille a l'esprit très cultivé, u jolie tournure d'idées : elle est plus érudite q son âge ne le comporte, et reste d'une simplici délicieuse. Elle me plaît énormément, Je l’ain déjà beaucoup.
parlé, travail
Comme vous vous e pliqua Philippe.
** Votre cœur a toujours vingt ans. Une vo:
douce, des facons élégantes ont, pour vous, di séductions irrésistibles. Mais en ce cas partic lier, je pense comme vous. C'est parce que MI de Kerhir m'a Paru devoir vous faire une comp: gnie aimable que ie lui ai proposé de vivre Inchlonav,
— Vous avez eu la main heureuse, Philippe.
— Pour la rareté du fait, marquons une bou blanche, Mais parions d'autre chose, Un Ma Harty n'a-til pas accompagné lord Sunders er voyé aux Indes comme négociateur après la vi toire de Maduré ? Vous qui connaissez la généa logie des Mac-Harty et des O’Brian aussi bie que Votre Pater, avez-vous quelque souvenanc de ce fait ? Ce Mac-Harty aurait épousé une pa
mballez, ma chère, r
erfs. Il t.
a Mme l'hui.
| pensez, ettre au ncer ce : les Inda... À
rhir duravaillé
vé, une ite que mplicité * l’aime
ère, ré-
ne voix us, des Jarticuue Mile compavre à
ppe.
e boule n Maclers enla vicgénéasi bien ‘enance ine pa-
ms Pts
rente de l'héroïque Bussy, le bras droit de Dupleix,
En effet. .
Alors, je trouverai certainement ici des do- “uments précieux, Mlle de Kerhir va m'être utile pour Inventarier nos archives. Elle fera demain l premières recherches. 4
Ne serait-il pas bon d'attendre encore quel- É que jours ?
Non, je craindrais d'être repris par l'ennui et© de retomber dans quelque crise noire comme celle dont votre docteur a eu quelque peine à me ürer, Je me souviens mal de ce qui s'est pass, Je me rappelle que je souffrais beaucoup depuis ‘deux semaines, et J'ai senti tout à coup ma pene sombrer dans le délire.
Ne rappelons pas le mal.
Je n'ai pas revu Mlle de Kerhir depuis ; j'ai dù l'effra ver.
Mais non, mon ami: on ne s'effraye pas d'un malade. On s'empresse pour le soulager.
Les femmes sont meilleures que nous. ( Puis tout à coup, d’un ton de violence contrastant péniblement avec le calme qui précédait ): Les femmes, non, quelques femmes seulement, cria-til. Beaucoup sont oublieuses et mauvaises,
Mme Pawell ne releva pas cette plainte véhémente, :
Elle dit d’une voix tranquille :
Rentrons, ami, le suis un peu lasse, Et puis, Mlle de Kerhir doit m'’attendre. Elle est d’une bonctualité parfaite.
- Se plaît-elle dans ce pays ?
Je le crois.
-— est d’un charme un peu rude, -— Comme sa Bretagne.
Ghislaine, en effet, attendait dans le petit sa-
Es
lon du rez-de-chaussée. Elle venait de couper | Revues françaises que ja vicille dame lui faise lire avec le plus- vif intérêt.
Elle se leva pour saluer Mme Pawell et lo:
Philippe, disant d’un ton gracieux :
— Je me réjouis, Monsieur, de vous voir miel portant.
— Ne vous réjouissez Pas trop, Mademoisell ce mieux sera Je signal de votre supplice. Vot patience sera mise à une rude épreuve. Nous con mencerons à travailler dès demain
— Je suis à vos ordres.
Elle avait cependant un tout petit peu d’émo un léger serrement de cœur, une crainte impr cise en se rappelant les avertissements de M. F: roll, mais elle n’en laissa rien paraître,
— Qu'est-ce que vous êtes en train de lire ? de manda Philippe.
— Une étude très attachante sur la sociét française du XVIIe siécle.
— M'acceptez-vous comme auditeur ?
— Avec grand Plaisir, mon cher ami, répondi Mme Pawell.
‘ Restez-nous ; cela vous distraira d’agréabl, façon.
Il s’assit un peu loin devant une table qui ser vait de burcau. La vieille dame prit place dan: l'embrasure de la fenêtre, prépara son crochet, sa laine, et Ghislaine commença :
“Dans la “ Chambre bleue ”” d’Arthénice, tous les beaux esprits...” k
Mais aussitôt s’interrompant : .
— Cet article, qui est une suite, intéressera peu lord O’Brian, Madame. S'il vous plaisait de choisir autre chose ?
— Non, non, Poursuivez, Mademoiselle, dit Philippe. Je suis un familier du salon de Mme de
uper les | faisait
et lord r mieux 1oiselle.
Votre US COM-
d’émoi, impré- M. Fa- ‘e ? de-
société
pondit rréable ui ser-
dans et, sa 1énice, ‘a peu
ait de
, dit me de
EE en
Rambouillet, J'y ai fréquenté avec plaisir, et me souviens de més études française. Continuez donc.
I: suriait. Elle s'inclina et reprit sa lecture. Mais il eut été bien en peine d’en répéter un mot. Son esprit suivait le vol léger des phrases, les nflexions charmeuses des syllabes. Goutte à coutte, la paix coulait en lui, et il s'étonnait de pouvoir s'abstraire de sa pensée ténébrante sous l'influence de cette: voix de cristal qui le berçait “t le plongeait dans un engourdissement déli- CIOUX,
C'était un tableau charmant. Dans l’unique rayon de clarté, la tête bianche de Mme Pawell “+ dessinait pensive et douce : les doigts fuselés de la vieille dame jouaient avec l’agile crochet d'écaille ; deux beaux rubis qu'elle portait en pendeloques aux oreilles brillaient comme deux points de flamme.
Ghislaine, assise en face, se trouvait encore plus directement dans la coulée lumineuse. Ses cheveux châtain doré, son teint blond, ressortient en clair sur le fond vigoureusement teinté. Son profil de médaille avait de délicates transparences, et les longs cils de ses yeux baissés sur “on livre y mettaient de fines ombres mouvantes,
Les doigts de Philippe O’Brian s’allongèrent ‘*TS un crayon et des feuilles de papier étalées ‘r la table. Il les plaça devant lui et, à grands “oups, avec une réelle maîtrise, il commença ‘l'esquisser les silhouettes des deux femmes. Il fit de cette menue scène un croqui d’une réalité intense, La lumière vibrait partout, jouait dans les cheveux, rosissait les chairs, palpitait dans
les gestes. De la tête inclinée de Ghislaine, on ne
voyait presque rien, mais ce rien était d’une quise perfection,
O'Brian était un artiste sincère ; SON œuvre vait. À plusieurs reprises, Mme Pawell avait rigé son regard vers lui ot remarqué son manè puis elle avait continué à travailler en s riant,
Quand il eut fini, Ghislaine lisait toujours Sa Voix suave, dont les paroles étaient un cha: S& tique souple était, à présent, dans l’omb car la lumière avait légèrement tourné,
I 'considéra avec une attention scrupuleuse s dessein, le compara à son modèle, et, ouvra son portefeuille, l'y enferma.
C'était une sorte de larein dont. cependant, n'éprouvait aucun remords. A peine si, pour profanes, Mlle de Kerhir se pouvait deviner ; visage de Mme Powell ressortait seul en plei clarté,
Puis la voix de la lectrice tomba sur le dern point. Elle posa la revue sur une petite cons à sa portée,
— Bravo, cria Philippe qui n'avait pas retel une phrase,
- C'est fort bien, n'est-ce pas ? intelligemme documenté, et d'une si lolie langue ! L’aute est un de nos meilleurs critiques.
- Et d'ailleurs vous lisez de façon à faire v loir la prose la plus banale. Compliments sine res, Mademoiselle, votre talent nous promet pl d'un plaisir.
La jeune fille rougit, bien que l'éloge n’eût rie d'excessif et que le ton en fût absolument m suré, mais, dans la bouche de cet homme, il | déroutait. I} ouvrait sur ce caractère des jou inconnus, Je montrait encore plus bizarre qu’el ne se l'était imaginé. La maladie l’avait-el
& une ex-
uvre viavait di manège; en sou-
jours de n chant; l'ombre,
euse son ouvrant
dant, il pour les iner ; le n pleine
» dernier console
s retenu
emment auteur
aire va- S sincènet plus
eût rien ent meer HU »s Jours qu’elle ait-elle
changé ? Tout son fiel s’était-il épuisé dans ses ace" de délire ? Elle songea que, sans aucun doute, il lui réservait d'autres surprises.
Au bout d'un moment, il se déclara fatigué et -onna Joé pour remonter chez lui,
À demain, mademoiselle de Kerhir, dit-il. A neuf heures, n'est-ce pas ?
Si vous préfériez, proposa Mme Pawell, travuiller le soir, nous intervertirions nos heures, et, le matin, vous prolongeriez votre repos.
Merci, laissons les choses en l'état convenu.
[est étonnamment changé, remarqua joycusement la bonne dame quand son frère fut parti. Comme je serais heureuse si je le voyais redevenir ce qu'il était autrefois ! J'espère toujours, maluré tout.
ihislaine ne répondit pas. Elle croyait qu'il ne fallait compter que sur des intermittences de paix, sur des accalmies plus où moins longues, ais que, jusqu'à la fin, une peine inexorable pèserait sur lord O’Brian.
te
La galerie poudreuse avait un air de fête. Par les fenêtres Ouvertes, le soleil y entrait à flots, faisant reluire les cuivres des armoires, briller les dorures des livres. Le regard s'en allait très loin sur le Jac bleu, les montagnes vertes. semait, dans son vol léger, des bau Cueillis sur Jes pins.
shislaine eut, en entr able : elle vint sur le Complètement, Elle
mes frais re-
ant, une impression agrébalcon Pour en jouir plus
était seule ; lord O’Brian n'était pas encore au travail, Joé avait mis une table en bonne lumière,
empilé sur un coin des anc, rangé les crayons et les l'encre de l’encricr. Mlle de
AI
mains de Papier b] plumes, renouvelé Kerhir n'avait plus qu’à attendre.
Elle se COmplaisait au se déroulait devan d'enceinte et,p tation, se déc
x détails du Paysage qui telle, car elle dominait le mur ar une échappée de l’épaisse végé- Ouvrait un large Pays.
Des parfums de roses mêlés à l’odeur vaniliée des lauriers, aux senteurs poivrées des œiliets, lui firent Penser que dans Je voisinage se trou-
vaient des habitations moins barbares que Je château d'Inchlonay.
L'idée des roses anssitôt dans son esprit au SOUvenir de Mme Farroll dont le chapelain avait it : Ooâce à cette excellente paroissienne, notre pauvre autel à
s'associa
toute l'année, des roses.”
Depuis, Ghislaine avait entrevu Mme Faroll à l'église, Cette dame ressemblait à son fils ; elle
PU, je
inspirait À première vue une sympathie extrême. Il serait : -éable de faire sa Connaissance ; mais ‘ette rencoitre ne se produirait peut-être jamais. Les circonstances plaçaient Mlle de Kerhir en posture de dépendance, en subalterne du chàeau. Elle n'était plus de la caste privilégiée dont Mme Faroll faisait Partie. Dans tout le ovaume-Uni, les catégories sociales sont si ettement tranchées que le père Humphrey n'a- “ait pu encore sans doute rapprocher les deux l:mmes,
Du moins, Ghislaioe pensait ainsi.
Droite sur le balcon, découpée en lignes nettes ur le fond de lumière, elle ressemblait à la fée Morgane se livrant à quelque incantation solennelle,
Elle ne S'apercevait pas que, depuis un instant, lord O'Brian était entré. Aussi eut-elle un nouvement de recul lorsque, se retournant, elle l vit assis devant la table, le front appuivé sur 4 main et le regard perdu dans une contempla- Uon lointaine.
- Je vous demande pardon, Monsieur, dit- ‘ile, je ne vous ai point entendu.
— Vous étiez bien trop captivée par votre admiration, Je*suis charmé de constater que vous ‘ous habituez à ma forût vierge ; vous finirez par l'aimer.
- Oh! jamais, protesta-t-elle avec chaleur.
‘* regardais le lac, le ciel, les monts : je réirais l parfum des rosesf J'aime trop la beauté pour ne plaire à tout ceci.
Son geste abaissé enveloppait le fouillis brousailleux du premier plan.
- Vous-même, Monsieur, poursuivit-elle, uand vous aurez repris goût à la vie, vous vous lâterez de faire disparaître cette horreur.
Rs
Il répéta lentement :
— Reprendre goût à la vie... Ne SAVEZ-VOUS pas, Mademoiselle, que certaines fleurs ne s’épanouissent qu'une fois dans la joie et la lumière, Elles meurent ensuite à jamais.
— Non, Monsieur, rien ne meurt, tout se transforme.
— Pas le cœur qui a trop saigné, Tous les phi losophes vous diront...
Elle secoua doucement la tête :
— Je ne suis guère philosophe, où du moins j'ignore la philosophie des livres et ne me perds point en dissertations : mais je sais que les larmes Sont une rosée divine possédant une merveilleuse puissance de récénération.
I'eut un hochement de tite et un clappement de la langue qui étaient une double nélation de l'idée que formulait Mlle de Kerhir. Après un court silence, il dit :
— Nous ne sommes pas de la même école, la discussion risquerait de nous brouiller, Travail. lons. Voulez-vous, Mademoiselle, examiner ces ravons de bouquins et vous assurer qu'ils sont classés en catégories ? Cela simplifierait beaucoup la besogne.
La jeune fille, de son pas souple, fit le iour de la walerie,
De temps en temps, elle etait une indication : “Jei la littérature allemande, la francaise, l'anulaise, l'italienne, Toute cette partie est consacrée aux poètes et aux prosateurs.…. Ah ! voici les philosophes, vos chers philosophes...”
Son petit rire sonna clair, [lle était déjà passee,
‘ Les historiens...
Elle se baissa pour lire une étiquette sur par-
S pas, lOuis-
Elles rans-
s phi
aoins
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Jar mer--
ment nn de y ui
.- le vail-
ces sont eau-
r de )n :
‘annsa-
oici
HES
chemin lié à la clef des rayons inférieurs que fermaient des portes sculptées, En haut, reprit-elle, les livres ; en bas, les feuilles manuscrites, les notes.” Voilà notre affaire, dit O’Brian.
- Il y a de quoi chercher, voyez, tout cela en st.
Le bras tendu de la jeune fille désignait le panheau du fond, La mine est riche, tant mieux.
Elle fut contente en elle-même de le voir aussi ivement intéressé, Le travail est un grand médecin, Quelle période voulez-vous compulser, Monieur ?
La conquête de l'Inde.
Elle chercha ur peu et dit Hume vous donnera d'utiles tenseignements.
Elle ailongea le bras, tira un volume et fut “ussitôt enveloppée d'un ouage de poussière Hoire ; une grosse araignée s'échappa des tranches du livre auquel elle était en train de confecilonner une couverture. :
Pouah ! cria Ghislaine qui laissa tomber in-folio et se recula toute pâle de dégoût.
Décidément, vous n'êtes pas brave, lança lord O'Brian. Croyez-vous donc, comme les simpies, que l'araignée du matin porte malheur ? La bête hideuse s'était glissée sous la boiserie.
fhislaine, sans répondre, se haissa pour ramaser le volume, Laissez, Mademoiselle, il v a dans cette be- “ne un côté malpropre qui m'oblige à vous ‘ire aider par Joé, Il faut opérer la toilette des historiens afin de vous les rendre présentables, Demain, vous pourrez y toucher sans répugnan-
ce. Nous nous contenterons de classer quelqu notes en attendant.
Une serviette bourrée de Papiers était sur |] table, [1 poussa un grand soupir en l'ouvrant.
— J'avais commencé ce travail au temps o J'étais heureux. Comme c'est loin, tout cela !
Joé entrait portant le courrier qu'il présenta son maître.
— Cet après-midi, tu feras un nettoyage qu Mile de Kerhir va CÜindiquer, dit lord Philippe voulez-vous bien, Mademoiselle, lui montrer le. rayons ?.….
Ghislaine emmena le nègre au fond de la gale. rie et lui expliqua méticuleusement comment ;i devrait s'v prendre pour ne pas brouiller les séries, [ était avisé et comprit à merveille.
Dans un intervalle de silence, un petit bruit de feuilles déchirées s'entendit.
Milord fait ainsi tous les matins des petits morceaux de toutes les lettres, murmura Joé à voix basse.
En cffet, lorsque la jeune fille se rapprocha de la table, le courrier déchiqueté s'amoncelait en petit tas.
Joé, sans un mot, fit tomber les débris dans son tablier de service et s’en alla.
Le visawe de Ghislaine exprimait si naïvement la stupeur que lord O'Brian éclata de rire.
- Je ne puis empêcher les gens d'écrire de sottes et inutiles choses, dit-il. maïs J'ai bien juré que le ne les lirais point. Et vous pas davantate: c'est un exercice par trop fastidieux, et qui me vaudrait encore quelques semonces. Je décline le plaisir,
Vous ne répondez à aucune lettre ?
— À aucune, par la raison très simple que je ne Sais pas ce qu'elles contiennent.
uelques
sur Ja rant.
1ps où la !
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e que lippe :
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dan:
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t qui cline
je ne
En
— [l peut s’en trouver d'intéressantes.
Rien ne m'intéresse en ce monde, Mademoi;, elle, rien du tout ; tâchez de vous en convainre. Tenez, prenez cette liasse. Si je ne me trombe, elle se rapporte au traité de Gadeheu. Je vous serai obligé de chercher demain dans les notes manuserites de cette époque ; il doit s’y trouver une relation de Philippe Mac-Harty X XIII.
I parlait d'un ton dégagé, avec quelques inlexions-coupantes qu'elle connaissait trop bien. Ün peu découragée, elle s'assit et défit la liasce
quil lui indiquait,
— Le Mac-Harty dont je parle a dû assister à la conclusion du traité de 1758. Il nous fournira des documents précieux.
Mais elle feuilletait machinalement, tout à fait indifférente à Mac-Harty XXII. Elle se demandit si jamais quelqu'un pourrait trouver le fond de l'âme de Philippe O'Brian, et en arracher l’ivraie malfaisante qui en étouffait les flenrs bénes,
Elle se dilata quand la matinée fut écoulée.
Les jours qui suivirent ressemblèrent à celui-là, Les recherches du Journal de Mac-Harty n’abou- Ussaient pas, et Philippe s'énervait. Il venait passer une heure, chaque après-midi, dans le pe- ‘it salon de Mme Pawell : il se plaçait dans l'ombre, puis écoutait lire Ghislaine, dont le joli Umbre visiblement le détendait.
Mais, à brûle-pourpoint, il l'interrompait par ‘ne question qui orientait Ja causerie dans une voie jamais banale, Des réflexions lui échap- Patent qui le montraient en perpétuelle contradiction avec lui-même, Chaque jour, il brûlait es dieux de la veiile ; on eût dit qu'il s’amusait à dérouter le jugement de celles qui discutaient
ER
avec Jui, Il soutenait Avec une curieuse éloquen les opinions les plus paradoxales et les plus di. semblables, et riait du trouble où il jetait se partenaires,
Une fois, on annonça M. Faroll.
Courtoisement, le docteur venait s'assurer d l'état de lord O'Brian et présenter sos hominage à Mme Pawell.
Pas muets, Ghislaine disparut,
Les deux hommes remarquérent cette fuite en éprouvérent de l'étonnement mélangé che:
lun et l'autre de quelque froissement.
Le docteur SOngeaïit : ‘“ Mlle de Kerhir me gar-de rancune de mOn intervention maladroite, Peut-être même at elle répété aux O'Brian mon conseil intempestif, ce qui me met ici en très déli- Cate posture, Elle ne tient pas, je le COnÇois, à se trouver, tout à l'heure, entre l'enclume et le marteau. M. O'Brian témoigne, en effet, un médiocre plaisir de ma visite... Je radote ; ce manque de tact est incompatible avec la nature qui se devine élevée de Mlle de Kerhir.’°
De son côté, Philippe marmottait en lui-même:
© Pourquoi Mlle de Kerhir ne veut-elle pas voir ” devant moi ”’ M. Faroll ? Ils se connaissent don? je es cénerais... Sans doute, j'ai fait Je je: C6 £ÆarÇon en établissant ici cette jeune me. Test d'ailleurs assez bien tourné pour
CE une âme féminine. Que m'importe après
t? TS sont bien libres de s'aimer et de s’é- Pouser STS se plaisent. Je n'aime pas Mlle dv Kerhir, moi"
Durant que cos pensées diverses roulaient dans la tête de ces deux hommes et glaçaient l’entretien, Ghislaine, fort éloignée de tout calcul, était assise dans une petite pièce précédant le
)quence us disait ses
rer de dnages
lite et “ chez
e garlroite.
| mon s déliis, à et Île n mémane qui
éme:
voir ssent it le jeune pour près -g'é- } de
lans itiecul, t le
Hi
boudoir et lisait avec un intérêt souriant un journal français qu'elle avait emporté.
Avréablement occupée, elle attendit que la vi-
te prit fin ; elle serait courte, car une gêne invincible planait malgré la cordialité de l'accueil ‘5 Mme Pawell.
L'aimable simplicité de la vieille dame s’évertuait vainement à dissimuler au docteur l’allure “ourmée du châtelain. Elle sentait devant elle comme un mur où s'arrêtaient ses efforts.
Qu'ont-ils donc ? ” se demandait-elle. ‘ Ils + regardent d’étrange et sournoise façon.”
Avant sonné, elle dit au domestique qui se présenta :
Préparez la table du thé et priez de ma part Mlle de Kerbir de revenir au salon.
Car elle supposait bien que c'était par discré- Uon que la jeune fille s'était retirée.
Juand celle-ci entra, les deux hommes, mus par la même curiosité, la regardérent. Elle paralssait, et elle était en réalité, très calme, ce ‘qui, étant donnée la pente de leurs réflexions, les urprit un peu.
Voulez-vous bien servir le thé, Mademoi- Île * dit Mme Pawell.
Ghislaine s'empressa avec son air de dignité euriante qui lui prêtait un charme irrésistible. Lord O'Brian proféra d’un ton un peu dur :
l'est utile de commencer par les présentations, ce me semble. M. Faroll, docteur ; Mile de Kerr, amie de Mme Pawell.
Dame de compagnie, rectifia Ghislaine sans
cmbarras.
C'est la même chose, reprit affectueusement la bonne lady.
Oh! nous sommes déjà en connaissance, Tonsieur, expliqua Faroll,
— Vous vous êtes vus ? releva Philippe d’un ton surpris,
— Mais sans doute, reprit sa sœur, où avezvous la tête, mon cher ami ? Durant votre maladie, cet excellent docteur venait ici tous les jours, Vous avez été pour moi d'une bonté parfaite, monsieur Faroll, et pour mon bien-aimé malade d'une sollicitude admirable, Permettezmoi de vous exprimer une fois de plus mon inaltérable reconnaissance.
— Je n’ai fait que mon devoir, Madame.
— Laissez-moi croire que vous y avez mis plus de sympathie que la stricte observance n'en comporte.
Le jeune homme s'inclina d'un air qui était une réponse affirmative.
I n’y comprenait plus rien, Assurément, Mlle de Kerhir n'avait rien dit à Mme Pawell de leur rencontre sur la route, mais elle en avait parlé à lord Philippe dont la rancune se manifestait par tous les plis du visage,
Faroll accepta une tasse de thé, un gâteau, puis il se retira en promettant de revenir, tout en S'affirmant à lui-même qu'il se garderait bien de reparaître au château tant qu'il n’y serait pas appelé. |
Philippe s'en alla presque aussitôt, maussade et bourru, sans prendre congé des deux dames.
Ensuite, Ghislaine poursuivit sa lecture, Il ne fut plus question de Georges Faroll ce soir-là.
Et cependant Mme Pawell y pensait beaucoup.
Elle crovait avoir démélé d'une façon très nette ce qui se passait dans l'esprit ombrageux de son frère, Faroll, jeune, robuste, de fière allure, de mâle beauté, le faisait ressouvenir de ce qu'il avait été ct le forçait à une comparaison désolante, S'il haïssait tous les hommes, en général,
ble
il exécrait, en particulier, les beaux spécimens de la race. Il ne prendrait jamais son parti de son irrémédiable déchéance physique. C'était une faiblesse d'esprit qui lui constituait une autre tare.
lien qu'elle eût pour son frère une tendresse ardente et absolue, Mme Pawell le jugeait sainement et le plaignait de toute son âme. Elle revretta d’avoir été si accueillante pour le docteur auquel Philippe témoignait une antipathie ouverte ; elle n'aurait pas dû l’inviter à se présentr au château en dehors des services de sa scienc. Fatalement, un conflit éclaterait entre les deux hommes.
Ghislaine poursuivait sa lecture que Mme Pawell n’écoutait pas. La pensée de la bonne dame était si loin !
— Pourquoi avez-vous filé du salon, subrepticement, à l'arrivée de M. Faroll ?
Ghislaine n'avait encore fait que quelques pas dans le cabinet de lord O’Brian lorsqu'il lui jeta cette question,
Il s'efforçait de modérer sa violence, néanmoins il restait dans sa phrase assez de brutalité pour que la jeune fille s'arrêtât, surprise et froissée,
— Qui, répéta-t-il, pourquoi ?
Mais elle avait déjà calmé son légitime mécontentement.,
— Pourquoi? Tout simplement, Monsieur, parce que je n'ai pas qualité pour recevoir des visites aux côtés de Madame votre sœur et de vous-même,
— Que signifie cette phrase amphigourique ?
J'aime qu'on parle franc.
— Je n’y manque jamais, riposta-t-elle,
— Alors, expliquez-vous mieux.
Ma réponse est claire, il me semble, Je n’occupe iei qu'une situation subalterne et n’en dois pas sortir. Ainsi, je vous remercie, Monsieur, d'avoir bien voulu me présenter comme l’amie de Madame votre sœur, mais j'entends que personne ne se trompe à votre bienveillance, Je suis lectrice et travaille pour gagner ma vie. Je déteste les ambiguités.
Les doigts de Philippe tournaient nerveusement un porte-plume d'argent émaillé : il en écrasa le bout sur une feuille blanche.
repti-
pas i jeta
néanrutase et
n’oc-
dois leur, ie de onne ; lecteste
euseil en
ET ee
Voyant qu’il ne parlait plus, Mlle de Kerhir 'assit devant sa table, ôta ses gants, releva sa voilette et, mi-tournée, dit :
Je suis à vos ordres, Monsieur.
Le porte-plume se brisa entre les doigts frémisants qui le pétrissaient, et Philippe en jeta les morceaux par la fenêtre.
Vous tenez donc hien à m'’exaspérer ? demanda-t-il.
Le regard clair de Ghislaine se leva sur les veux irrités qui la dévisageaint et qu'elle devinuit derrière les lunettes noires.
Pourquoi parlez vous de ce ton soumis ? reprit-il. Etes-vous ma servante ?
Pas tout à fait, répondit la jeune fille en ouriant. Je suiu votre secrétaire, Monsieur, et m'exprime ainsi qu'il convient. Ne me cherchez pas querelle pour si peu.
La voix gracieuse ne désarma pas la mauvaise humeur de Philippe, au contraire.
Je ne ferai rien ce matin, dit-il ; vous #ouvez vous retirer.
Je resterai en bas à votre disposition, Monjeur, Si, un peu plus tard, vous vous sentez en soût de travail...
Je n'y serai pas de la journée, et je veux rester seul.
Son geste la congédiait. Elle s’éloigna d'un pas léger, et il la suivit d’un regard de colère.
Le lendemain, elle ne vit pas lord O’Brian, ni surlendemain. ‘“ Il n’est pas malade, disait Mme Pawell, mais il n’est pas en train de s’oc-
uper de son grand ouvrage. Il s'amuse à peinlre un tableautin, car il peint de jolie façon. Depuis cette funeste guerre, et sa grande décep- ‘ion amoureuse, le paufre Philippe n’a plus aucune suite dans les idées. Tout ce qui se passe