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lorsqu'il aperçut la maisonnée débouchant du pont.
Il eut un sourire mélancolique ot nressa le Das.
— Je voulais prendre de vos nouvelles, Mademoiselle, dit-il. Ma mère m'a chargée pour vous de ses meilleurs compliments. Elle a vrendra avec plaisir qu'il ne reste pas trace de votre ennuveuse aventure,
Yves ne tenait pas en place. Il ne put s’empêcher de proclamer ]a Joyeuse nouvelle avant que Sa Soeur répondit à la phrase cordiale du ‘locteur.
— Nous serions allés vous l'annoncer, si nous ne Vous avions pas rencontré, ajouta-t-il.
— Venez done conter votre plaisir à ma me.
re. Elle sera ravie. J'ai précisément reçu des timbres, mademoiselle Raymonde, vous choisirez.
Raymonde balbutia un remerciement.
La jeune soeur ressemblait auprès de la beauté épanouie de l'aînée à un bouton entr'ouvert plein de promesses délicieuse. Peut-être seraitelle encore plus jolie. Elle aurait incontestablement un très grand charme,
Mme Faroll l'appelait, en riant, son *avon de soleil, et l'affectionnait d'une façon toute spéciale qui amenait souvent un sourire sur les lèvres sérieuses de George, Pour lui, Raymonde était la “Benjamine de maman”, et, pour cela, il l’accablait de gâteries délicates. Il lui rapportait d'Inverness des gravures et des livres choisis avec goût, Elle collectionnait les cartes postales et les timbres; il lui en faisait expédier de tous les points du Royaume et même des colonies lointaines où il avait des amis,
Les rapports fréquents des deux maisons ne passaient point inaperçus dans le petit bourg
et, Comme il arrive en pareil cas, les imaginations en mal de potins eurent tôt échafaudé un mariage entre le docteur et la “demoiselle française”. IIS étaient faits l'un pour l'autre, remarquaient les gens d'Inchlonay.
Ce fut Mme Temple qui apporta l'écho de ce bruit à Loch-Castle's et à Green-House,
La tenancière de Robert Bruce venait proposer à Mme Faroll une truite superbe, La digne femme fournissait tous les cottages des alentours de poisson pêchés dans le lac. Le marché conclu, elle voulut encore obtenir quelques compliments sur sa marchandise.
— On ne trouve guère plus beau, dit-elle, Je n'aurai pas mieux, même pour les noces,
— Quelles noces? questionna Raymonde qui était à Loch-Castle's comme cela arrivait souvent.
— Hé!les noces de M. Faroll avec votre soeur ma jeune demoiselle. Tout le pays dit bien que c'est une affaire entendue.
— Tout le pays est vraiment fort instruit, re-
"prit Mme Faroll en riant.
— Est-ce que la nouvelle ne serait pas vraie, Madame?
— Î ne faut jurer de rien, madame Temple, — Si on demande à quand le mariage ?
— Vous répondrez que vous l’ignorez.
— Mais je fournirai le poisson pour le repas, quand la chose sera décidée?
£t le plus beau du lac, c'est promis, madame Temple,
La bonne femme sortit,
— Quel sac à racontars qu'un petit bourg, dit madame Faroll. Ma chère Raymonde, ne répétez pas ce propos à votre soeur qui serait
jardin.
que si Ghislaine 6 infiniment malheureuse.
vrait se réjouir, au contraire, d'acquérir un frère aussi parfait, un grand ami très dévoué, un protecteur très sûr.
Elle se réjouirait, oui, elle se réjouirait de l'événement, mais à la seule idée de “ce bonheur”, elle se sentait une terrible envie de pleurer.
Des larmes très chaudes lui montaient aux veux; elle les retenaient d'en expliquer la cause; ses paupières devenaient brûlantes et gonflées.
voulu pouvoir rester seule dans un coin d'ombre et pleurer en liberté, s'imaginant qu’elle regrettait seulement, en pensant à ce mariage, le partage du coeur de Ghislaine qui ne serait plus aux petits tout entier.
Elle pleurerait ce soir, dans sa chambre teudue de mousseline fleurie,
— Laissez cette broderie, Raymonde, conseilallez retrouver Armelle au appliquez trop, vos paupiè-
la Mme Faroll, et
Vous vous
res sont rouges, “.Je vous rejoindrai tout à l'heure, La jeune fille obéit.
mécontente, évidemment, qu'on disposât d'elle avec un pareil sans-sêne,
Et tout de suite occupée d'autre chose, elle ne vit pas le trouble de la jeune fille. Un seul coup d'oeil sur le visage contracté de Raymonde, qui ne Savait pas encore cacher ses impressions, lui aurait révélé le secret de cette et charmante,
La jeune fille ignorait ce que c'est que l'amour, Mais au chagrin qui l'étreignit elle sentit pousait George elle serait, elle
Pourquoi?
âme printanière
Elle de-
dans l'impossibilité
Elle aurait bien
D'un air tendre, Mme Faroll la regarda sortir du salon et enfiler l’al-
lée
dé]
far CO mi Gh El] exc Ge née
] qu’ soi
lée que les vents de septembre dépouillaient déjà. |
— Elle est délicieuse et déjà femme, cette enfant de seize ans, se dit la bonne dame avec complaisance, Je crois qu'elle sera encore mieux que sa soeur. De l'épreuve qui a mûri Ghislaine, Raymonde fut à peine effleurée.
Elle s'épanouit merveilleusement. Je la trouve exquise.. et je désire bien fort que mon cher George soit de mon avis. dans quelques années... È
L'idée, très doucement, la mena si loin qu'elle oublia la fuite du temps, et la rose de soie qui fleurissait sur son canevas.
Les chevaux piaffaient, les chiens aboyaient, les trompes sonnaient dans la cour du château.
Au milieu d'un vacarme assourdissant, sous la menace d'un ciel terne, tavelé de nuages gris, sentlemen en habit rouge vif, aimazones en tailleur vert sombre <e préparaient à partir pour chasser le renard dans les bois de Ben-Lomond, dépendant des terres d'Inchlonay,
Sept cavaliers et quatre ÉCUVÈTeS, SANS COMpter les piqueurs; les hôtes de Philippe O‘Brian.
— Qu'est-ce qu'on attend pour se mettre en route? demanda quelqu'un.
— Mme Arriman n’est pas encore descendue, répondit une des chasseresses,
— Quand la belle Anna est à sa toilette, railla une voix impatiente, le ciel pourrait descendre sur la terre sans la déranger. Appelez-là, Harry ; nous serons encore là à carême prenant.
Celle qui parlait était une parente du frère et de la soeur.
Une femme de chambre parut juste à ce moment; elle descendait très vite le perron et s'adressant à lord Simons, elle dit :
— Madame se fait excuser. Elle est sonffrante et ne prendra point part à la chasse.
Un sourire d'impertinente et d'incrédule rail lerie effleura les lèvres de l’'amazone qui avait parlé tout à l'heure.
— En route donc, proféra lord Simons en donnant le signal du départ.
Il était trop habitué aux brusques virevoltes
des résolutions d'Anna pour s'en étonner; pas plus se sSouciait-il des ihdispositions qu'elle te. nait en réserve, commodes prétextes à d'innombrables variations d'humeur.
Chasseurs et chasseresses envoyèrent un salut de la main vers le balcon où se tenaient Mme Pawell et lord O'Brian emmitoutlé de fourrures, Car, en ce matin d'octobre, le vent piquait.
Philippe et sa soeur rentrérent lorsque la porte de Ta voûte se referma. Alors un joyeux éclat de rire les accueillit, Anna Arriw > dans une coquette toilette de panne bleu « garnie de précienses dentelles, frappait l'.ae contre l'autre ses mains chargées de bagues et témoignait une joie d'enfant.
— Quelle bonne journée de vacances, nous trois! S'exelama-t-elle, J'en ai assez de la parade au salon et des chevauchées dans les bois et les plaines. Aujourd'hui je serai votre lectrice, chère bonne amie : j'écrirai pour vous, Philippe...
— J'ai une secrétaire ot ma soeur possède une lectrice répliqua d'un ton froid lord O'Brian. Vous avez eu grand tort, Anna, de vous priver, sous prétexte de dévouement, d'un exercice excellent pour votre santé.
Une lueur de dépit vindicatif fonça le bleu trop clair des yeux de la jeune femme. Elle questionna d'une voix aigre, malgré sa volonté d'y délayer nne douceur menteuse :
— Craignez-vous que je sois au-dessous de Mlle de Kerhir?
Mme Pawell dit vivement :
— Philippe est habitué à <a collaboratrice ; elle est au courant du travail à faire. autrement il serait ravi.
La bonne dame pataugeait dans la phrase
dont elle voulait masquer la riposte de son frère mais Mme Arriman avait compris; ses joues savamment peinte ne pouvaient rougir; Philippe constata cependant au petit rire qui découvrit les dents pointues et blanches de la jeune femme, que les mots avaient porté,
— Ne prenez donc point la peine, chère Madame, d'atténuer la malice de Philippe; vous savez bien que nous avons passé notre enfance en disputes et contradictions, Ce qui ne nous empêche pas d'être bons camarades tout de même, n'est-ce pas? Mile de Kerhir est une perle, c'est entendu, et je ne proposais de la remplacer que pour lui donner une journée de liberté.
— Îl vous sera meilleur de soigner votre migraine, ma chère,
Le regard d'Anna sombra d'avantage, néanmoins, elle répondit en riant d'un air tout fait gracieux :
— Ma migraine n'était qu'un prétexte pour rester avec vous deux, pour me donner la joie d'heures intimes et charmantes, Je vous vois si rarement, et vous suis si attachée, Savezvous qu'il y a trois ans entiers que je ne vous ai. pas rencontré, Philippe, et si peu cette dernière : fois. Fred était jaloux et c'est à peine si notre camaraderie d'enfance vous faisait trouver grâce à ses VEUX,
J'estimais Fred Arriman, dit gravement Philippe. Il avait des qualités sérieuses.
— Et des défauts non moins sé-rieux. Cependant, je l'ai regretté, car le veuvage est une situation pénible pour une jeune femme. Et puis le noir me va si mal.
“C'est pour cela qu'elle à écourté la période de deuil”, se dit Philippe en lui-même,