LIBRAIRIE JACQUES LEGOFFRE LECOPFRE PILS ET C", SUCCESSEURS
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On n'écrit plus guère d'histoires du temps de saint Louis; c'est trop loin du siècle qui se promène sur nos boulevards. Ce siècle se trouve beau et bien fait; il aime par-dessus tout qu'on lui parle de luimême : de ses vagues croyances et de ses louches industries, de ses amours désillusionnées et de ses chevaux amaigris savamment, — de ses poètes qui ont leurs cœurs pendus au cou comme des Nielles, pour en jouer sur les trottoirs, — de ses tribuns sans vertu ni pensée, qui parlent comme on fend le bois : pour vivre, — de ses hommes d'État effarés que les événements ballottent, — de ses moralistes charlatans, qui finissent par se duper eux-mêmes, — de son peuple-roi, desséché par l'envie et la misère, donnant son dernier sou à de lâches flatteurs, — de ses juifs tout en or qui ont acheté comptant le royaume de ce monde, <— de ses marauds triomphants, de ses décavés plaintifs, de toute cette cohue, enfin, qui passe^ triste et gaie, humiliée et brillante, ricanant, maudissant, applaudissant, gonflée et aplatie, révoltée mais esclave, et spirituelle encore, malgré tout, par
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places, témoin l'ancienne vestale, tombée princesse, qui demandait hier : «c A quoi bon entretenir le feu sacré, puisque nous avons les allumettes?... »
Il y a des jours où l'on a envie de s'échapper hors de ce siècle amidoné comme les petits de ses parvenus, qui ne sait plus ni pleurer à chaudes larmes, ni rire à gorge déployée, et qui puise, à prix réduit, son intolérable ignorance dans des journaux, coiffés du bonnet d'âne. Il n'est pas beaucoup plus laid qu'un autre siècle, c'est certain; il a inventé la photographie, je ne dis pas non, et je suis prêt à confesser qu'il voyage plus commodément que ses devanciers; mais l'ennui terrible qu'il absorbe en chemin I et qu'il rend partons les pores comme une sueur de malade I
Enfant blasé, vieillard inassouvi, il fait colère et pitié quand on se met à la fenêtre pour le regarder passer.
Cest un courant confus qui va, avec des remous qui reviennent : beaucoup de noyés là dedans, dont quelques-uns remontent sur l'eau par hasard en criant : ce Me voilai nommez-moi député, puisque j'ai eu longue haleine! i» Cest un mérite que d'être épave, c'est une gloire que de se laisser flotter, on leur donne le prix de barbotte : les voilà quelque chose î Aussitôt ils replongent d'un peu plus haut pour descendre un peu plus bas, — et le courant les emmène vers l'oubli, pendant que les habiles, portant sous leurs aisselles l'impérissable paire de vessies qui aerni à tant de pitres depuis Catilina, rivent la tyrannie en hurlant : Vive la liberté I
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Ce n'est pas même neuf, tout cela. Un anti- •quaire que j'honore m'a juré que les tuniques imperméables étaient de mode sous Julien l'Apostat, et que le suffrage universel courait les rues chez ce peuple le plus stupidement aimable de l'antiquité qui versa du poison à Socrate, coupable d'avoir entrevu Dieu...
Donc un irrésistible besoin m'a monté au cerveau de prendre l'air, et de sortir d'Athènes élargie, illuminée, abêtie et glorifiée sous le nom de Paris. J'ai fait ma valise avec l'impatience joyeuse des partants, je me suis mis en route, d'une seule traite j'ai reculé de six cents ans, et j'ai trouvé... hélas! vous allez voir ce que j'ai trouvé : il paraît vraiment que nous n'avons Inventé personne, pas plus les coquins que les jo- •crisses!
LA PETITE ARMEAU.
Il y avait une auberge plantée sur le bord de la route de Rennes à Ploêrmel, à une lieue en avant de Plélan-le-6rand et à quelques centaines de pas seulement de la lisière d'un bouquet de futaie qui se présentait comme Tavant-garde détachée d'une forêt considérable, couvrant le pays à perte de vue du côté droit de la route.
J'ai employé le mot plantée en parlant de l'auberge parce qu'elle s'offrait aux regards des voyageurs dan» des conditions vraiment singulières. Le monticule qui lui servait de base avait été coupé au pic pour livrer passage à la route étroite, mais assez bien entretenue, au moins jusqu'à Plélan, parce qu'elle s'y reliait au chemin desservant Tabbaye de Paimpont.. Sans les moines, toutes les routes praticables qui existaient en Bretagne auraient certainement disparu au milieu des guerres civiles et étrangères, dans la
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misérable époque comprise entre le douzième et le quatorzième siècle.
Entre la section verticale du monticule et le mur de l'auberge, il n'y avait qu'un espace étroit, à peine capable de donner passage à un homme, et encore ce passage était-il défendu par une forte palissade qui ressemblait assez à cette précaution militaire, connue sous le nom de « chevaux de frise ». Ce n'est pas tout : il n'y avait au rez-de-chaussée de cette étrange maison aucune ouverture, ni porte ni fenèti*es, et l'étage qui surmontait ce rez-de-chaussée, percé à peu près comme ceux de toutes les maisons, avait ses contrevents fermés.
Assurément, personne n'aurait deviné une auberge dans cette demeure d'apparence inaccessible si une enseigne, pendue à une verge de fer, à la hauteur des croisées uniformément closes, n'eût crié aux passants cette annonce hospitalière :
c( A LA BELLE ÂToiLB DE Brécilian, Ics frères Mahaut vendent cidre et soupe aux voyageurs de pied et aux gens de cheval. »
Au-dessus de ces bonnes paroles, il y avait une étoile blanche ou plutôt une petite tête humaine, grossièrement dessinée et entourée de sept rayons comme une étoile.
Comment les hommes pouvaient aller chercher làhaut la soupe et le cidre, ce n'était pas un problème tout à fait insoluble, puisque les échelles étaient déjà inventées dans ce temps reculé; mais, parmi les chevaux, Pégase seul aurait eu chance d'y trouver l'abri d'une
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écurie, pourvu qu'on lui eût ouvert une des fenêtres.
Le 26 mai 1273, par une de ces froides soirées qui prolongent l'hiver jusqu'au milieu du printemps breton, l'enseigne de La Belle-Étoile se balançait au vent, et grinçait sur les gonds qui la reliaient à sa tige, au milieu d'une profonde solitude. La route encaissée entre ses deux rampes était déserte en descendant vers Plélan aussi bien qu'en remontant vers Rennes, et la maison semblait autant abandonnée que la route. On n'y entendait aucun bruit de travail ni aucun son de voix. Bien plus, ces murmures familiers et si vivants qui animent la campagne à toute heure du jour, venant de près, de loin^ départent: charrettes qui vont cachées dans les chemins creux, bassescours qui bavardent, chenils qui aboient, étables qui mugissent, travailleurs des guérets qui causent derrière la haie ou qui chantent dans le sillon^ toutes ces choses qui ont une voix, ou qui sont, si vous voulez, la voix môme de la campagne, se taisaient.
La plaine comme la forêt, la route comme la demeure, semblaient endormies ou mortes.
Le soleil s'abattait vers son couchant au milieu d'une confusion de nuages turbulents dont les formes allaient changeant à mesure qu'ils marchaient portant dans leur cahos la folle neige des giboulées. Tantôt le ciel en était encombré, et alors le vent chassait devant soi des tourbillons de pluie glacée; tantôt, et comme par enchantement, la voûte bleue, tout à coup balayée, resplendissait gaiement, et les prairies souriaient, étincelantes, toutes chargées des
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damants de reverse qui n'avait pas eu la teaps de sécher.
Enfin, le pas d'un cheval résonna sur la roule dans la direction de Rennes, mais si loin qu'on ne voyait point encore le cavalier.
^ Qui vient là, petite?
Cette question, lancée par une bouche invisible, semblait sortir de la maison, mais non point à la hauteur des fenêtres. Elle se faisait entendre au ras de terre, comme si le rez-de-chaussée eAt été percé d'un mystérieux soupirail.
Il n'y eut point de réponse immédiate. Seulement les contrevents remuèrent à une croisée du premier étage, fermée comme toutes les autres.
-— Armeau ! cria-t-on d'en bas; dors-tu, paresseuse? On f avait pourtant dit de guetter I
L'épais volet qui avait remué s'entr'ouvrit à demi, «t un rayon de soleil se glissant éclaira en rose une jolie figure d'enfant qui avait l'air triste. Le vent venait de l'ouest, où est la mer. Il soufflait fort. Il entra en même temps que le rayon de soleil et fit flotter les cheveux blonds de l'enfant, qui fouettèrent son visage et le couvrirent, à l'instant même où elle se penchait (c'était une fillette) pour jeter son regard au lointain de la route.
— Armellel méchante fille! cria l'interlocuteur invisible qui s'impatientait évidemment : tu dormais, je vais aller t'éveillerl
C'était aussi une femme, mais sa voix cassée et fauque indiquait la viefilesse.
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— Dame Gote, répondit l'enfant, je ne dormais pas^ Je n'ai qa'une main pour retenir le Yolet que le vent referme sur moi, et, comme j'allais regarder, mes cheveux m'ont aveuglée.
Celle qu'on appelait ainsi dame Gote grommela :
— J'ai vu le temps où j'avais de plus beaux cheveux que toi, petite sotte I... Vas-tu me répondre, à la fin? Qui vient là? Est-ce la Passée ?
— Non, bonne dame, ce n'est pas encore la Passée, je ne vois qu'un seul cavalier.
— Riche ou pauvre?
— Il est jeune...
— Est-ce qu'on te demande son âge, petite fille? Est-il bien monté, bien couvert?
— Son cheval boite, bonne dame, il a un plumail à son chaperon et le pan de sa chape est relevé par une grande épée.
— C'est bon, ferme ton volet, petite Armeau, tu es plus nigaude que méchante, c'est certain, nous te formerons. Reprends ton ouvrage, je vais à ma cuisine; mais, sur toutes choses, veille bien I Les garçons rentreront de mauvaise humeur s'ils ont tenu rafiût toute la sainte journée, en vain, à la Font-Bouillant et au Parjure, et je n'ai pas envie d'être battue pour tes beaux yeux... Car tu les as beaux, innocente, s'ils savaient voir seulement un peu plus loin que le bout de ton nez! Médéric et Corentin te regardent tous les deux, il faudra choisir.
Je suppose bien que cette dame Gote dont nous n'avons pas encore aperçu le visage ne vous inspire
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pas une entière confiance; je n'oserais vous rassurer tout à fait à son égard; mais, quel que fût le métier qu'elle menait en ce pays et en ce temps où il y avait de si terribles métiers, elle disait du moins présentement une grande vérité : les yeux de la petite Armelle étaient charmants.
C'étaient, entre leurs longues paupières humides et veloutées doucement, deux prunelles d'un azur si foncé, qu'il semblait noir sous Tor cendré de ses cheveux. Lea peintres du renouveau de l'art savaient la couleur qu'il faut pour mettre dans ces yeux-là une flamme mystique derrière le voile de la pensée demiassoupie. J'ai vu*chez eux de ces regards bleus qui ignorent la terre et qui reflètent le ciel.
Mais comment vous dire cela? Le ciel de la petite Ârmeau était bon enfant, un peu espiègle même et n'avait pas ce grand sérieux des rêves d'Italie que le Florentin Gimabue fixait déjà sur la toile par le tâtonnement austère de son pinceau : car nous sommes à l'heure précise du réveil des poètes. Pendant que nos landes de la France occidentale restaient pour longtemps encore dans la nuit de la barbarie, l'aurore intellectuelle se levait sur les pays de soleil. Giotto quittait ses moutons pour la gloire, Brunetto Latini instruisait l'enfance sublime de Dante, et Pétrarque allait naître pour chanter ses belles amours.
Ohl qu'il y avait loin alors des giboulées de Bretagne aux splendides printemps d'ArezzoI Et pourtant le moment est bien choisi pour vous dire que nous sommes, en ce recoin perdu de la vieille Ar-
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mor, au centre même des chevaleresques enchj^ tements dont Arioste et le Tasse n'ont ouï que les lointains échos. En franchissant seulement la lisière de cette forêt que regardait l'auberge isolée, nous trouverions les sentiers parcourus par Huchet, le chevalier delà Belle-Étoile, dont l'enseigne grinçait encore le nom, et les allées ombreuses le long desquelles Lancelot cherchait Yseult, et les grottes pleines de maléfices où les monstres se retiraient pour fuir la lance d'or des paladins. Le perron de Merlin est ici tout près, et la Font-Bouillant dont l'eau fée frémissait quand Renaud de Montauban y plongeait son glaive, et le pont du Parjure où Tristan reçut la mort par trahison, au moment d'être heureux.
C'est Brocéliande, cette forêt qu'on nomme encore aujourd'hui Brécilian; c'est la grande, la noble Brocéliande de tous les poètes et de tous les preux. A Tômbre profonde de ses futaies, les légendes courent en foule, drapées de blanc comme des fantômes. Artus est là et Angélique, et Médor et Fleur-d'Épine, et Roger, et les douze pairs aussi, et le traître Ganclon, et les sept géants. Je n'ai jamais rencontré ni Merlin endormi, ni cette coquine de fée Viviane, si jolie et si proche parente d'Omphale, de Dalila, de tous les éternels symboles qui défendent à la force de se fier à la faiblesse; mais je connais des gens de bonne foi, qui ont vu, paissant dans les clairières, aux rayons de la lune, le long destrier où chevauchaient ensemble les quatre fils Aymon; et il est permis à tout le monde d'essayer l'épreuve miracu-
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ieuse de la fontaine de Bareaton dont la margelle devient une émeraude énorme à minuit sonnant, le matin de Noël. Il suffit d'une goutte de son eau, répandue sur cette même pierre , pour couYrir de nuages le ciel pur des jours caniculaires,
Airant de nier cela, il faudrait douter de la roche de Concorety qui parle quand on la touche avec une pièce d'or.
Mais revenons à notre histoire et à cette soirée de mai qui n'avait pas besoin de l'eau de Barenton, pour mettre en branle le troupeau des nuées, montant incessamment de la mer. Je n'en ai pas fini avec notre petite Ârmelle, qui avait l'air, en vérité, d'une fille de bon lieu, quoi qu'elle fût pauvrement vêtue. Il y a de ces chers visages d'enfants dont la tristesse toute neuve n'a pas encore recouvert la trace des gaietés mal efiaoées. On y devine la joie d'hier sous la mélancolie d'aujourd'hui. Ainsi était Armeau. Ses grands yeux, fatigués de larmes, n'étaient pas encore déshabitués de sourire et sa misère présente s'oubliait ellemême tout à coup parfois pour se réfugier dans le bonheur passé.
Gomme elle allait refermer son volet pour obéir au commandement de dameGote, et reprendre son rouet, elle youlut jeter un dernier regard au jeune voyageur, dont la grande épée soulevait le manteau. Celui-ci s'était rapproché dans l'intervalle. C'était un bon gros garçon dont la toque emplumée laissait échapper de longs cheveux noirs. D'apparence il était fort las, ainsi que son cheval qui boitait et semblait
prêt à se rendre, aa moment où il commença à descendre la montée qui se terminait un peu au delà de l'auberge.
De près, comme de loin, l'aspect de ce cavalier ne permettait pas de répondre à la question de dame Gote : « riche ou pauvre? )> puisque rien ne paraissait de lui, hormis son chaperon et la pointe de son épée. Tout le reste s'abritait sous son manteau ou chape de drap brun, déjà mûr. Ce qu'Armelle remarqua, quoiqu'on l'eût accusée de ne pas voir plus loin que le bout de son nez, c'est qu'en outre de sa lassitude, il avait l'air inquiet et même soucieux. A chaque instant, son œil soupçonneux interrogeait les champs qui bordaient la route.
Armelle s'attardait un peu, il faut bien l'avouer, à considérer tout cela, et Dieu sait que, sur cotte route, elle n'avait pas souvent occasion de tomber dans le péché de curiosité, quand une autre silhouette équestre surgit tout à coup au sommet de la montée.
Il parait vraiment que cette jolie Armelle était une vigie, car elle s'écria aussitôt :
— Dame Gotel dame Gote! Voici un autre cavalier!
— Riche ou pauvre? demanda la voix d'en bas.
Cette fois, Armelle, instruite par la rebuffade qu'elle
venait de recevoir, ne s'avisa point de donner l'âge du nouvel arrivant. Elle répondit sans hésiter :
— Ohl sûrement qu'il est riche I
— Vaut-il la peine que je monte? demanda encore la vieille.
Quant à cela, Armelle n'en savait rien^ car une
expression d'étonnement se répandit sur son minois.
— Que font- ils donc dans cette maison? murmurat-elle; et pourquoi s'informer toujours si 1^ gens sont pauvres ou riches, puisqu'on ne laisse entrer personne? du moins, le jour, car j'ai dormi un sompieil de plomb les quatre nuits que j'ai passées ici, et pourtant il me semblait que j'entendais... quoi? C'était comme un rêve et je ne me souviens de rien^..
Vous voyez qu'elle n'était pas beaucoup plus avancée que nous sur le mystère de cette étrange hôtellerie. Pendant qu'elle cherchait une réponse à la question de dame Gote, ses fraîches lèvres laissèrent échapper une exclamation de surprise. Le premier cavalier, celui qui avait le long manteau, s'était rétourné brusquement, aussitôt que le trot du cheval de l'autre avait frappé son oreille.
Puis il s'était jeté en bas de sa monture et avait dégainé sa massive épée en dépouillant sa chape d'un seul temps.
— Jésus I murmura notre petite Armelle, quel drôle de garçon!
Mais, quoi que vous puissiez penser, ce n'était pas du tout au dégaîneur d'épée que s'appliquait cette appréciation.
C'était à l'autre, — au second cavalier, très-bien monté et richement vêtu, qui ne portait au côté qu'une courte dague sans fourreau, cliquetant contre une écritoire, et qui touchait son bon cheval avec un de ces bâtons à gros bouts que les « bretonnants » appellent des pen-bas.
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Le soleil couchant élargi et tout rouge au ras de l'horizon était sorti des nuages tout exprès, en quelque sorte, pour envelopper d'un chaud rayonnement, celui que notre Armelle appelait un drôle de garçon, n arrivait sans chaperon, lui qui avait un si bel habit, et chaussé de gros sabots par-dessus son éclatant basde-chausse.
Je ne sais si c'était par suite de la façon dont il était éclairé; mais sa figure toute jeune, ronde et n'ayant rien en soi de régulièrement beau, resplendissait de franchise, d'intelligence et de bonne humeur. Ses cheveux coupés courts et bouclés se relevaient au vent en couronne sur sa tête nue.
Drôle de garçon, en effet, car sa physionomie peignait le contentement de soi-même, symptôme manifeste de sottise ou d'orgueil, et pourtant il n'y avait dans son loyal et large sourire ni un atome de sottise ni un grain d'orgueil.
— Si j'avais eu un frère comme celai... se dit encore Armelle, qui soupira.
Mais elle s'interrompit parce que le cavalier à répée prenait une attitude menaçante.
— Voilà que celui-là va lui chercher noise I pensat-elle : et il n'a pas d'estoc pour se défendre!
Puis tout de suite après :
— Dame Gote! En voici deux autres qui arriventi Et quatre! Et dix, au sommet de la côte! Et une charrette! Et des femmes dedans! Je crois bien que cette fois, c'est ce que vous appelez la Passée!
Elle parlait encore que le bruit d'une porte qu'on on-
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Trait au dehors monta da rez^e-chaussée, non point sur la route, mais du côté qui regardait les champs.
En même temps, un son de trompe retentit, un seul.
Et au bout de quelques secondes^ le même son, répété comme par un écho, arriva du lointain dans la direction de la forêt.
Armelle écouta, étonnée, ces deux signaux qui se répondaient. Elle attendit un instant, l'oreille au guet; mais rien ne vint plus; c'était tout.
Alors elle se rapprocha de la fenêtre et regarda de nouveau sur la route où une véritable caravane descendait la montée, rejoignant les deux cavaliers qui s'étaient raccommodés, selon l'apparence, car Armeau les retrouva dans les bras l'un de l'autre se donnant l'accolade de tout leur cœur.