‹ La belle herboristeChapitre 15 sur 85 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

-DE MÊME qu'il y A FAGOT ET FAGOT, IL Y A AMOUR ■ 1 . ET AMOUR {suite).

En franchissant la grille, ils se trouvèrent face à face avec une belle jeune fdle dont le visage était également inondé de larmes.

Cette rencontre n'avait certainement rien en elle-même de bien extraordinaire et cependant, en s'apercevant, les deux femmes s'arrêtèrent comme d'un commun accord, se jetèrent mutuellement un regard intraduisible, inexplicable, puis, honteuses sans doute, s'éloignèrent à grands pas dans des directions opposées.

Joannic, si prompte qu'eût été cette scène, n'avait pu s'empêcher de la remarquer; et en jetant un regard sur la jeune inconnue, il sentit un frisson parcourir tous ses membres, car il venait de reconnaître Genofsa, qu'il avaitîsouvent aperçue au bras de son ami.

Quel était donc la secrète intuition qui poussait

ces deux femmes à se jeter ainsi le gant, sans s'être jamais vues, sans le moins du monde soupçonner qu'elles étaient rivales et par conséquent ennemies? Son trouble fut tel, que Régine s'en aperçut.

— Qu'avez-vous donc? lui dit-elle.

— Moi ! mais rien al)solumcnt; c'est vous, je crois, clièrc jjellc, qui êtes toute pâle, et...

— Vous connaissez cette femme 1 interrompit-cUo brusquement.

— Je vous assure.

— N'essayez pas de me tromper, vous la connaissez, vous dis-je, et M. de Kergall lui-même...

— Régine, je vous jure...

— No jurez pas, monsieur do Kernevelan, ce serait inutilement vous parjurer, car je ne vous croirais pas.

— Mais encore...

— Allons-nous-en bien vite, je ne veux pas plus longtemps demeurer ici.

— Yann, Yann, murmura-t-elle, malheur à toi et ijialhcur à elle, si mes pressentiments ne m'ont pas trompée.

Ils prirent place tous deux dans le fiacre qui les avait amenés.

— Rue de La Bruyère! cria Joannic:

Le cocher fouetta ses rosses, qui prirent aussitôt un galop de fantaisie.

A peine disparaissait-il, que le petit Louis Potel Chquout, de par lui baron de la Burgotière, montra son nez pointu.

— Allons, dit-il en se frottant joyeusement les mains, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et, allumant un cigare, il se dirigea, en chantonnant son refrain favori : . , ^ ,' ,

J"ai longtemps parcouru le monde.

Courtisant la brune et la blonde,

vers son coupé qui stationnait, habilement dissimulé, au coin de la rue Lacépède.

Le cheval, légèrement stimulé, s'élança au grand trot dans la direction des boulevards.

Pendant ce temps, Yann profondément enfoncé dans un des coins du wagon qui l'emportait bien loin de Paris, songeait à son père d'abord, à Genofsa ensuite, et peut-être aussi à Régine que la fatalité avait si inopinément placée sur son chemin,

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