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sans cesse son petit chapeau sur la tête, tant, toutes les dix minutes, l'absence do sa poiTU([uo et du bonnet à poil lui faisait croire qu'il était nu-tête,
Comme il enfonçait joyeusement la neige boueuse do ses souliers de civil !
Comme il marchait ili-oit, aspirant l'air en bourcrcois... no pouvant se défendn! pourtant d'un sentiment orgueilleux! ' '
Il avait été militaire et il se faisait bourgeois. Il tléliait bien les pékins qui le côtoyaient de se faire militaire, eux !.,.
Bi7.ot suivit les ((uais jusqu'au Pont-au-Chango, lo traversa, puis le Petit-Pont et arriva place Saint- Michel.
Là, après avoir donn4un coup d'œil à sq. toilette, il s'arrêta on face d'uÀ «lagasin d'épiceries, au' dessus do la porto duc[uelon lisait: Trumcait, marchand cpicier, herlyoristc,
II entra, personne n'était dans la boutique. Se frayant un chemin au milieu des tonneaux et des ballots, il arriva dans la pièce du fond.
Deux jeunes fdles étaient assises autour d'une table et travaillaient ; l'ainée leva la tête et voyant un homme dans l'arrière-boutiquc, demanda en se levant :
— Que voulez-vous, monsieur ?
— Co que je veux, lit en riant Bizot, vous embrasser d'abord .
— Ah ! (it la jeûna fille. . Euslache on bourgeois ! Après avoir embrassé les deux sœurs, le garçon
dit joyeusomcnl :
— Oui, madenioisello, Eustache en bourgeois... C'est fini, bien fini, je suis maintenant prêt <à vous conduire à la mairie.
— Vous avez reçu la réponse à votre pétition ?
— Allons, ces feignants-k'i... c'est-à-dire non, je neveux plus parler comme ça... M» pétition était probablement perdue ; alors je me suis dit; Vaut mieux avoir afl'aire au bon Dieu qu'à ses s^ttUtf «t j'ai été trouver le général...
— Le premier consul ! firent en' mênxc temps l'ainée et U plus jeune.
— Oui, .citoyennes, le preniicr consul.
— Vous lui avez parlé ?
— Comme je vous parle.
— Oh 1 oh !
— C'est un h/Pnimc comme un autre, allez. Faut pas croiic qu'il est autrement. D est pas bavard, voilà tout...
— Avez- vous vu Mme Bonaparte ?
— Non ; elle était probablement dans la salle à manger, occupée au ménage ; moi, je n'ai vu qu'une pièce do son logement.
— C'est donc chez lui que vous l'avez vvi?
— Mais oui, là, aux Tuileries.
— Oh ! a-t-il de la chance, cet Eustache !
— Nous avons causé coitime une paire d'amis... .Te lui ai parlé de vous, il m'a compris, et il m'a dit que je pouvais comprter sur lui... Là-dessus je me suis en allé. Ce matin, le ministre m'a fait appeler.
— Le ministre 1
— Oui, mesdemoiselles, à l'heure où vous me
voyez, j'en sors... On avait fait des potins sur moi au bataillon, il m'a fait venir chez lui... et il m'a dit : C'est pas tout ça, expliquons-nous. Vous êtes Eustache Bizot... On dit ça et ça contre vous. Est-ce vrai ? — Ma parole d'honneur non ! (jue je dis. — A la bonne heure ! qu'il me dit. Voilà ton congé ; ta main ? — Il m'a donné une poignée de main.
— Un ministre, une poignée de main !...
— Et il m'a dit: .le suis ton ami, et quand tu voudras, tu connais la porte, viens me voir... Et voilà. Voulez-vous mepormettre do vous embrasser encore ?
— .Te ërois bien, fit la belle enfant en tendant ses deux joues.
Bizot embrassa la jcyne fille, puis sa sœur...
— McsdemoiselloB, cxeuscz-moi, mais faut que je coyro un peu prévenir la maman. En voilà une qui va être heureuse... ! Au revoir, mademoiselle Uosalie.
' Il embrassa encore Rosalie, et il allait partir, lorsque la plus jeune des demoiselles dit :
— Attendez un peu, Eustache, voici justement papa.
— Papa, cria l'ainée dans la boutique, viens donc.
— Qu'y a-t-il, fit M. Trumeau, en entrant dans l'arrière-boutique. Tiens, c'est toi, Eustache ! comment se fait-il que tu sois ici si tôt ?
— Je viens vous demander, monsieur Trumeau, de iixer le jour de notre mariage avec mademoiselle Rosalie.
— Hein ! fit Trumeau vivement, est-ce que tu as ton congé ?
— Lo voici !
— Ah!
— Comment ! tu n'es pas content, papa ? demanda mademoiselle Rosalie étonnée.
— Mais' si, mon enfant... si... voyons, nous ne pouvons pas fixer ça là, faut que je prenne con-
t^ Opnscil de qui ? fit sèchement- jyiademoisellc Rosalie.
'- Dp,., persoune, répondit Tr«roe*W embarrassé... Voyons, voilà une chose pj^is. simple, tu es libre maintenant, Eustache?
— Libre con»roe l'air,.. vtJUS voyez qi^ je «uisun pékin... un citoyen,.,
— Çh lîien ! j'ai un vieil ami qui arrive de voyage et qui passe quelques jours ici ; je vais l'inviter à dîner ce eolr,,, tu viendrâB... et nous causerons de oa entre nous...
— .l'accepte, monsieur Trumeau.
— Étcs-vous contente, mademoiselle ? demandat-il à Rosalie en minaudant.
— Oui, père, fit celle-ci en l'embrassant.
— Eh bien ! les enfants, occupez-vous du diner... faites-le superbe... un diner de fiançailles, et soigné surtout, car Friquet est un gourmand.
— Friquet ! s'écria d'une voix singulière Bizot, l'homme de... il s'interrompit se souvenant de la recommandation de Fouché.
— Oui, Friquet ! tu le connais ?
— Je le connais de l'avoir vu ici... un ami ù vous !
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— Ah! c'est ATai!... Allons, mesdemoiselles, à l'ouvrage. Pour cinq heures... tu entends, Eu.stache, heure militaire.
— On y sera... Au revoir, mesdemoiselles, au revoir, monsieur Trumeau.
— Au revoir !
Et Bizot partit en courant, pendant ([ue Trumeau, se replaçant dans son comptoir, se disait :
— Diable, ce mariage est bien emlmrrassant... 11 faut que je voie Friquet.
niNER DE FIANÇAILLES.
Bientôt la maison fut sens dessus dessous, les jeunes filles s'occupaient du festin du soir. Trumeau monta dans l'appartement qu'il occupait au premier, et dont l'escalier donnait dans la boutique.
Il était soucieux. Une femme que nos lecteurs coiinaisscnt était assise près do la fenêtre, occupée à coudre. C'était Marie-Reine.
Non plus la femme du pêcheur de Dieppe, mais une gracieuse fille de vingt-trois ans, élégante dans sa robe à taille très-échancrée sur la gorge ; belle à ravir sous le bonnet à grande bai'be, qu'on nomma depuis à la Charlotte Corday.
Un seul changement notable s'était produit dans sa physionomie, le regard.
Il était devenu ferme, profond, presque cruel.
— Qu'avez-vous ? fit-elle en voyant Trumeau, vous scmljlez contrarié.
— Pardi ! il y a bien de quoi.
— Que vous a-t-on fait encore en bas ?
— Rien. . .
— Ça m'étonne !
— Vous en voulez toujours à ces enfants.
— Il me semble qu'ils me le rendent bien... • Constamment ils vous montent la tête contre moi . . .
— Puisque je ne les écoute pas.
Marie-R,eine eut un sourire de mépris.
— Enfin, qu'avez-vous ? Vous êtes tout bouleversé.
-"Certainement, j'ai un tracas nouveau qui m'ai'rivc.
— Pour vos enfants ?
— Oui, pour l'aînée.
— Relatif à moi? demanda d'une façon singulière la jeune fille.
— Ah! Reine! je vous en prie, cessez à la fin cette guerre de femmes qui m'assomme ; la cause de mon tracas est simple, si j'y puis faire face, cela terminera les inimitiés qu'il y a ici.
— Ah !... Comment cela?
— Bizot, le prétendu de Rosalie, a son congé ; ce soir il vient dîner, et nous devons fixer le jour du mariage.
— Eh bien ? qu'y a-t-il là d'inquiétant ?
— Ce qu'il y a d'inquiétant, ma pauvre amie.
c'est que je dois à ma fille la part de sa mère, c'est que ce qui était ma part n'existe plus depuis longtemps, c'est que la part qui m'était confiée je l'ai entamée; qu'enfin ma situation, si minime qu'elle soit, est tout à fait compromise.
— Est-ce un reproche des dépenses faites pour moi ?
— (Jh ! tit Trumeau vivement, peux-tu le supposer ?...
— Alors qu'allez-vous faire?
— Est-ce que je le sais, moi?... les enfants sont des créanciers exigeants ; de plus, ma fille est majeure, elle veut absolument se marier, ta préscnc^ jci l'a aigrie contre moi, elle exigera des comptes.
— Soyez-en sûr, il ne se passe pas un jour où l'on ne dise que je vous ruine.
— J'ai invité Friquet, il connaît mes affaires, il me conseillera.
— Ce soir on dine?
— Certainement, et tu descendras... tu te placeras entre moi et Friquet. Au reste, depuis quelques jours, vous êtes mieux ensemble avec mes filles.
— Oui, je les laisse faire et dire !
— Voyons, fit Trumeau ne sois plus méchante... si nous trouvons moyen de sortir de là, nous pourrons enfin vivre tranquilles, chez nous, et les enfants chez eux.
— Dieuvous entende!... C'est plutôt pour vous que pour moi que je souffre.
Trumeau embrassa Reine et redescendit à la boutique.
Celle-ci, restée seule, s'accouda et devint songeuse. L'œil fixe, le front plissé, on sentait qu'une grave pensée lui traversait le cerveau. Enfin, se remettant à coudre, elle dit :
— Il faut que je parle à Jacques ce soir.
A cinq heures, la table était dressée dans l'arrière-boutique, et ça embaumait la cuisine de ménage. /
Bizot causait avec sa fiancée, la jeune fille et Marie-Reine s'occupaient des derniers soins du dîner, lorsque M'^ Friquet entra.
Bizot cligna de l'œil et se dit en voyant l'ancien avoué.
— Toi, mon bonhomme, je te quitterai tard ce soir, faudra que je saclie où tu campes.
— A table! fit Trumeau... A l'occasion de cette petite fête, j'ai dit à Marie-Reine qu'elle mangerait avec nous.
Rosabe et Bizot se regardèrent, et haussèrent imperceptiblement les épaules, tandis que M' Friquet s'avançant vers Marie-Reine et lui caressant le menton, dit :
— A la bonne heure, c'est très-bien... je vois qu'on n'est pas trop mécontent de ma protégée.
Ayant jeté un regard autour d'eux, pour voir si on les observait, Marie- Reine dit d'une voix sourde à Friquet :
— Je serai chez toi à minuit, ce soir.
— Allons, allons, à table, et servez le potage. Reine.
Le dîner commença.,. Ro,salie Trumeau était na-
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luvollemcut placéo entre son père et Bizut, et Dieu sait si Ijizol était heureux!
Rosalie Trumeau, sa fiancée, était une belle fille qui allait coitTcr sainte Catherine. Damo ! c'est que, presque enfants, ils s'étaient promis de se marier ; Bizot avait dix-sept ans, Rosalie en avait quinze, et il y avait dix ans de cela .
Rosalie paraissait à peine vingt ans. Un peu grêle, non pas maigre, mais mince, fine d'attaches, des mains et des pieds d'enfants ; les cheveux blonds, les cils et les sourcils noirs, les yeux bleu foncé, le nez un peu fort, la bouche petite et bien arquée, un teint de nacre, des joues roses au-dessous de chacune desquelles était une fossette pleine de sourire, le col long et élégant jouait comme celui du cygne dans le fichu do tulle qui bordait l'échanorurc de la robe.
On juge si, se trouvant près d'elle, Bizot cessait de l'admirer.
Rosalie se pencha à l'oreille de l'ex-soldat et lui dit :
— Comme vous regardez îiL Friquet d'une drôle de façon !
— Oui, répondit tout bas Bizot. C'est un gaillard pour lequel je ne me ferais pas tuer.
— Vous ne l'aimez pas ?
— C'est-à-dire que je ne peux pas le souffrir... et vous ?
— Moi ! fit la jeune fille eu hochant la tète et avec un accent d'horreur et de mépris, je le hais !...
Al'RKS LE DINER.
Le 4iner touciiuit à, sa fin ; on causait. Bizot demanda la permission do se retirer un peu plus tôt l)0ur ne pas inquiéter sa mère, qui l'attendait pour le premier jour où il couchait au logis.
Dès que Bizot fut parti, la plus jeune fille de Trumeau étant montée se coucher, on causa naturellement du mariage.
— Mou ami, dit Friquet, demain je te verrai, mais permets-moi de me retirer ce soir.
— Bien, fit Trumeau -, alors nous sommes aussi avancés que ce matin.
— :Mais, répondit Friquet à la porte en lui serrant la main, pour satisfaire ta iille, fixe une date ; nous nous occuperons des affaires, il sera toujours temps de reculer si cela est nécessaire.
— C'est juste, au revoir, à demain.
Friquet s'éloigna et Trumeau rentra dans l'arrière boutique.
Rosalie lui dit alors :
— Aujourd'hui, comme hier, comme demain, on adit : On décidera, et rien n'a été décidé.
— Mon enfant, écoute; le jour n'est rien, mais il ne dépend pas de moi...
— De qui dépend-il donc ? fit la jeune lillc, lançant un regard à Marie- Reine.
Celle-ci resta froide et muette.
— De qui ou plutôt de quoi?... d'affaires trop longues à l'expliquer. Je no comptais pas sur le congé si prompt do Bizot; donc mes affaires ne sont pas arrangées, pas en ordre...
— Je ne te demande rien pour me marier.
— Comment tu ne me demandes rien... tu me demandes la part qui te vient de ta mère ?
— Oui! mais c'est à moi.
— C'est à toi, c'est à toi... je le sais bien ! Encore faut-il que je fasse un inventaire de ma situjxtion, que je fasse des rentrées, je ne l'ai pas ta part en espèces sonnantes.
Rosalie n'était pas une mauvaise fille ; cependant on s'étonnera que voyant quelque embarras dans la situation do .son père, elle ne lui donnât pas plus de facilités pour rentrer dans ce qu'il lui revenait. C'est que Rosalie voyait chaque jour la maison dépérir. C'est qu'elle voyait l'argent gâché au profit lie cette fille, qui, impudemment et devant elle et sa sœur, avait pris réellement la place de la mère regrettée...
Elle haïssait Marie-Kcine et elle aurait voulu pouvoir reprendre à son père tous les biens du ménage, convaincue que tout ce qu'il avait devait un jour ou l'autre passer entre les mains de celle qu'il cherclAiit vainement à faire passer pour sa servante.
C'est ce qui lui fit répondre aigrement :
— C'est justement pour cela que je désire que la date soit fixée très-prochainement...
— Je ne comprends pas.
— Mon Dieu, papa, je regrette d'être obligée de te le dire, mais tu es d'une faiblesse sans égale. Depuis la mort de ma pauvre mère, tout va ici à hue et à dia... Il est temps pour moi, si je veux avoir quelque chose, que je parte d'ici...
— Crois-tu donc que j'ai mangé ton bien?
— Si tu ne l'as pas mangé, tu Tas au moins compromis.
— Qu'entends-tu par là ?
— J'entends dire que je sais pertinemment que tu as fait des arrangements pour hypothéquer ht maison qui vient de ma mère...
— C'est-à-dire que je suis un tuteur infidèle?
— Je ne parle pas de toi... tu es la victime., et c'est nous qui en souffrirons.
— Tu parles par énigme, je ne comprends plus!...
Trumeau répondit cela pour échapper à la situation. Il se trompait, Rosalie était lancée, elle alla jusqu'au bout.
— Je ne puis te l'expliquer... Il y a ici des gens qui ne sont pas à leur place, qui sont un sujet d'opprobre pour toi, de ruine pour nous, et de scandale pour le quartier, c'est ceux-là qui te conseillent, ceux-là qui t'arrachent le bien de notre mère.
— Rosalie, fit Trumeau furieux, je vous défends de parler ainsi des personnes qui valent mieux que vous... Ces accusations mal placées dans votre bouche sont un outrage pour moi... Si vous me croyez un tuteur infidèle, attaquez-moi devant les tribunaux; mais je vous défends, en ma présence, d'insulter la personne que j'aime et qui m'aime.
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Marie-Reine s'était lovée; son regard plein de mépris avait enveloppé Rosalie; celle-ci, debout, les bras croisés, la déliait bravement.
— Il est des filles trop heureuses d'avoir une famille, fit Marie-Reine, et qui payent eo bonheur en insultant leur père.
— Non, madame, elles payent ce bonheur en faisant respecter leur mère.
Marie-Reine continua comme si elle n'avait pas entendu.
— Ces filles, qui n'ont d'affection que pour l'argent que leurs parents ont gagné, enragent de voir près d'eux des amis sincères qui veillent sur leur bien.
— Mademoiselle, vous m'insultez, et je rougis pour mon père qu'il le permette devant lui.
— En voici assez, fit Trumeau d'une voix ferme. Reine, je vous défends de parler ainsi ; c'est m'insulter qu'insulter mes enfants. Rosalie, allez vous coucher; nous no causerons maintenant enscml)lc que devant un homme d'affaires.
— C'est donc moi qui ai tort, lit Marie-Reine, les dents serrées; je sais ce qu'il me reste à faire.
Et elle sortit sans tourner la tête,
— Voici ce que tu fais constamment, dit Trumeau à sa fille, tous les jours des querelles.
— Si cette fille n'était que ce qu'elle doit être, il y a longtemps que tu l'aurais chassée.
— Je fais ce que jo veux... et je te défends, à mon tour, domo parler de la sorte ; si la maison te semble indigne, n'y reste plus; va-t'en.
Ces paroles, dites sèchement, firent plus que les méchancetés dites d'abord.
Rosahe .se retourna, et, la tête penchée, les yeux mouillés, elle regarda son père; celui-ci, nerveux, fébrile, marchaitdans lachambre, lespirait bruyamment.
Il souffi'ait, le malheureux... il avait cinquantequatre ans, et l'amour, comme dans une tenaiHe, lui serrait le cœur; son bonheur était fait de souffrance. Il se savait malhonnête, ridicule, et cependant il aimait.
Il aimait Marie-Reine ; mais le père aimait oien ses enfants.
Rosalie alla au-devant de son père, et lui tendant les bras, lui dit :
— Bonsoir, papa.
Alors, une grande minute, ils restèrent ainsi, pleurant tous les deux ; l'une toute remplie de pitié, l'autre honteux de sa faiblesse.
Quand Rosalie eut regagné sa chambre, Trumeau monta chez lui ; là, ouvrant sa fenêtre et s'accoudant, les dents serrées, la bouche crispée, écoutant anxieux les bruits de la nuit, il disait :
— La misérable! où est-elle allée encore pour me faire souffrir ?
Minuit sonnait au Palais-de-Justice.