‹ La belle herboristeChapitre 43 sur 85 · DE VERSAILLES A CHARTRES · texte numérisé non relu

DE VERSAILLES A CHARTRES

On était arrivé à Versailles, le premier relais. L'agent, se retournant vers son prisonnier :

— Ne vous étonnez pas de mes précautions, mais que vouJez-vous, j'ai des ordres très-précis. En disant ces mots, il prit ses pistolets qu'il glissa dans ses poches, sauta de la voiture et en relerma la porte aucadeiias. Ilentiaà l'auberge, prit deux bouteilles de bon vin et quelques victuailles.

L'agent chargé de conduire à Belle-Ile le terrible conspirateur Bizot était un spécinliMe eu

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déportation. Lesplusdangereux individus, confiés à ses soins, étaient devenus immédiatement doux, en se trouvant sous sa garde; l'agent Chauvard avait un secret pour en faire ce qu'il voulait. Sa méthode était, au reste, bien simple et nos lecteurs vont pouvoir en juger.

Nous avons dit que Chauvard avait demandé du vin et des victuailles ; il tira de sa poche un foret et déboucha avec précaution une dos bouteilles ; il prit dans ime petite boîte deux pincées d'une poudre brune qu'il introduisit dans la bouteille. Cela t'ait, il reboucha et passa sur le feu le goulot couvert de cire.

11 solda sa dépense, remonta dans le coupé, et s'étant installé et débarrassé de ses pistolets, il dit:

— Allons, mon cher M. Bizot, vous avez en moi moins un gardien qu'un compagnon; causons et mangeons.

Certainement, l'ex-garde consulaire était bien malheureux de la situation qui lui était faite ; il souflrail ; mais il était à l'âge où l'estomac exige autant que le cœur... 11 avait faim.

11 pleurait en mangeant, mais il mangeait.

— Voyons, dit Chauvard, buvons, voici votre bouteille, vcici la mienne.

— Merci !

— Si vous avez quelque chose à demander, no vous gênez pas.

La voiture partit.

— Tenez, dit Bizot, j'ai quelque chose à vous demander de tiès-ulile, de très-important pour

moi.

— Je suis à vos ordres... à la vôtre.

Et l'agent tendit sa bouteille ; machinalement Bizot trinqua avec la sienne ; on but.

Ce que je veux vous demander est bien peu

de chose.

— Voyons, parlez. J'écoute.

— Un matin on m'a enlevé de chez moi...

— Comment, enlevé?

— Oui, on m'a arrêté eofiû.

— Ah ! bien !

— Je dis enlevé parce que je ne pouvais croire à une arrestation, et que, convaincu que j'allfeife bien vite revenir, je û'ai rien dit à ma mère.

— Je vous comprends : vous voudriez lui faire savoir où vous étf s.

— Plus que cela.

— Comment, plus que cela?

— Je voudrais lui assurer que le motif qui m'a f^t arrêter est illusoire.

— Illusoire ?

— C'est vrai , vous me croyez un conspirateur.

— Mon cher Bizot, ne discutons pas ça.

— Vous avez raison.

— Tenez, buvons un coup...

— A la vôtre... Ecoutez-moi, monsieur, je voudrais faire parvenir à ma mère un petit mot.

— Je vous le permets.

— Où l'écrirai-je ?

— Nous avons un relais bientôt, mais le vrai relais, c'est demain matin, à Chartres.

•^ Et fous me permettrez d'écrire?

— Tout ce que vnus voudrez, donc vous pouvez être tranquille.

— Ce n'est pas tout.

— Quoi encore... ne vous gênez pas, parlez.

— J'ai été àrtèté huit Jours avant de me mariei'. .]

— Vraiment! | Le lendemain je devais aller voir ma fiancée.

— Naturellement vous n'avez pu vous y rendre... et vous désirez que...

— 'Une lettre... Non.

— Que voulez-vous?

Que vous alliez vous-même dire que je suis

arrêté.

— Ça, c'est difficile.

— C'est donc défendu?

— Ce n'est pas défônfdu.

— Eh bien ?

— Eh bien !... Ce n'est pas permis non plus.

— Je ne vous demande que bien peu de Éfe<îS&...

— Dites toujours, on arrangera ça.

— Vous iriez place Saint-Michel, chez M. Tfttmeau, épicier.

— Trumeau... place Saint-Michel... bon.

C'est diôle, comme j'ai la tête lourde, fit

Bizot, passant la main sur son front.

— Buvez un coup, ça le fera passer.

— A la vôtre !

— A la vôtre !

Chauvard choqua sa bouteille à celle de Bizot

et but.

— Vous disiez donc... Trumeau, épicier, place Saint-Michel ?

— Oui.

— Et puis!...

— V 0U8 expliquerez que pour des raisons peu importantes...

— Peu importantes!

— Il faut leur dire ça.

— Oui, je comprends.

— Je suis provisoirement eii^pèché... Vous entendez bien, empêché de venir les voir.

-^ Je dirai cela...

— Que l'on ne soit pas inquiet... Mon Dieu, que c^est drôle, je ne peux i->his parler..-.

— C'est l'émotion, la fatigue...

— Ah ! c'est drôle^ mes yeUï se fefment malgré tiàoi.

■^ Dormez un peu, mon cher Bizot... A Charti^ je vous éveillerai.

Bizot n'entendit pas ces derniers mots, il retomba dans l'encoignure du coupé et s'endormit.

— Me voilà tranquille jusqu'à Chartres, pensa l'agent.

Tirant son mouchoir, il s'en fit une marmotte, et, blotti dans l'autre coin, il s'endormit. On était au relais de Rambouillet.

LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.

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