‹ La belle herboristeChapitre 64 sur 85 · Voir les Amours rfjs contrebande · texte numérisé non relu

Voir les Amours rfjs contrebande

LEï^ DÉLASt^EMF.XTS HJ.rsTin;

sont la marque à laquoHe on reconnaît l'homme bien élevé.

— Eh ! chère enfant, pourqnoi vous commettezvous avec des cuistres et de goujats.

— L'apparence est parfois si trompeuse,! Mais brisons sur ce sujet, peu intéressant d'ailleurs, et permettez-moi de vous faire connaître le motif qui m'a décidé à vous écrire.

— Je vous écoute, Louise.

Vous rappelez-vous certaine conversation

qu'un soir, ici-mème, nous eûmes ensemble "? Il s'agissait de voire ami, M. de Kergall, et vous me disiez, en me parlant de lui: « C'est le meilleur g.uçou et en même lemps le plus brave et le plus loy.'l cœur que je connaisse, et c'est entre nous à la vie à la mort. »

— Je suis prêt à répéter les mêmes paroles, Yann est mon ami le plus cher, et le seul peutêtre auquel, sans détours, je puisse me fier. INous n'avons point de secrets l'un pour l'autre.

— Il vous a sans doute parlé de mademoiselle Genofsa.

— Louise? pourquoi cette question.

— Ne vous souvienl-ii plus du souper que nous fîmes un soir à la Maison-d'Or? Avez-vous oublié Ja singulière persistance mise par La Burgolière à vous pas 1er de cette jeune fille ?

— Je me souviens, en effet; quel intérêt j)Ouvait-il avoir?...

— Eh mon Dieu ! un intérêt très-grand ou trèssimple, suivant le point de vue scms lequel vous envisagerez la question.

— Parlez, Louise, expliquez-vous.

— La Burgolière aime Genofsa.

— C'est impossible.

— 11 l'aime, vous dis-je, il l'aime éperdument.

— Le misérable !

— Oh ! ce n'est point tout encore.

— Qu'allez-vous m'apprendre ?

— Une chose horrible, épouvantable.

— '■ Je ji'ose comprendre.

— M. de La Burgotière a vendu Genofsa. t;

— O'ielle infamie!... non... ce n'est pas possible... vous voulez me tromper, Louise, et dans quel but?

— Je dis la vérité, Joannic. Ah ! je le sais, votre nature honnête se répugne à croire à de pareilles horreurs, c'est que malgré toute sa bonnevolonté, La Burgotière n'a pu arracher de votre cœur ces principes d'honneur et de probité inculqués à vos jeunes années.

Mes parolesont droit de vous étonner, vous vous demandez quel peut être le motif qui me pousse à agir comme jele fais, età démasquercet homme; ah ! c'est que vous ignorez tout le mal qu'il m'a fait.

Moi aussi, j'étais une brave et honnête fille appartenant à une lamille de bonne bourgeoisie, qui m'avait tait donner une assez brillante éducation.

J'en prends le ciel à témoin, j'éprouvais pour mou père et pour ma mère toute l'affection que Dieu peut placer dans le cœur d'un enfant, et si

la Providence ne m'eût trop tôt privée de leur protection, peut- être serais-je restée ce que j'étais alors, et vivrais-je heureuse et respectée au sein de ma famille.

Seule, livrée h mes instincts, lorscpie je venais à peine d'atteindre à maseizièine année, je ne connaissais pas assez le monde pour pouvoir échapper aux pièges tendus sous mes pas. Je crus aux belles paroles d'un de ces personnages qui font métier de twmper les malheureuses assez sotte» pour croire à leurs paroles menteuses.

Comme la plupart des jeunes filles élevées au couvent, je m'étais, pendant mes heures de rêverie, forgé un type; j'avais rêvé un de ces êtres extraordinaires, aux formes séraphiiiues, qui devait être pour moi l'ange aimé, et un jour, sur ma route, je me trouvai face <\ face avec cet homme, la personnification de :ijioa idéal.

Malgré moi, peut-être, mon âme tout entière s'envola vers lui; je lus taible... suis-je donc si coupalile? je l'aimais.

Puis, un jour, après m'avoir dépouillée défont ce que je possédais, cet homme m'abandonna lâchement, ou plutôt, non, il ne m'abandonna pas tout à fait, car il avait trafiqué de ma personne et de mon cœur.

— Ce que vous me dites l\ est vraiment horribl«».

— Oui, trafiqué, c'est le mot, mais croyez-le bien, Joannic, je relevai la tête et je traitai l'infâme comme il le méritait. J'avais pu succomber à l'amour, mais je n'étais point encore une fille

' perdue et je me cabrai sous le frein qu'on essayait de m'imposcr. Ma résolution était irrévocablement prise, je voulais me réhabiliter à mes propres yeux par le travail.

Longtemps je luttai contre la misère, le froid, la fatigue; mais un jour j'eus faim! Joannic ; je tentai bien de lutter encore ; deux jours entiers j'endurai toutes les tortures rpi'engendre cet horrible fléau, puis, le troisième, je dus me déclarer vaincue, et... et Louise, ou plutôt la Grosse- Louise, est aujourd'hui l'une des célébrités les plus marquantes de Mabille et du Château-des- Fleurs. Est-elle donc si coupable? et faut-il lui jeter la pierre? pourquoi s'est-il rencontré sur mon chemin un M. de La Burgotière !...

Pauvre fille !

Vous me plaignez, vous ? c'est que vous ne leur ressemblez pas, à tous ces misérables qui ire font chaque jour, par leur sottise, qu'atrophier un peu plus notre cœur. Que ne leur est-il donc donné de savoir un jour par combien de larmes nous achetons ce sourire qui semble stéréotypé sur nos lèvres.

(Jue de fois j'ai essayé de rne repentir, mais derrière moi se dressait le hideux fantôme de la faim... et, pour le fuir, je me plongeai chaque jour de plus en plus dans l'orgie.

J'ai fait un serment, Joannic, j'ai juré de me venger du lâche qui fut la cause première de ma chute. L'occasion se présente aujourd'hui de le tenir, voilà pourquoi je vous ai prié de venir ce matin.

LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.

— Je ne coniprend pas, je l'avoue...

— Vous allea cmiipieiKire; tenez, précisément on vierit de sonner, ce doit élre La Bnrgotière ; entrez dans ce cabinet, vous pourrez de là tout voir et tout entendre, et, je vous l'assure, alors, vous serez édilié sur le compte du baron.

Llourdi par tout co qu'il venait d'entendre, Joannic se laissa , sans la moindre résistance, e ifermerdans le cabinet ; il était du *este curieux de savoir ce qui allait se passer et d'apprendre enlin ce que Yann avait à redouter pour (îenotsa. Venant donc se placer auprès de la porte, il écarta légèrement le rideau et aperçut Louise assise sur une causeuse.

Un instant après M. Potel était introduit auprès d'elle.

— Pardon, ch^re l»elle, dit-il eu grasseyant légèrement, pardon de vous avoir lait attendre, mais une alTaire de la plus liante importance...

— A votre aise, cher, l'attente ne m'a du reste nullement été longue.

— Vous êtes bien peu gracieuse pour moi.

— L'ètes-vous donc davantage!

— Je le crois, puisque me voici.

— Au lieu de bavarder inutilement, déjeunons. —Avec d'autant plus de plaisir que je me meurs

de l'ai m.

Sur un ordre de Louise, le déjeuner fut aussitôt servi dans le s;jlon.

Le déjeuner se composait d'œufs à la coqup, d'un morceau de jambon, que flanquaient deux litres à soixante centimes.

A la vue de ce menu, plus que simple, M. de La Burgotièrenpputdissinmleruiiehorriblegrimace.

— Les fonds sont donc bien basV murmura-t-il.

— Hélas! cher... soupira Lo;iise.

— Que ne me le disais-tu, je me serais arrangé de manière...

— Louis, Louis, te voilà, que me Jaut-ilde plus, déclama la grosse fille.

M. de La Burgotière fit une nouvelle grimace beaucoup plus significative que la première.

Mais sans perdre son temps en vaines paroles, il dévora l'un après l'autre les deux œuis, et déjà a s'apprêtait à bravement altaquer le jambon quand il s'aperçut que Louise ne mange^it pas.

— Pourquoi ne prends-tu rien? lui dit-il.

• — Je n'ai pas faim, réponditr-elle en hochant tristement la tète.

— Serais-tu malade? car en vérité je ne te re- COnnyis plus.

— Non, mais je suis triste.

— Toi! et que t'arrive t-il donc?

— Rien, rien absolument.

— C'est en \-ain que tu essayes de me tromper.

— Louis !...

— Parle, je l'exige.

— Je n'ose le laire.

— Voyons explique-toi.

— Eh bien, reprit Louise en le regardant fixement, il me faut vingt mille francs pour demain.

— Vingt mille francs, es-tu toile, essaya de ricaner le petit homme.

— Je te le répète, il me faut cet argent pour demain.

— Je le regrette infiniment, mais malgré toute ma bonne volonté je ne puis rien pour toi.

— C'est bien ; n'en parlons plus alors; mais... • —Riais...

— Je tâcherai de me les procurer d'un autre côté.

— Ah! et comment?

— Mon Dieu, fit simplement Louise, en priant M. de Kergall de me les prêter.

— Ton moyen est mauvais, car Yann n'eslplus à Paris

— Aujourd'hui, peut-être, mais demain il y sera.

— Que dis-tu ? lit M. Potel en essayant de rire ; mais... non... c'est impossible... M. de Kergall ne peut revenir encore ; et cependant si la nouvelle était vraie, ajouta- t^il en se parlant à lui-même.

Puis soudain, après un moment de réflexion, il reprit en baissant la voix :

— Louise, tu as besoin de vingt mille francs, eh bien je ci ois pouvoir te les donner; je songe, en effet, que de Grémond m'a promis de s'acquitter ce soir avec moi, et...vraiment,jeserais heureux de pouvoir te rendre ce léger service.

— En vérité !

— Oui, tu as toujours été bonne pour moi, et jamais...

— ingrat, qui tout à l'heure encore me refusait...

— Dame aussi, vingt mille francs,c'est uneforte somme... et si par hasard de Grémond ne me payait ])as, je me verrais dans la nécessité, pour tenir ma promesse...

— D'emprunter, n'est-ce pas?

— Peut-être...

— Du Breuil n'est-elle pas là pour te les donner ? ■

— Louise!... . *

— Oubhes-tii donc que j'avais cent cinquante mille fr.mcs quand je t'ai connu, et que...

— Louise, tais-toi, je t'en prie... n'oublie pas que j'ai été la victime de malheureuses spéculations.

— Revenons donc à l'affaire qui nous occupe...

— Aux vingt mille francs !

— Oui.

— Ne te les ai-je pas promis? Tu peux donc croire à ma parole, mais...

— Tiens ! il y a un mais.

— Dame!... tu comprends... on ne peut pas..; ainsi...

Un sourire de dégoût effleura les lèvres de Louise.

— Et... celte condition, quelle est-elle...?

M. de La L5urgotière parut hésiter un moment avant de répondre, puis baissant la voix :

— Louise, dit-il, des raisons que je ne puis en ce moment te faire connaître, me font une nécessité d'éviter la présence de M. de Kergall, jure moi donc que pas un mot ne sortira de ta bouche s'il t'interroge sur mon compte, et l'argent est à toi.

LES DELASSEMENTS ILLUSTRE».

— Et si je parlais?

— Dame, ma chère enfant, je me verrais dans Ja dure nécessité de te refuser co service.

— J'acce[3te la condition que tu m'imposes.

M. Potel, prenant une feuille de papier, y grilioniia quelques lignes, et présentant ensuite la plume à Louise : ' '

— Signe, dit-il, et ce soir l'argent te sera remis.

Louise parcourut le papier et le signa sans hésitation.

— Eh bien, est-ce fait? demanda-t-il .

— Voilà, dit-elle, en lui remettant le papier. M. de La Burgotière le saisit et l'enferma pré-

cieust-ment dans sou portefeuille, puis, prenant son cliapeau, il s'entuit le cœur joyeux, malgré sa promesse qu'in petto il se promettait bien de ne pas tenir.

A peine la porte venait-elle de se refermer que Joannic sortait du cabinet :

— Le misérable, dit-il.

— Venez déjeuner, marquis, et ne nous occupons pas plus longtemps de cet homme.

Tous deux se dirigèrent alors vers la salle à manger, et Louise, cette fois, lit honueur à la cuisine de Chevet.

Une heure après, Joannic sortait de chez la grosse Louise, et, en la quittant, il lui disait :

— A ce soir donc, je vous ferai connaître le résultat de mes démarches.

Pendant que Joannic se rendait chez la vicomtesse de C istel-Biaucio, Louise se fusait habiller par sa il mine de chambre et courait ensuite rue de la Victoire.

LES DEBUTS D UNE CHANTEUSE Dl PRIMA CARTELLO

— Cher, n'étiez-vous point hier à l'Opéra ?

— Je vous demande. mille pardons, j'étais dans la loge de lady Cuwley.

— Je ne V(»us y ai pourtant point aperçu.

— Vous aurez sans doute mal regardé.

— Que dites- vous de la début.mte?

— C'est une adorable créature!

— Et quel délicieux organe.

— En talent Lors ligne.

— Il y a en elle de la Malibran, de la Pasta, de la Grisi ; c'est la merveille la plus accomplie qu'il nous ait été donné d'entendre et de contem[)ler.

— .Mais quelle est-elle ?

• — Personne ne la connaît, et c'est vainement que j';ii interrogé tous mes auiis, aucun d'eux n'a pu me fournir le plus petit renseignement sur son compte.

C' d'Amezeuil.

CAUSERIE LftAMlTlQUE

(La suite au prochain numéro.)

Le th'àtre du Vaudeville a donné cette semaine la premièi'e représentation du Chemin dp Damas, comédie en 3 actes de M. Théodore Barrière. Beaucoup d'esprit, des mots à profusion, du brio et encore du brio, tel est le bilan de l'œuvre nouvelle de l'auteur des Faux Bon>,/io}nmes. Uinivigue est simple et se dégage d'une façon concise. Un viveur sur le retour, sceptique endurci, ne croyant plus à rien, rencontre tout à coup sur sa route une enfant née de ses folies déjeunasse. Le sceptique se reprend à croire et à espérer, mais la morale inexorable, qu'il'a tant de fois bravée, le force à s'éloigner au moment où il s'aperçoit enfin que tout n'est pas mensonge en ce monde. Cette punition est terrible. Les acteurs ont bravement fait leur devoir. Citons MM. Parade, Saint-Germain, Deschamps, Mesdames Jeanne Essler, etc., etc.

Au théâtre de Cluny, brillante reprise du Man- (feiirde fer, de M- Edouard Plouvier. Cet excellent di-.imo de l'auteur de V Outrage et de V Auge de mlnnit a retrouvé au théâtre du boulevard Saint- Germain son aniien succès de l'Ambigu. INous ne raconterons pas le Mangeur de fer ; c'est un des drames les plus mouvementés que nous connaissions. Les situations se pressent, se heurtent, et se dénouent de la façon la plus imprévue. Les artistes ont été à la liauteur de leur tâche. M. Laray a fait oublier complètement M. Clément Just (et nun pas Dumaine, comme le dit M. Vitu dans le Figai'o), dans le rôle de Phénix Porion. Madame Lacressonnière est splendide dans le rôle créé par Mme Page. Mme Debay est très-touchante dans le • personnage de Blanche. Citons encore M. Mercier, qui joue le troisième tableau avec un talent i-emarquable ; MM. Aubry, Fleury, Montlouis, et en un mot toute la troupe, qui a donné cette fois avec un ensemble qui assure à la reprise du Mangeur de fer une longue série de représentations.

Les nouvelles pièces à l'horizon sont tout d'abord la Z/'/««e, de V. Sarilou qui passera vendredi ou samedi à la Gaîté, et Cocagne à l'Ambigu.

Ne terminons pas sans parler du différend survenu entre Vl'" Rousseil et M. Weinschenk, di, recteur du Théâtre des Arts. Les hostihtés sont' commencées; le papier timbré va faire son olfice- Nous ne connaissons l'affaire que par les notes publiées par les journaux, mais d avance nous pouvons donner le résultat du procès : M"' Rousseil perdra sa cause devant le tribunal, après l'avoir gagnée comme artiste devant ie pubhc. Ces pruçès sont tiisles et rappellent toujours le vieux proveibe :

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Georges La ville.

U Gétanl : 3. ROUQUETTE.

(!?'■; rol.ntio'i ii;tr-. 1 n )

Paris. — Typ. WnMer, run de l'Alîbnyn 22.

i^îsT VE2SJTF. CBCKZ TOUS J^KS IjIBl^l A.IItES

50 CENTIME!^ LA SHRIR

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