‹ La belle herboristeChapitre 63 sur 85 · LES DELASSEMENTS 1 L I, CS I' R ES · texte numérisé non relu

LES DELASSEMENTS 1 L I, CS I' R ES

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— Le petit était gentil tout fie même, dit une temme.

— Gentil, gentil ! dit une grosse commère. Un'liomme énorme haussa les épaules, disaiii:

— C'est gros comme ça... homme et cheval, d'un coup de poing je vous les jetterais par terre

— Pour être bien tait, croyez-vous qu'il t'aul èti'e bâti comme vous?

— Kh bien ?

— Quand on vous regarde, on cherciie toujours une porte pour visiter l'intérieur.

Tous les voisins riaient , lorsqu'une femme , voyant deux cavaliers qui >s'avauçaiei)t par le même côté que celui par lequel Marie-Reine et Frelin s'étaient éloignés, s'écria :

— Tiens ! les voici qui reviennent !

Comme obéissant à un signal, tout le monde se découvrit.

DEVX VOYAGEBHS

Ce n'étaient pas Marie-Reine et Frelin qui revenaient, mais deu.v personnages que nos lecteurs connaissent.

.L'un d'eux, le plus vieux et le plus petit, s'avança vers le gros homme et lui demanda :

— Citoyen, pourriez -vous m'indiquer la demeure du citoyen Houdeau?

— Le citoyen comte de Houdeau, mousieur, répondit l'homme, c'est r.ne de mes pratiques, vous n'avez qu'à suivre l'allée, le châteai\esl au bout ; je vais vous y conduire.

— Merci mon brave, c'est inutile, nous allons mettre nos chevaux au trot.

Lt, aussitôt, les deux chevaux prirent l'allure indiquée. Quelques minutes après, les deux individus sonnaient à la grille.

Un domestique vint ouvrir.

— Qui demande ces messieurs ?

— Monsieur le comte de Houdeau

— Si ces messieurs veulent me dire leurs noms.

— C'est inutile...

Et fouillant dans sa poche, le plus petit en tira un brassard de laine qu'il montra au domestique. C'était un brassard de chef vendéen, en laine blanche ayant une croix rouge au miheu.

En le voyant, le domestique ouvrit la grille, les deux cavaliers entrèrent. Dès qu'ils furent à pied, le domestique sonna, un palefrenier vint.

— Menez les chevaux à l'écurie fit-il... puis, se retournant vers les nouveaux venus, il ajouta : Si ces messieurs veulent me suivre.

Le domestique marcha vers le château; les deux hommes le suivirent.

11 les introduisit dans un grand salon dont tous les tableaux avaient été enlevés, — une concession âui événements, -^ là il leur dit ;

— .Mi'ssieurs, veuillez attendre un* minute, je vais prévenii .M. le comte...

Quand ils furent seuls, le ]ilus jeune et le plus grand des deux dit à l'autre :

— Je ne suis pas à mon aise. ici.

— l\e craignez rien, avec moi vous serez bien reçu.

— Ça ne lait rien... — J'ai pas l'habitude des tapis.

— On se fait à tout, — dit en riant le plus petit.

— Vous me direz que c'est jdus agréable... mais...

.\ ce moment, la porte s'ouvrit; un homme dun certain âge parut; il était en costume de matin, c'est-à-dire enveloppé d'une longue douillette; il tendait la tète, et son œil cherchait curieusement qui étaient ces matinals visiteurs... Dès qu'il eut vu le plus petit, il courut joyeusement vers lui en lui tendant la main :

Ah ! Cervenon... quelle bonna iortune vous

amène ?

— Un service à vous demander.

— Tant mieux, mon cher ! demandez, je suis prêt.

— D'abord, monsieur le comte, permettez-moi de vous présenter mon ctnnpaguon, Eusiache Bizot, un brave soldat, qui, eu récompense des services rendus à son pays, a été enleimé par ceux qui le gouvernent.

Bizot, rouge comme une cerise.* l'œil ahuri, n'osait [jrendre la main que le comte lui tendait...

— TiHis les Français opprimés sont des nôtres, lui dit celui-ii. Puis se tournant vers Cervenon : — A l'ami qui demande un service, je n'ai pas de question à faire, et je me mets à sa disposition.

— Tout à l'heure, nnuisieur le comte...

— D'abord, vous êtes fatigués, vous avez besoiiî de repos.

— O'n! pas du tout, nous nous sommes mis en route à la fraîche ce matin, nous avons donc quatre heures de cheval. . .

— Au moins, vous avez faim...

— Peu!

— Est-ce vrai, ça, monsieur Bizot? demanda le comte à celui-ci, pour le mettre cà son aise.

— Ma loi, fit Bizot iVanchemenl, je vous avoue que je suis très disposé à bien déjeuner...

— A la bonne heure !

Le comte sonna, ime gracieuse soubrette parut

— Deux couverts... fit-il.

La jeune illle se retira, et le comte, donnant

un siège à Bizot et un à Cervenon, s'assit près de celui-ci, et lui prenant la main amicalement, lui dit :

— Eh bien ! mon ami, qu'êtes- vous devenu ?... Je sais que vous serviez notre cause; mais d'où venez-vous? qu'avez-vouslait? d'où sortez-vous, enlin?

— Monsieur le coin te, j'arnve de iieUe-lsie, j'^

LES DELASSEMENTS ILLUSTUIJS,

allait nciit ans de cachot, et je m'en suis évadé avec ce brave garçon, il y a dix jours.

— Oiie me dites-vous là ?

— La vérité, monsieur le comte, lit en souriant Cervenon.

— Ah ! mes pauvres amis... et que me demandez-vous ?

— Nous venons vous demander l'hospitalité.

— Mais vous êtes chez vous, mes amis.

— Comme ou doit nous chercher encore, nous voulons, pendant une quinzaine de jours, ne pas aller à Paris.

— C'est tort juste.

— Four que des bavardages ne puissent donner des soupçons ici, dans quelques heures nous reprenons nos chevau.x et nous partons ; nous allons les vendre, et le soir nous revenons ici à pied.

— Mais pourquoi tout cela ?

— Pour qu'aux yeux des gens du pays qui nous ont vu arriver nous ne soyons que des amis venant vous rendre une visite et repartis deux heures après...

— Je vous comprends. . . .

Un domestique entra et dit :

— .M. le comte est servi.

— Allons, messieurs, à table!

Tout en déjeunant, Cervenon raconta brièvement au comte de Iloudeau les di'lails de leur évasion ; celui-ci était émerveillé.

— Et à peine sorti, fit-il, vous venez bravement vous remetlre dans nos rangs?

— Tout me parait calme en ce moment, et je veux consacrer (juelques jours à des allaires personnelles.

— Calme, dites-vous!... .\vant un mois, la Vendée reprend les armes.

— Un mois ! J'ai le temps nécessaire pour accomplir ma tâche, fit Cervenon d'un air sombre.

— Qu'avez-vous de si grave ?...

' -^ Si grave que je ne puis le dire.

^ Alors, vous allez rester ici ignoré pendant une quinzaine de jours. Après ce temps vous vous occupez de vos affaires, vous serez prompt et vous revenez avec nous.

— Je suis à vos ordres.

— Et monsieur Bizot est avec nous?

— Moi ! fit Bizot comme sortant d'un rêve.

— Monsieur le comte vous demandait si vous vous mettiez avec nous dans la prise d'armes de la Vendée?

— Pourquoi faire?... Contre l'Angleterre?

— C'est l'Angleterre qui nous donne nos armes. Bizot était très-embarrassé, il ne savait que

dire, ou plutôt, il savait trop ce qu'il avait à dire, seulement, en le disant, il craignait de tâcher son bote.

— Monsieur le comte, dit-il enfin, je suis un enfant du peuple, moi.

— Eh bien ! mon ami.

— Dame ! c'est que, au-dessus du roi et dô Joute sa boutique, j'aime mon pays.

— C'est pour sauver le pays, que nous voulons le rétablissement d,u roi...

— C'est drùle , jamais on ne m'a appris ça comme ça... Je crains de vous ficher do ne pas penser comme vous, et j'ose pas parler.

— Je ne vous saurai que plus de gré de votre franchise ; parlez, dit le comte en lui serrant la main.

— Ce que vous voulez taire, c'est la guerre civile... Eh bien! monsieur le comie, la guerre civile, ce n'est pas ma, guerre, à moi. Prussiens, Auti'ichieus, Anglais, mettez-moi devant, et sang Dieu! on me hachera coumie chair à pâté plutôt que nie laire céder ; ça m'est égal de tirer dessus ceux-là, je ne compreuils pas ce qu'ils disent quand ils ine parlent, je crois qu'ik me disent des sottises. Mais là-bas, en Vendée, la guerre d'embuscaile, avec des gens qui parlent comme vous, reconnaître son ennemi à la couleur d'une cocarde... Pas possible, monsieur le comte, je n'ai pas ce courage-là...

Cervenon était visiblement contrarié du refus formel de Bizot ; au contraire, le comte lui tendit les mains.

— Vous êtes un brave garçon. Quelle que soit la cause qu'il défend, je suis heureux de faire mon ami d'un honnête homme...

Bizot devint rouge à croire que sa peau allait éclater.

— Vous reviendrez bienlùt'sur votre opinion... car je me crois plus Français que vous.

Malgré tout le respect qu'il avait pour son hôte, Bizot eut un imperceptible mouvement d'épaules.

— Mais alors, demanda Cervenon, quecomplezvous faire? Vous n'espérez pas rester dans la garde du consul, vous vous doutez bien de ce qui vous arrivera dès que vous serez, reconnu.

— Oui, et voici ce que je vais faire: je ferai parvenir un mot à la maman pour la prévenir de ma situation, elle ira chercher Rosalie, ou vendra toute la maison , et nous nous embarquerons pour l'Amérique...

C'est un beau rêve d'amoureux... fit le comte.

— Mais, dit vivement Bizot, vous savez, ce li'est pas parce que je ne suis pas de votre cause que je ne suis pas prêt à vous être agréable ; disposez de moi, laites moi aller, venir, tout ce que vous voudrez ; c'est pour vous que je le ferai, le cœur n'y sera pour rien... Au besoin, je fondrai des balles, je ferai de la poudre... mais je ne m'en servirai pas...

— Vous êtes un brave garçon, fit le comte en riant.

■ Bizot plongea le nez dans son assiette. Il avait pris d'abord une aile de poulet; on lui avait offert la seconde, il l'avait prise; voulant faire honneur au déjeuner, il avait goûté une cuisse, elle était bonne; pt^rsonne ne prenant la deu-xième, il se l'était servie.

C'est que c'était une lielle fourchette que Bizot; aussi, pourlaisser le comte et Cervenon causer à leur aise, il venait de prendre la carcasse pour se donner une contenance.

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRES

— Enfin, mon cher Cerveoon, dans une quinzaine vous nous appartenez. *

— Oui, monsieur le comte. Est-ce que le mou vement commence plus tôt?

— Le mouvement, non, mais tout est en train depuis une dizaine de jours. LWnsleterre reluse d'évacuer Malte, et le traité de paix va se trouver rompu, les hostilités vont recommencer.

— Dans combien de temps?

— D'ici quinze jours.

— Est-ce qjie vous partez avant?

— Je dois être à mon poste dans dix jours.

— Diable, j'ai bien envie de m'arranger pour partir avec vous.

— Voilà qui serait aimable; j'ai reçu avis qu'un débarquement avait eu lieu près de Dieppe.- Connaissez-vous le littoral de la Manche?

— A peu près.

— Eh bien ! un convoi d'hommes et d'armes a été débarqué à deux lieues de Tocqueville, je dois m'y rendie et diriger ces armes, cachées dans des voitures de foin, sur Rennes, car tnules les côtes du Noi'd, du Morbihan, du Finistère et delà Man he, sont activement surveillées.

— Mais pendant que vous êtes ici, qui surveille le débarquement et le chargement?

— Un homme qui vient de Londres, et que vous connaissez, je crois, un* nommé Jacques Friquet.

— Fnquet ! firent eu même tenqis Cervenon et Bizot.

Eh bien? demanda le comte.

Sur un signe d'yeux de Cervenon, Bizot avait baissé Ja iète et dévorait sa carcasse de poulet pendant que Cervenon, calme, répondait tranquillement :

— C'est vrai, je le connais... Ah! c'est lui, je serais heureux de le voir.

— C'est un homme vénal, parait-il, mais Irèsadroitet très-utile.

— Il par.ùt que c'est sa dernière expédition.

— Ce sera sa dernière expéilition, dit Cervenon d'une voix singulière, qui fit lever la tète au comte.

— Oue voulez -vous dire?

— Je veux due, monsieur le comte, quej^spère que l'heure de la vengea n-^e est venue, et ^Lie notre cause enfin va triouipher.

— Eh bien! u.onsieur Bizot, viendrez-vous avec nous?

— Je le crois, monsieur le comte, répondit Bizot, en lançant un regard à Cervenon.

— thbieu ! alors, c'est entendu; je vais m'arranger de laçon à ce que nous puissions nous retrouver ensemble dans quinze jours; à vos santés messieurs, je bois à la réussite de nus projets, au roi !

— An pays ! dit Bizot, et il but son verre d'un seul trait.

ne fllCETRE A LK FUllCE.

Le 17 germinal, vers dix heures du matin, la prison de Bicêtre .avait une singulière allure. Dans la seconde cour, tous les prisonniers étaient réunis, cl formaient deux haies autour de la cour qui conduisait aux chambres de la pistole. Deiix gendarmes gardaient cette porte.

Devant cette porte était une voiture fermée; vieux carrosse sombre, démodé, où l'on pouvait tenir au moins six.

Les prisonniers attendaient, préoccupés', curieux, causant tout bas enti-e eux.

Il se passait évidemment dans la prison quelque chose d'extraordinaire.

Quelques minutes avant, le vieux carrosse, contenant trois personnes, était arrivé, escorté par douze gendarmes.

Aussitôt le directeur de la prison avait reçu les visiteurs, .et, les précédant, il les avait guidés dans les corridors de la prison, aboutissant à un cachot fermé, non par une porte, mais par une grille, devant laquelle était un gardien.

Là, la grille ouverte, les quatre liommes étaient entrés.

Le prisonnier, le condamné Trumeau, qui était étendu sur son lit, s'était levé.

Alors, l'un dés hommes lui avait ilit :

— Trumeau, vous avez refusé de recourir à la clémence du premier consul, et votre pourvoi est rejeté.

Trumeau devint pâle et porta la main sur Sa poitrine, comme pour s'aider à res[)iror. Le greffier lut le rejet du pourvoi.

— Monsieur, dit Trumeau, lorsqu'il eut terminé, je n'ai demandé à me pourvoir que pour avoir un moyen de prouver mou iuuocence... Je ne suis pas coupable, je n'ai pas de grâce à demander. Si, aiusi que me l'a dit le prêtre, je dois là-haut retrouver mon enfant dans un monde nouveau, sa tendresse et ses baisers me payeront des soufTiauces que j'ai endurées.

— Vous devez être trans>ï'éré à la Force, et, à cet effet, nous venons vous chercher.

Je suis à vos ordres, messieurs.

Le cahiie digne avec lequel le malheureux répondait imposait aux quatre hommes, ils étaient émus.

— Puisque je dois bientôt mourir, je n'ai rien à prendre ici; les diflérents objets que je l.iissè sont à vous,, mon ami, fit-il, eu s'a^iresiant au geôlier qui pleurait; puis, s'ailressaut au'diiecteur : Monsieur, vous avez été très-bon pour n;ôi,' je désire vous en remercier, je vous jure que je suis iimoceut, voulez-vous me permettre dé vous serrer la main?

'Le directeur tendit la main au malheureux, efc les autres hommes se retournèrent pour ne pas

LLS l>Él,AS!Sb:MENT8 ILLUSTRI»:?

faire voir que leure yeux se mouillaient de larmes.

— Allons, lit Trumeau avec ellort, je suis prêt, messieurs, partons.

Et coiniui' les hommes s'écartaient pour le lais- .<wr pas^er, il descenrlit le premier ; arrivé en bas, toutes les personnes qui faisaient la haie se dé- «•ouvrirent. Trumeau fat ému de ce respect. Ces gens saluaient celui qui allait' mourir, comme on salue le cadavre qu'on mJ^ne au cimetière ; Trumeau ne s'y trompa pas, il s'arrêta sur la dernière •marche et leur dit :

— Mes amis, je vais mourir. Quoique .je dise et fasse à cette heure, ma vie ne ui appartient plus; je uai donc aucun intérêt à cachei la vérité; non. mes amis, sur UJeu, je le jure, je ne suis pas cou[>ahie.

Un murmure de douloureuse synipalhic accueillit ces paroles.

— Adieu, iît-ii, et il monta en voiture. Les trois hommes umulèreut près de lui, rescorto prit sa place, les portes s'ouvrirent et le corléi^c pailit.

Trumeau pensait siieucunix; les hommes, douloureusement impressionnés, Ji'osaient parler entre eux.

— Plus tùlou plus tard, il faut toujours mourir, dit Trumeau sortant de sa rêverie... puis, pui^ laut à celui qui était à côté de lui : Monsieur, est-c<3 que l'un a dit à ma plus jeune tille ma condamnation ?. . .

— Je ne trois pa.s.

— Pauvre enfaut ! l'Ktat s'occupei-a-t-il au moins de son éducation, va-l-on lui rései'ver sa fojiune?

— Vous pouvez être tranquille.

— Je voudrais avoir de vous un reuseignement 4^ui m'intéresse beaucoup.

'< Souvent, dans l'instruction, j'ai fait cette cl«mande, on n'yajamais répondu.

— Que voulez-vous savoir?

~ Pourquoi le fiancé de ma fille n'a jamais

paru?

— Un nommé BizotV

— Oui, monsieur.

— 11 a été arrêté la veille du... malheur.

— Oh! dites crime, fit en souriant tristement Trumeau; je n'en suis pas l'auteur, mais le crime a été commis... Bizot a été arrêté pourquoi?

— Comme conspirateur...

— BizotJ!!

— Oui.

— Ah ! vous m'étoimez... et il ignore tout ce qui est arrivé ?

— Tout !

Il y eut encore un faraud quart d'heure de silence, au bout duquel Trumeau demanda :

— Je suis brave et décidé, ne craignez donc rien et répondez franchement à ce que je vais vous demander.

-- Parle*.

— Quand dois-je être exécuté ?

Llîomiîie baissa la tète, hésitant à répondre. , . ^

— Eh bien ?

— 'Vous le voulez ?

— Je le veux et vous en prie.

— Ce soir !

Si tort (jn'on soit, une pareille réponse frappe en plein. L'œil de Trumeau se voila une seconde, ses lèvres tremblèrent, ses dents s'entrechoquèrent, une pâleur verte s'étendit sur ses joues et des gouttes de sn^'iir perlèrent sur sou Iront...

Mais ce fut l'affaire d'une ininuto; se domptant, il prit la main de rhornme, la serra affectueusement et lui dit :

— Merci !

Alexis Bouviek.

{La iuHe au prochain numé)».)

(Rcproductiou interdite.)

UNE INSTRUCTION ClUMINELLE

JWLEi» BEAVJIOIIVT

PEEMIÈBE PARTIR.

De son côté, Marie n'avait point tardé à mener une existence de plaisirs vulgaires pour laquelle elle était née.

Au lieu de la modeste chambre dont le loyer avait soulevé les scrupules de Lucien, les deux amants occupaient rue Bleue, à proximité du boulevard, un coquet appartement.

Avec le nom de son mari, il n'avait pas été difficile à la jeune femme d'obtenir tout ce qu'elle désirait de ses anciens fournisseurs, et c'était même le tailleur de Charles Cremesse qui habillait Lucien.

Ce dernier ne s'était pas tenu longtemps enfermé dans ses sentiments de délicatesse et de dignité ; un mois ne s'était pas écoulé, il se trouvait sans place.

On était en juin, le temps oîi le ciel est bleu, la campagne verte et fleurie. En attendant qu'il retrouvât un emploi, Lucien consentit à quelques promenades.

U emjîrunta à Marie de petites sommes, et, peu à peu, sans s'en apercevoir, accepta tout entier le programme de far-nienle et de plaisirs que celleci lui avait proposé.

Cette vie de désordres n'était pas absolument ignorée de la vieille dame Dupont, biea qu'elle

LE^i DELASSEMENTS TLLl'STKEï

n'en connût pas les faiiies les plus graves. Elle avait déjà renoncé à d'inntiles remontrances, et malgré des miracles d'économie, se trouvait dans une misère profonde, sa petite-fille lui reprenant en menue monnaie la taible somme qu'elle lui remettait chaque mois.

Celte dernière était insensible aux larmes de la vieille bonne femme ; plutôt que de laisser l^ucien manquer d'argent, elle eût sans pitié laissé périr de faim celle qui l'avait nourrie de son pain, de son travail, de ses materneUes bontés.

Pendant quelques mois, les deux amants restèrent fidèles l'un à l'autre.

Marie, il est vrai, ne laissait guère au caprice le temps de pousser ses premiers bourgeons. Sa passion dévorait les désirs en herbe, à ce point qu'elle ne se pouvait croire de motif d'être jalouse.

Ils ne devaient point tarder à se cribler de dettes et à se créer une situation impossible.

Lorsqu'ils reçurent les premières cartes d'huissier, Lucien perdit sa gaité et retomba dans ses idées sombres.

— Où allons-nous ainsi ? denianda-t-il à la Jeune femme. Tu ne pourras pas toujours réussir

à couvrir un emprunt par un autre, et moi... je suis devenu incapable de tout travail.

— Ton travail! répliquait Marie avec dédain, à quoi nous servirait ton travail? il ne paierait pas notre loyer. Est-ce que je te parle de mon travail, moi ! Il nous faut autre chose pour nous tirer d'affaire.

— Sans doute, mais où trouver?

— Il tant attendre.

— Quoi ?

— Attendre, c'est tout; gaguer du temps. Le temps résout bien des problèines.

— Oui, je sais ce que tu veux dire.

— Nous sommes plus jeunes que lui; je ne suis

pas séparée de biens. Que sait-on? Une vivra

pas éternellement.

— Sans doute, mais il vivra vieux.

— Pourquoi?

— 11 sùuifre.

— 11 a cinquante-deux ans.

— Dans quelque temps il lui faudra prendre un parti.

.— Que veux-tu dire? fit Marie avec inquiétude.

— lisaura comment tu vis, et pour couper court

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRES

à ce double nit^iriice, il s'adressera ;uix trilMinaux et obtiendra la sé|KiratiOn qui lui reste à désirer. Alors, adieu ;\ notre vie de hixe et de plaisirs, il me faudra trouver une place et toi chercher de l'ouvrage; alors nous serions trop heureux d'être lesconVieriresdeia maison dont nous sommes les plusrjb^ei- locaiiirea.

— Tu vois tout en noir.

— Tout est noir.

— Allons donc!... Au lieu de l'absorber dans une idée fixe, tu ferais bien mieux de cherclier où te procurer de l'argent tt d'obtenir le renouvellement de quelques billets.

— Je ne connais personne.- .le ne suis pas un homme du nio/itie, répliqua Lucien avec aigreur. Nous sommes dans une impasse.

— Ah! si j'étais homme!... mais une femme ne peut faire la moindre démarche sans se compromettre. Tu es trop timide.

— Explique-toi; voyons, selon toi, que puis-je faire?

— lih bien, je vais m'expliquer; mais que l'on soit sage, qu'un ne se fâche pas!... De mon côté, je promets d'y mettre du ujien, et, pour commencer, je me donne tons les torts. \à !... est-ce gentil?... \llons, ne bonde pas, viens l'asseoir ici, . près de moi, à mes pieds, comme un gros chien... A la bonne heure... Posons la tête sUr mes genoux, comme cela... El maintenant, écoule bien. J'ai dit que j'<ivais tons les torts: je suis coquette, je jette l'argent parles fenêtres... c'est vrai... mais c'est parce que je t'aime...

— Comment !... fit l'autre avec vivacité.

— Ne bougeons pas, reprit .Marie en plongeant la main dans les cheven.x touffus de Lucieu. On a promis d'être sage. Je te dis que je t'aime... Autrement est-ce que je m'inquiéterais des créanciers, moi?... .Mes anciens fournisseurs attendront tant que je voudrai, et quant au propriétaire, si j'étais seule, je lui dirais: Je m'en vais; arrangezvous. E[ je m'en irais bien tranquille.

— Tu crois cela?

— Certainement. iMais ce qui m'inquiète, ce sont les billets à ton nom. Après les huissiers, les gardes du commerce et avec eux C'ichy.

— \llitns donc ! je suis insolvable et ce n'est pas dilficile à démontrer.

— Mais ils cofnpteront sur moi. Tu n'as pas l'air d'être bien convaincu de cela.

— iSon.

— Alors pourquoi vois-tu tout en noir?

— M je tremble, ce nest pus pour moi, c'est pour toi. <]es gens savent ton nom, ton pa^sé; ils te raenaceruut bientùt de s'a tresser à ton mari, et SI je ne puis payer, ils lui écriront. .Alors qu'arrivera-t-il ?... Quelque i atastroijhe !...

— C'est encore possible. Dans tous les cas, nous sonmies dans une situation dangereuse, et il y faut apporter un prompt remède. .Mais auras tu le courage le faire ce que je vais te dire?

— Voyons.

A pi es un silence, Marie reprit avec un effort pénible ;

—Il s'agit d'emprunter un billet de mille francs, pas plus.

— C'est déjà quelque chose.

— Demander moins serait inutile d'abord, puis cela aurait l'air misérable.

— Mais à qui? fit Lucien nvec impatience.

— Ah ! voilA où tu vas te récrier.

— Je ne connais personne.

— Ni moi ; mais on se crée des relations, on lait connaissance...

L'embarras avec lequel parlait Marie fit lever la tête à Lucien. Il la considéra avec unétonnement mêlé d'inquiétude.

Allait-il devenir le chevalier d'une nouvelle .Vanon? Il put se le demander.

— Que signifient ces insinuations î demanda-til, et où veux-tu en venir?

— Je ne dirai plus rien, fit Marie en rougissant.

— Avec qui dois-je me lier?

— Avec qui tu voudras.

— Mais tu avais quelqu'un en vue.

— Moi? personne.

Lucien .se leva en proie à une inquiétude profonde, que le trouble de .Marie n'était pas propre à dissiper. Il chercha le mot de cet énigme.

.Après s'être promené un instant en silence, il alla reprendre sa place aux pieds de la Jeune femme.

— Mariette, chère enfant, lui dit-il d'une voix attendrie et sérieuse, tù. as tout sacrifié à mou amoul", je te dois le premier et le seul bonheur de ma vie; je n'ai le droit de te rien refuser, mais ce que lu me dis m'aftlige et ine tourmente. Ce conseil est dangereux. Puis il tant tele dire, il est humiliarlt... Tu dois bien le comprendre?

— Que veux-tu? s'écria la jenne femme en se prenant à pleurer, on ne sait plus qu'imaginer... J'ai emprunté à ma couturière, à ma blanchisseuse...

— Et à qui veu.x-tu que j'emprunte?

— Je ne sais pas.

— Si; tu songeais sans doute à une personne que nous rencontrons souvent.

— Non, je te jure.

Lucien n'insista plus, mais garda ses soupçons. Quelques instants plus tard:

— Habillons-nous, dit-il, et sortons.

Où irons-nous? Il est Onze heures passées.

— Avant que tu sois prête, il sera minuit, nous irons souper.

— Soupons chez nous.

Non, il y a trop d'ennui i i. U" peu de distraction nous est nécessaire. Lt puis,, qui sait, à table, on peut laire des connaissances...

Ne parlon> plus de cela, je te prie. C'est une mauvaise idée qui m'était passte par la tète. 11 faut l'oublier.

Il s'habillèrent et sortirent.

On était vers le milieu de novembre ; il faisait froid, mais par extraordinaire le pfivé était sec; ils g.tgiièrent à pied le boulevard Montmartre.

Ubabitude, ils sonpaient au c^fé des Variétés;

LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.

?2nî

celte (ois, Marie insista pour aller ailleurs, mais sans .'ilk^çuer un motif plausible.

Liirieu avait ses raisons pour souper à sa table accoutumée.

Ils entrèrent dans la salle du fond, Marie s'assit en tiice oe la porte.

Un couvert (^tait mis sur la table voisine.

— Ce jeune homme qui soupe d'habitude à celte table n'est pas encore arrivé, dit Lucien en Ixant Marie.

— Oiiel jeune homme V fit-elle avec un ëtonnement mal joué.

Comme elle disait cela, la porte en faces'ouvrit, et un jeune homme entra, M. de Hieul. C'était le voisin en question.

Lucien l'apernit dans une glace, mais au trouble de Marie, il l'eût reconnu.

Ses soupçons étaient su Jfisam ment confirmés.

Lorsque le garçon l'eut débarrassé de son pai'dessiiset de son chapeau, le nouveau venu prit sa place haliituelle après avoir salué légèrement ses voisins de table.

11 était vraiment trop beau et trop élégant pour que Lucien put sans danger entamer avee lui des relations suivies.

Le souper fut silencieux et presque triste.

L'air contraint de Marie fut tout d'abord l'objet de l'attention discrète, mais visible néanmoins, de M. de Rieul. Quant à Lucien, il fut tout entier à une sorte de revue rétrospective. Il se rappela qu'ils avaient quelquefois, au dessert, échangé quelques paroles avec le voisin de table, et que celui-ci avait au suprême degré, lorscju'il parlait à une femme, directement ou indirectement, l'art de donner à des banalités une intention marquée d'être agréable.

Son imagination se monta.

11 commença à douter de la -bonne foi de Marie.

Il se rappela qu'elle l'avait trompé pour épouser Cremesse et qu'elle avait trompé eu dernier.

La jalousie le mordit au cœur.

Le souper en fut singulièrement abrégé. Il ressembla à une collation de voyageurs.

Marie voyait avec terreur le moment où il faudrait se lever, et, en sortant do table, saluer celui que Lucien considérait déjà comme nu rival. Llle craignait d'être gauche et d'une réserve qui pût paraître exagérée.

Ce fut précisément ce qui arriva.

Prise entre le regaid soupçonneux de Lucien et le regard interrogateur de M. de Kieul, elle salua avec la timidité qu'il est convenu de reconnaître aux jeunes pensionnaires.

four ces deux hommes, ce fut presque un aveu.

Tout cela peut paraître bien subtil, mais les passions ne s'accusent pas toujours par des reliefs plus violents, par des cris, des coups de poing ou des coups de couteau.

Et comme un sonnet vaut tout un long poëme, un geste, un regard, une attitude;, valent ies plus éJo(j[uents discours.

Enfin, ainsi qu'on le verra, cette scène muette eut le^ plus terribles conséquences.

Le retouy rue Bleue, opéré silencieusement, présageait un orage. Durant le trajet, pas un mot.

Li^s lampes étaient allumées, le feu brûlait encore. D'ordinaire, on bavardait beaucoup en rentrant, on avait mille choses à se dire. Lucien traîna un fauteuil près du feu et alluma un cigare. Marie prit une chauffeuse et s'assit le front dans la main.

Tous deux pensaient à M. de Rieul.

La pendule rompit le silence.

— Il est une heure, dit Marie.

Lucien aspira la fumée de son londrès avec une ardeur nouvelle.

Marie reprit avec timidité :

— Je sais pourquoi tu boudes.

— Je te bonde?... Il s'agit bien décela Nous n'en sommes plus, ma chère, à des querelles d'enfant.

— Tu es fâché ?

— Je suis indigné.

— Indigné!... vrai?... Eh bien! puisque c'est comme cela, indigne-toi tout seul, je vais dormir.

Lucien posa son cigare sur le coin de la cheminée :

— (rest tout ce que tu as à me dire pour te justifier? fit-il.

Marie se retourna vÎTeinent, comme elle l'eût fait au temps oii elle portait un bonnet de linge :

— Piiis-je savoir de quoi je suis accusée ? -T- Tu le sais.

— Je voudrais te l'entendre dire. »

— Eh bien ! puisque tu le veux, voici : d'abord tu as pensé à m'avilir, puis à me tromper. l'u m'as proposé un rôle inlàme, c'est-à-dire, tu m'as indiqué ce rôle... Mon indignation t'a retenue. Tu m'as donné à entendre que je pourrais soutirer mille francs à quelqu'un, et, dans ta pensée, ce quelqu'un était un homme qui ne m'eût pas refusé mille francs sous la garantie d'ui; de tes-ngards... un de ces regards qui valent une signature... Ah ! c'est iroi» fort !

Marie nesonlli mot.

— Voilà de quoi tu es accusée;, conclut Lucien, Et qu'as lu à répondre ?

— lUen ; tu as raison. C'e^t bien à ce monsieur que j'avais pensé pour les mille francs. Plus tard, on les lui aurait rendus, il est vrai, ^e n'est pas à moi à pen-;er à ces cho-es... et -cependant... le moyen d'oublier, quau'i on a sa cheminée garnie de cartes semblables : M. Ledloxd, /w/'ssier; M. Couturier,/»<««£•/• ; M. Lecoq, /iitissier. Ceiie coupe en 1 st pleine ; c'est bien la coupe d'amertume. Tu crains de t'avilii ? c'est nn mot. Tu tombes jaloux subitement et tu te crois en droit de m'insulter. A mon four, je te diiai : C'est trop fort! Mon mari, que tu ridicuUses, ne m'a pas insultée, lui!...

— Il t'a chassée.

— Il m'a dit de retourngr chez ma grand'mère

?'J".tt'

Lb;s DELASSEMENTS ILLUSTRES.

cl m'a lait de son propre niouvemeut une pension (le six mille francs. U a bien agi.

Lucien devint pâle.

— ^ous en vivons, poursuivit Marie.

— hst-ce un reproche ? fit Lucien.

— C'est une explication.

— C'est aussi un éclaircissement.

— Que veux-tu dire ?

— Je vois clair manitenant au tond de ton cœur ; Marie, tn ne n'aimes plus.

— J'aurais pu t'en dire autant tout à l'heure. Tu neveux pastHre trompé comme mon man l'a r-té, dis-tu. Je n'ai jamais aimé mon mari... On n'aime qu'une fois. D'ailleurs, de quoi te plainslii? Jusqu'à ce jour n'avons-nous pas été heu-

l OUI ?

— Oui, mais l'amour est une plante délicate que le mauvais temps fait i)érir.

Cette querelle, la première qui se fût élevée, iinit comme la plupart des querelles d'amants.

Au fond, si Marie n'avait pas été insensible h la beauté de M. deRieul, elle n'avait pas cessé d'être iidèle à Lucien, et chez celui-ci, l'amour, qui ne I)OUvait croître en violence, avait de jour en jour ]c\é de plus i)rofonde'^ racines. Mais il se disait que la passion de Marie ne résisterait pas aux ri- •,'ueurs de la misère. tUe nevivait que déplaisirs. Knfin, il prévoyait le jour où, traqué par les rei:ors, il serait obligé de se séparer d'elle. De ce ^,our, Marie serait perdue pour lui.

Alors que deviendrait-il? Celte pensée lui était insupportable, et lorsqu'il était seul, elle le jetait .lins des rages folles. Se laisseraii-il arrêter et conduire»;! (/lichy? Fuirait-il à l'étranger?...

Marie lui conseilla d'opter pour ce dernier parti.

Depuis la querelle que nous avons rapportée, ils n'avaient plus remis les pieds an calé des Va- >-iétés, et la jaJousie de Lucien s'était calmée, bien que ses craintes tussent toujours les mêmes.

— Marie, disait-il avec mélancolie, si je quitte Paris, je ne tereverrai plus.

— U'ioi! se récriait la jeune femme, tu doutes encore de mon amour? Mais vois dans quel état je suis! "Vois ces yeux cernés, ces joues pâlies. Je suis malade de chagrin et je ne désespère pas comme toi !

— Ton mari peut revenir à toi ; tu n'as pas le droit de le repousser. Tu ne l'aimes point, mais tu ne le hais pas.

— Mais je t'aime.

— Vous n'êtes pas sép.irés, et si vous l'étiez, tu tomberais dans la misère la plus protonde. Je t'ai perdue. Mon amour t'et funeste- Si cette absence que tu crois momentanée se prolongeait longtemps? Si ton mari leveuait à toi ?

Kl en disant ces paroles, sa voix tremblait.

— Jamais! s'écria Marie en l'enlaçant de ses bras avec passion. Nous sommes l'un à l'autre pour la vie!... Je suis ta femme ; dis-moi de te suivre, et je te suivrai.

Lucien n'était qu'à demi convaincu.

— Mon Dieu I reptenalHl, commeut concevoir

cela, que demain, à pareille heure, nous serons loin l'un de l'autre ; que tu seras seule dans cette chambre?...

— iNon, je n'y saurais rester ; je serai chez ma graud'mèrt'.

— l'.t moi !... Oh ! si cette séparation doit durer longteiniis, je prélère la mort ! Quelles ans;oisses!... Pourquoi cet homme est-il ton mari? Pourquoi, malheureux, avou-oublié nos premières amours '( L'amour ne pardonne pas; onnerétoulfe pas ainsi. Sans ce mariage, nous aurions été si heureux ! uousserionsl'uu à l'autre à celle heure; pauvres, mais moins pauvres que nous ne sommes ; mais non déshabitués du travail, mais heureux pour toujours. Cet homme m'a prismachère Mariette, il me la reprendra encore.' Oh! je le

hais !...

Les larmes, la fureur le suffoquèrent, et, près de ses malles entr'ouvertes, il se laissa tomber dans un lauteuil en sanglotant.

Faiblesse et exaltation, tel apparaissait le fond de son caractère.

— A mesure que l'heure du départ approche, disait-il; il me semble que la vie m'échappe.

Marie, en cherchant à le consoler, et ne sachant qu!imagiiier, lui promeltaiU'impossible :

— Dans huit jours, j'irai tu voir à Bruxelles. Tout sera arrangé avant un mois ; alors, nous ne ferons plus de folies, nous vivrons avec la plus grande prudciice.

— Jure-moi de ne point revoir ton mari, répéta-t-il au seuil de la salle d'attente de la gare du Nord.

JULES B£AtJULM'.

{La suite au "prochain numéro.) ■

Keproduction autorisée pour le» journaux qui out tr«it« avec la Société des Gtn» de lettre».

L'AMOUR EN PARTIE DOUBLE

RÉGINE ET GENOFSA

C D'AMEZEUIL

(VOIII A à'AKTlR VV M"' 138)

LE DÉJEUNER [sUlte).

— Pourquoi tous les hommes ne vous ressemblent-ils pas, Joannic ! que n'usent-ils, du moins, à notre égard, de ces semblants de politesse qui

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