DERNIER JOUR
11 était environ midi lorsque la voiture qui con-
1, Voit à partir du nnraéro 155,
duisait le prisonnier s'arrêta dans la première cour de la Force.
Tout le personnel de la prison était là^ cherchant à satisfaire sa cruelle curiosité. Quand les geôliers firent traverser la seconde cour à Trumeau, tous les prisonniers se précipitèrent pour le voir, tous avaient l'injure à la bouche.
■ Le malheureux, calme, traversa la cour ^ansks
yoir et sans les entendre.
mit
LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.
— Il a une bonne tète, ce corps-k\.
— S'il y a mal, il est temps qu'il la fasse soigner.
— Dis donc, hé ! chose, mets-moi sur ton testament.
— Hé! Trumeau, cria un autre, donne-moi de tes cheveux; les clieveux de guillotiné, ca porto bonheur.
Un plus audacieux lui posa la main sur le crâne en disant :
— Laisse-moi-z-y toucher... avant qu'on te la prenne.
D'un coup de poing vigoureux, un geôlier envoya rouler à dix pas le misérable.
Toutes ces infamies étaient dites au milieu des rires de ces monstres, dont chacun avait au moins à se reprocher le double du crime pour lequel le malheureux allait mourir.
Nous l'avons dit. Trumeau n'avait rien vu, rien entendu. Il se disait :
— Puisque je dois mourir, mon Dieu ! donnezmoi la iorce et le courage, faites que mon front teste blanc devant l'échafaud, faites que le doute ébranle tous ceux qui me verront et conserve le respect à ma dernière fille, et pardonnez, mon Dieu ! à ceux pour lesquels je vais mourir.
Conduit dans la chambre de la toilette, il demanda combien il avait encore de temps à vivre. Le geôlier lui répondit.
— L'exécution est pour quatre heures.
— Quelle heure est-il?
— Presque une heure...
— Puis-je rester seul jusqu'à ce moment, demanda-t-il au directeur de la prison, qut s'était avancé pour écouter ce que disait le condamné.
— Vous pouvez ce que vous voudrez... mais un prêtre a réclamé de vous la faveur de vous assister jusqu'à la dernière heure.
— Qu'il vienne, monsieur le directeur.
— Vous ne désirez pas déjeuner.
— Merci, je n'ai pas faim.
— Alors nous nous retirons.
Les geôliers suivirent le directeur.
11 faisait un temps superbe le 17 germinal de l'an XI.
Le printemps tout ensoleillé illuminait la nature.
Le soleil entrait en gerbes lumineuses par les deux fenêtres de la chambre de la toilette, donnant sur le parquet doré les petites croix d'ombre des grilles.
Les vitres, plongéesdans l'obscurité, devenaient miroirs ; en se redressant devant la fenêtre. Trumeau se vdt et recula.
Il ne se reconnaissait plus.
Ses cheveux blonds et frisés étaient blancs..: Sesyeuxbons et doux étaient injectés, son front était traversé de plis profonds, et sa bouche, jadis souriante, était déprimée et resserrée, il avait vieilh de dix ans ; il eut un amer sourire, et tapant sur ses joues pâles et tombantes, il dit :
— Et c'est à cet âge qu'on tue ses enfants, les aveugles !
Il se retourna, ayant entendu la porte s'ouvrir.
Il vit un jeune prêtre, à la figure intelligente, qu'un geôlier introduisait.
— L'abbé Maury, que vous avez demandé.
— Entrez, monsieur l'abbé.
— Le geôlier se retira.
Seul avec le prêtre. Trumeau lui offrit un siège et s'assit près de lui.
— Monsieur ral)l)é, dit il, je suis heureiix de vous voir ; je ne veux pas vous demander ce qu'on appelle les consolations de la rehgiou, c'est-àdire les banalités que répètent les sots, je viens vous demander les consolations de l'homme religieux; j'ai besoin d'un soutien, j'ai besoin d'un homme «nfin.
— Monsieur... mon frère....
— JNe sacrifions pas à la convention qui nous gênerait, dites mon ami, fit Trumeau, en lui prenant la main.
L'abbé Maury, étourdi de rencontrer un homme là où il croyait trouver une brute, regarda longuement Trumeau.
— Mon ami, fit-il, parlez... Que voulez-vous dire ?
— Je n'ai rien à demander. Sur Dieu, M, l'abbé, je vais mourir innocent. Sur Dieu, j'adorais ma fiUè, et le crime odieux pour lequel on me condamne n'est pas mon œuvre.
— Si vous dites vrai, voulez-vous qu'à l'instant j'aille me jeter aux pieds du premier consul? vcuilez-vous que je demande un sursis, et que pendant ce temps je me mette à l'œuvre pour vous justifier ?
— Je ne veux rien de tout cela.
— Mais si vous êtes innocent ?
— C'est parce que je suis innocent que je vous prie de m'aidera mourir le front haut, sans forianterie, calme...
— Mais c'est un suicide aucpiel la religion s'oppose. La vie que Dieu vous donna, vous devez jusqu'au bout la défendre.
Trumeau se leva, regarda le prêtre bien en face, et fit signe qu'il allait répondre.
Trumeau se promenait de long en large dans la chambre, passant la main sur son Iront, comme pour en arracher une idée rebelle et tenace, enfin, se plaçant devant le prêtre et lui prenant la main, il lui dit :
— Ecoutez -moi.
L'œil de l'abbé Maury ne quittait pas le malheureux ; assurément, doutant encore de ce que Trumeau lui avait dit, il cherchait à lire dans sa physionomie s'il avait alîaire à un adroit coquin ou à un martyr. Trumeau, calme, cherchait le moyen le plus simple de prouver en deux mots à l'abbé qu'il ne lui demandait que l'encouragement dans le sacrifice de sa vie.
—M. l'abbé, fit-il, j'ai commis une faute; père, adorant mes enfants, je n'ai pas su faire taire en moi les appétits nouveaux que le retour d'âge amène... J'ai rencontré \in jour une jeune fiUe... ou plutôt... unejeune fille allait mourir... c'était
LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS
à Dieppe, par un temps horrible, la mer hurlait, le vent d'ouest soufflait; moi, j'étais sous une impression douloureuse, matemme venait de mourir. . .
Comme le prêtre , les yeux écarquillés , regardait Trumeau ; comme ce regard semblait dire :
« II est tou ! »
Le malheureux s'interrompit et lui dit :
— Monsieur l'abbé, j ai la tète perdue, dans deux heures j'aurai cessé de vivre, je m'eSplique mal, je vous parais fou... mais écoutez-moi: si peu de cohésion qu'elles semblent avoir entre elles, mes paroles arrivent toujours au même but, ma justification.. C'est-à-dire que je tiens absolument à ce que plus tard, lorsque le véritable assassin sera découvert, vous puissiez dire : j'ai connu cet homme, jusqu'au dernier moment, il m'a assuré de son innocence, il a été sot, oui, mais crimmel, non!
— Mon ami, fit l'abbé, remettez-vous, vous êtes fiévreux ; pendant quelques minutes, pensez, calmez-vous, enfin ; vous êtes un homme, je le vois, commandez à la chair idiote qui vous domine, redevenez vous-même, et je ne vous dis pas confessez-vous, mais causons.
— Merci, dit Trumeau en lui serrant la main.
Et il alla jusqu'à la fenêtre ouverte ; là, il arracha son col, et bruyamment il aspira l'air printanier.
L'abbé Maury n'avait pas cessé de le regarder, et malgré lui, comme 'combaltant une pensée secrète, il murmurait :
— C'est impossible ! cet homme n'est pas un assassin .
Trumeau, plus calme, revint près de l'abbé, et s'asseyant devant lui, il commença.
— Un jour, à Dieppe, par une mer horrible, une jeune fille de dix-neuf à vingt ans allait périr, je me précipitai , l'arrachant à une mort certaine, je la ramenai au bord, elle était sans connaissance, on la mena chez l'ami qui m'accompagnait. Quand cette fille revint à .elle, elle me remercia d'un baiser... d'un baiser qui me brûla la peau. J'avais sauvé un être, alors seulement je m'aperçus que celle qui me devait la vie était une femme... alors seulement je m'aperçus qu'elle était belle, qu'elle était jeune... vous devinez !
— Non, fit froidement le prêtre.
— Eh bien I j'aimai cette femme !... amour insensé... amour de vieillard, qui veut, qui exige... Je marchai sur tous les sentiments dans lesquels j'avais vécu, et oubliant que si la mère était morte, les enfants étaient encore là tout pleins d'elle, j'amenai... j'osai amener chez moi... cette femme...
— Cette jeune fille que vous aviez sauvée ? demanda l'abbé.
— Non plus cette jeune fille, cette femme... Je veux dire enfin ma maîtresse.
— Oh ! devant vos enfants !
— N'insistez pas, monsieur l'abbé... C'est in-
fâme. Je le sais... Si j'ai commis un crime, c'est »^ celui-là ! '
— Après ? demanda l'abbé Maury.
— Après ! fit Trumeau avec élan, après, j'ai eu honte de ma conduite ; mais elle me tenait sous sa domination. Je cherchai à la faire vivre loin de moi. Elle refusa.
— Que fites-vous?
Rien !
— Comment, rien ?
Et, avec un accent indicible, le malheureux dit :
— Que voulez- vous, je l'aimais.
Pour changer les idées du pauvre diable et pour revenir au sujet qui l'amenait, le prêtre dit:
— Mais là n'est point le crime pour lequel...
— Vous vous trompez , monsieur l'abbé, fit gravement Trumeau ... Là est tout ; cette femme a amené avec elle la discorde.
— Vous voulez dire la haine et la ptemière pensée criminelle.
Des pieds aux cheveux, avec un regard superbe, Trumeau regarda le prêtre en disant :
— Monsieur l'abbé, je vous ai dit que je n'étais pos coupable !
— Mon ami!...
— Oh ! ne vous excusez pas, je vous prie, car vous avez raison déjuger ainsi, c'est moi qui suis dans le faux... je voulais dire que cette discorde, connue de tous, avait été la cause de l'horrible accusation dont je suis la victime.
— Ecoutez, Trumeau, dans une heure, vous, paraîtrez devant Dieu... Je suis le prêtre... ditesmoi le secret..-, dites, êtes-vous coupable ?...Avezvous empoisonné votre enfant ?...
Trumeau prit les deux mains du prêtre, et, fixant ses yeux sur ses yeux, il dit :
— Mon ami... mon frère, regardez-moi bien en face. Je vous jure sur les cendres de ma mère que je suis innocent.
— Alors, fit l'abbé en se dégageant, je vous sauverai...
Trumeau le retint par le bras en disant :
— Je vous le défends... je parle au prêtre..: je veux mourir ! . . .
On frappa à la porte.
AU PIED DE LÉCHAFAUDr
Trumeau tourna à peine la tête et dit :
— Entrez.
Le prêtre, tout tremblant d'émotion, s'était placé devant lui pour lui dissimuler l'entrée de ceux qui avaient frappé, mais le condamné, l'é- Cartant de la main, dit :
• — Ne craignez rien, je suis fort...
LES DIJLASSEMENTS ILLUSTRÉS.
Le hourivaii, suivi de deux aides, précédait le pei'sounel de la prison.
— L'heure est venue, monsieur le directeur, demanda Trumeau^ s'adressant à celui-ci.
Le directeur répondit d'une voix à peine intelligible et eu aftirmant de la tête.
— Allons, monsieur, laites votre œuvre, dit Trumeau d'une voix ferme.
Le bourreau avança une chaise et le pria de s'asseoir. La loilelte commença, cérémonie lugubre, qu'aucune voix ne troubla, le grincement strident des ciseaux glaçant d'ell'roi les assistants.
Oiiand ses cheveux furent tombés, Trumeau se leva et dit :
— Je suis prêt.
Le bourreau lui dit alors :
— 11 faut encore que vous retiriez les vêtements de la prison.
— Pourquoi?
Le bourreau montra une longue chemise rouge.
Un sourire amer plissa les lèvres du condamné.
— C'est vrai, dit-il, le parricide et l'infanticide .sont conduits au supplice revêtus d'une chemise rouge.
Il arracha aussitôt les vêtements qui le couvraient et se vêtit de la longue chemise qui lui tombait jusqu'aux pieds.
L'u'il un peu fiévreux, les joues un peu marbrées, les lèvres pâles, le Iront haut et le corps drapé de la longue robe rouge, Trumeau, grandi, était imposant à voir.
— iNous devons nous rendre à la messe, mon frère, dit le prêtre.
— Donnez-moi le bras.
Le prêtre obéit... et l'assistance descendit dans nne grande chambre du deuxième étage, oii avait été installée une petite chapelle.
La messe basse dite. Trumeau se releva, on Jui attacha les pieds et les mains ; alors, s'appuyant sur l'abbé iMaury, il lui dit tout bas:
— Oh ! ne m'abandonnez pas, je crains que le courage ne me ma-nque.
En sortant du préau, il vit la charrette entourée de gendarmes, le bourreau l'aida à y monter, puis, l'abbé Maury, tenant un petit crucifix à la maiu, .se plaça près de lui.
La porte de la prison s'ouvrit, un grondement terrible accueillit la sortie de la charrette ; c'était la foide qui saluait le condamné. Et le cortège se mit en marche par la rue Saint- Antoine pour' gagner la place de Grève.
L'abbé dit à Trumeau :
— Trumeau, ne vous occupez pas de ce qui se passe autour de vous; recueillez-vous, bientôt vous allez paraître devant Dieu. Déctiargez votre conscience des fautes commises.
— Monsieur l'abbé, je me suis confessé à vous.
— N'avez-vous rien à dire à cette^ heure suprême ?
— Rien.
— Vous niez toujours ?
— Monsieur labbé", je vous le jure, j'adorais mou entant.
— Mais, poussé par cette lemme.
— Si cette femme m'avait fait une semblable proposition, oh! alors, je serais devenu criminel, car je l'aurais étranglée.
— Mais pourquoi n'avez-vous pas demandé un sursis?
— J'ai demandé la seule chose qu'il était digne de demander, c'est-à-dire la révision de mon jugement; les juges ont refusé... Je dois subir ce qu'ils ont fait... Vous le voyez, je suis calme, recueilli, je ne condamne personne, et, prêt à paraître là-haut, je pardonne à ceux qui m'ont conduit ici.
— Priez, Trumeau.
La voiture avançait toujours ; à un coin de rue une femme, montrant le poing à Trumeau, lui cyia:
— On devrait l'écarteler, le gueux.
Trumeau avait vu la femme, avec calme il lui
répondit :
— Je vais mourir, et je ne suis pas coupable. Un grondement formidable retentit. Trumeau
tourna la tête, et vit que la voiture allait entrer sur la place de Grève ; la place était couverte de monde.
En voyant les tricornes des gendarmes, toutes les bouches avaient dit :
— Le voilà.
Trumeau, le front haut, regarda.
Au-dessus de cette mer humaine, comme un 11 immense , la guillotine dressait ses longs bras rouges. Au sommet, immense étoile, le couperet, illuminé par le soleil du soir, jetait les scintillements de son acier.
Trumeau se redressa pour montrer à tous qu'il allait bravement à la mort, et il cria encore :
— Je suis innocent.
La charrette était tout à fait suc la place de Grève, elle marchait plus lentement pour écarter la foule.
Tout à coup un cri épouvantable retentit. Comme se l'edressant sous une commotion intérieure, Trumeau tourna la tête.
— Qu'avez-vous ? demanda le prêtre.
— N'avez-vous pas entendu ?
— Non ! *
— D'où vient ce cri ?
— Que vous importe, oh ! mon frère, votre dernière heure va sonner. Dégagez-vous des choses terrestres...
— 11 faut que je réponde à ce cri...
— Qu'allez-vous taire ?
Trumeau se cramponna de ses mains liées aux barreaux de la charrette et, tournant la tête du côté où le cri était parti, il fit un suprême effort pour se grandir et, d'une voix qu'on n'aurait jamais cru pouvoir sortir de ce corps, il cria :
— Je ne suis pas coupable !... Je n'ai pas tué ma fille ! . . . Je meurs innocent ! . . .
Après ce cri violent, un murmure d'étonnement avait parcouru la foule, la charrette était
LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.
arrivée au pied de l'échafaud, le prêtre était descendu et les aides du bourreau aidaient le condamné à monter les terribles degrés.
— Monsieur l'abbé, fit Trumeau, embrassezmoi : dites-bien à ma pi us jeune fdle que son père est mort innocent. Adieu.
Il embrassa l'abbé Maury.
Comme ce dernier voulait monter avec lui jusque sur la plate-iorme, il lui dit :
— Merci, monsieur l'abbé, je veux monterseul, sans aide..'. 11 faut qu'on voie comment meurt un mnocent.
Et soutenu seulement par un aide, — car les l'ieds des condamnés sont attachés, — il Iranchit J es treize degrés.
Le prêtre s'était agenouillé sur la première marche et il priait :
— Subvenile sancti Dei, angeli domine^ si/sciidentes anima ejiis offerentes eam in conspectu. All'ssimi, suscipiat te Ckristiis qui vocavit te : et in tinum Abrahœ ançjeli deducat te suscipientes...
Trumeau avait atteint la plate-forme ; dans sa 2;rande robe rouge, le front pâle, l'œil sans haine, la tête immobile, il imposa à la foule. Un frémis- .sement la parcourut.
Se tournant vers le peuple assemblé, il dit encore : ■ .
— Je meurs innocent.
Alors les aides du bourreau le saisirent et fixèrent la courroie.
La planche bascula, le couperet scintilla dans le soleil... le coup lugubre retentit.
De toutes les poitrines un immense soupir s'échappa ;
La justice des hommes était satisfaite.
La foule siéloigna lentement.
Pendant qu'on démontait la guillotine, deux hommes étaient sous une porte de la rue du Mouton.
L'un, pâle, défait, l'œil hagard, assis sur une borne et soutenu par son compagnon.
Les gens qui s'éloignaientfdisaient :
— En voilà un ! C'est grand, solide, et ça se trouve mal pour voir raccourcir un homme."
— C'est peut-être parce qu'il était foulé.
— Ça se pourrait bien...
— En voilà un qu'en a eu du monde.
Dès qu'ils furent seuls, le plus vieux des deux individus dit à l'autre :
— Voyons, remettez-vous... On peut nous remarquer et nous sommes perdus.
— C'est impossible...
— Voyons, essayez de marcher.
— Oui.
Et il se leva.
— Là, appuyez-vous sur moi et gagnons les quais.
Quand ils furent près le pont des Tournelles, le plus vieux dit :
— Mais expliquez-vous, qu'avez-vous eu ?
— Une vision horrible.
— Quoi !
— II m'a semblé reconnaître en cet homme le père de ma fiancée.
— Folie !
— Et lorsque, doutant,* j'écoutais ce qui se disait autour de moi, j'entendis dire :
« — C'est un fier gueux, il a empoisonné sa fille, une jeunesse de vingt-quatre ans. «
— Je voulais demander le nom du condamné, mais épouvanté, ne pouvant plus me maintenir, j'ai crié.
— -Venez vite... il me semble toujours qu'on nous regarde.
Ces deux individus, que nos lecteurs ont reconnu, marchèrent plus rapidement.
— Allons place Saint-Michel, dit Bizot.
— Ete*s-vous fou ? Autant aller au poste Saint- Paul et dire : Arrêtez-moi !
— Je veux savoir... je le veux !
— Voyons, vous êtes fou. Comment pouvezvous admettre la possibilité d'une chose semblable ?
— Mais j'ai vu...
— Votre cerveau est tout plein de cette figure, et la moindre ressemblance vous a frappé ?
— Je le vois là encore avec sa chemise rouge... Pourquoi n'avez-vous pas demandé le nom du condamné ?
— Parce que, vous voyant tomber, j'avais d(5jà bien assez de m'occuper de vous.
— Oh ! mon Dieu, comment savoir?
— Vous êtes tout pâle, vous êtes effrayant à' voir, entrons dans un cabaret...
Ils allaient entrer, lorsqu'un crieur, qui sortait de la rue Saint- Louis-en-l'lle, cria :
— Demandez le crime horrible commis par un père sur sa fille, âgée de ^angt-quatre ans.
— Vite, vite, dit Bizot, achetez-en.
— Rentrez là ; je vais vous le porter.
Bizot entra dans le cabaret, et Cervenon lui apporta le papier, il y jeta les yeux... dès qu'il eut lu la première ligne, il jeta un cri et tomba raide.
Cervenon s'élança vers son malheureux compagnon ; aidé du marchanddevin, il le porta dans la salle du fond et fit le nécessaire pour le faire revenir.
Quand Bizot rouvrit les yeux, longtemps il resta le regard perdu dans le vide, cherchant à se souvenir des causes de sa syncope.
Se souvenant enfin, des larmes coulèrent de ses yeux, des sanglots arrachèrent sa gorge ; ne se contenant plus, il prit sa tête dans ses mains et, gémissant de douleur, il s'écria d'une voix hocquetante :
— Oh! mon Dieu! mon Dieu! qu'ai-je donc fait pour souffrir ainsi?
Lorsqu'il fut tout à fait remis, Cervenon fit avancer im cabriolet, ils y montèrent tous les deux, et en descendirent à la barrière des Amandiers... Après avoir payé le cocher, Cervenon dit à son ami :
— Vous sentez-vous suffisamment fort pour marcher?
^:;iofi
LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.
— Oui.
— J'ai quitte^ la voiture craignant d'être suivi-, car nous ne saurions nous entourer de trop de précautions.
— Marc lions !
— Donnez-moi le bras, lit Cervenon, et ne craignez pas de vous appuyer dessus.
— Merci ! répondit Bizot obéissant.
Us montèrent alors la grande avenue d'amandiers qui allait rejoindre le haut de Ménilniontant; coupant tout d'un coupa travers champs, ils grimpèrent les hautes buttes couvertes de vignes, passèrent derrière le cimetière et se trouvèrent dans les champs de Bagnolet. Là, Cervenon dit à Bizot :
— Voyous, vous êtes un homme, il ne-laut pas s'abattre sous la douleur, il faut se redresser et lutter contre.
— Quelle lutte voulez-vous que j'entreprenne?
— Est-ce que je sais, moi.c.
— Je n'ai plus personne, maintenant, je suis seul au monde... Je reviens, je veux voir ma mère...
•Des sanglots lui coupèrent la parole.
— Du courage, que diable ! dit Cervenon.
— Oui... je vais rue Saint-Paul, je vois la boutique fermée, je m'informe et onme dit que madame Bizot était morte depuis huit jours... Ma pau^-re mère ! Tout troublé, sans énergie, je vous suis, nous traversons la place de Grève, et je vois qui... M. Trumeau qu'on guillotine, qui a tué sa fille... Et vous me dites d'être fort, d'avoir du courage... est-ce que je peux, moi...
Comme Bizot sanglotait bruyamment, Cervenon se tut ; il savait par expérience que les larmes soulagent.
Après quelques minutes de silence, le voyant plus calme, il reprit :
— Que comptez-vous faire ?
— Moi, je compte venger tout ces morts-là.
— Comment cela ?
— Ma mère est morte assassinée !
— Vous êtes fou !
— Non pas, c'est la douleur qu'on lui a faite, c'est mon arrestation, ma disparition qui l'ont tuée, la pauvre mère Bizot!
— Que ferez -vous?
— J'ai ensuite à venger Trumeau.
— Comment le venger?
— Oui, j'ai encore son cri dans l'oreiUe ; « Je ne suis pas coupable !» Il y a dans tout cela beaucoup d'mlamies qu'il faut que je punisse.
— Coment ferez-vous?
— Tout cela, voyez-vous, je le sens là, ça vient du même.
— De qui voulez-vous parler?
— 11 n'y a qu'un homme capable de tous ces crimes.
— Mais qui ?
— Qui... Friquet.
— Le croyez-vous? fit vivement Cervenon.
— J'en mettrais ma main au feu... Oh ! les misérables...
Et la douleur, plus forte que la haine, éteignit dans les larmes les imprécations du pauvre garçon.
' '11 faisait nuit... lés deux hommes étaient arrivés devant la petite porte du ps^vc du château du comte de lloudeau. Cervenon s'arrêta et dit à Bizot: , . ■
— Vous n'avez plus rien à faire à Paris ?
— Non..i et je n'y veux plus retourner.
— Bien! vous savez que le comte part demain?
-Oui.
— Voulez-vous partir avec nous?
— Pourquoi faire?... l'^sl-ce que came regarde, moi, la politique? c'est à eux que je pense.
— iMais là-bas nous trouverons Friquet.
— Friquet ! fit vivement Bizot, dont les yeux se séchèrent.
— Oui.
— Alors, j'en suis, partons ce soir.
— Non, nous partons demain matin.
— Entendu... lit Bizot en lui prenant la main.
— Je vais ce soir en parler au comte.
Ils entrèrent. En gagnant sa chambre, tout triste et tout larmoyant, Bizot dit :
— Oh! je vous vengerai!
t.ir.\Ti;ii:Mr: I'AIîtik
Le 2 messidor (21 juin), vers deux heures du matin, un homme sortait de l'auberge du Soleild'Or, à Morlaix. H grimpa par un étroit sentier les hauteurs où commençait la route de baint- Pol-de-Léon. Là, il siffla deux fois; aussitôt, d'une des maisons du petit hameau, un gars sortit, conduisant un cheval sellé ; l'homme l'enfourclia ; bien assis, d'aplomb sur la selle, il dit au gars :
— Ouoideneuf?
Vers les sept heures, les Bleus sont passés...
— Nombreux?
— Dans les quatre cents.
— Ils gagnaient Saint-Pol?
— Nenni, ils se sont reposés ici une heure, ils avaient tourné Morlaix pour ne point passer par la ville ; ils venaient de Ploncourt-Penez.
Ah ! mais tu ne les as pas fait suivre?
— Que si !... D'abord le chef est descendu pour boire une pichée chez la Maiinoute, j'ai écouté, et ils disaient qu'ils s'allaient diviser en deux bandes, faire le semblant de se diriger les uns sur Landivisiau, les autres sur le Ponthon, mais...
LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRES
—Mais?...
— lis vont simplement à une lieue d'ici et au matin ils doivent se rabattre par les genêts sur la route ousqu'on leur a dit que les chouans devaient recevoir de Roscolï un convoi d'armes.
— Bien, tes hommes sont à leurs trousses?
— Oui, monsieur.
— Sitôt qu'ils seront revenus, viens me retrouver au chemin creux. . . nous serons dans la forge. . . tu feras le signal, on t'ira chercher. . .
— J'irai tout d'une haleine.
— Bien... Adieu.
— Adieu...
Le cavalier lâcha la bride, piqua les éperons et * le petit cheval breton sur lequel ij était monté l'entraîna au galop.
La roule de Moriaix à Saint-Pol-de-Léon est plus faite pour les chèvres que pour les gens, étroite et parfois couverte par les arbres, eUe semble un tunnel de verdure tout à coup dégageant ses plis tortueux; sa chaussée saillante s'étend dans la plaine comme une immense couleuvre... montant et descendant toujours. Là où elle traverse la plaine, elle est bordée de taillis épais, puis se renfonce tout à coup dans un liois sombre.
Jusqu'au premier hameau, le cavalier avança dans un rapide galop... H était deux heures et i demie du matin lorsqu'il atteignit Hancoul (petit bourg incendié lors des guerres vendéennes).
Il descendit de cheval, monta les quatre marches qui ascendaient à la porte du presljytère, et ramassa dans un coin de la ienètre deux boules; les ayant regardées, il dit à mi-voix :
— Bleue, bien, la bande de Barco... Bouge, celle de Picot-le-Petit... Verte, d'Assas... Avec eux nous pouvons.
11 sauta prestement en selle. Comme la route tournait pour revenir au même point, il coupa par Ja plaine.
Arrivé à l'endroit où la route va rentrer sous lorèt, il arrêta son cheval et, plaçant ses doigts dans sa bouche, il imita le cri de la chouette.
Une fois, deux fois, le cri se perdit dans le silence de la nuit.
11 cria une troisième fois; cette fois, l'écho lui répondit.
Alors, le cavalier recommença, mais avec une modulation étrange, longue et plaintive.
Un long sifflement, sèchement terminé, lui répondit.
Le cavalier reprit aussitôt le galop et traversa le bois
C'était un bois singulier, à en juger par les ombres que le cavalier put voir; il avait autant d'habitants que d'arbres.
Le cavalier n'ignorait probablement pas cette particularité, car il passa indifférent, occupé seulement d'arriver vite.
Lorsqu'il passa devant une petite maisonnette, à la sortie du bois, un cri de chouette retentit.
11 arrêta aussitôt son cheval.
Un homme dressa sa longue silhouette dans le gris noir de la nuit.
— France! dit-il.
— Navarre et Coudé, répondit le cavalier. L'homme s'avança... On était au 2 messidor,
c'est-à-dire au 21 juin, à l'époque où la nuit est de courte durée; il était presque trois heures du matin ; le cavalier sortait du bois et se trouvait en plaine; il put donc clairement voir celui qui lui parlait.
— Tiens ! fit-il, c'est vous Picot...
— Tiens, Cervenon, quelle nouvelle ?...
— Vous attendez le convoi ?
-Oui.
— Etes-vous nombreux ?
— Cent avec Barco, cinquante avec Jasau.
— Jasau ?
— D'Assas !■
— Ah! oui, je sais.
— Et soixante avec moi !
— Qui amène le convoi ?
— Un ancien officier de marine, Nicolas Datry.... c'est Friquet qui le guide.
— Ah!
— Que veniez-vous faire ?
— J'allais retrouver Barco, c'est lui qui commande en chef.
— Oui.
— On sait l'arrivée du convoi.
— Hier! fit vivement le Chouan. Et...
— Et au lever du jour, deux bandes de bleus de chacune deux cents hommes, se relièrent à Hancoul, où elles doivent vous attendre...
— Ah! ah! nousy serons, courez prévenir Barco, il est à une demie-lieue d'ici, j'attends ses ordres, mais je vais faire prévenir d'Assas.
— Très-bien !
— Nous déjeunerons avec les bleus, et je leur prouverai que je mérite le nom qu'ils m'ont donné : Boucher des bleus !
— A tout à l'heure. . . Et Cervenon disparut dans la nuit. ^
Une demi-heure après, Cervenon ralentissait l'allure de son cheval pour descendre une pente qui aboutissait à un bassin de réserve d'un moulin; il descendit, tourna le petit étang, et sautant à terre, il défit le mors de son cheval en lui disant :
— Allez, Tonton, allez manger et vous reposer. Le cheval hennit joyeusement et gagna le pré.
Cervenon jeta encore trois cris de chouette. La fenêtre d'un atelier de forgeron s'ouvrit et un homme qui y parut demanda :
— Qu'est-ce que c'est? c'est le cheval. Cervenon s'avança et dit :
— Oui, le cheval à ferrer...
— 11 est bien tôt ?
— Non, il est l'heure, la France attend.
La fenêtre n'était pas encore fermée que la porte était ouverte.
Cervenon entra, c'était un atelier bizarre que celui du forgeron du Plœnon, les deux étaux y étaient couverts de poussière, ftt la forge servait à
LliS l;Ll,Aî,>i:M;JNTS ILLL'STKKS,
c'i.uilleijiinoTgi;inde'inai'mito';'danstous,les coins, sous ses t^tablis, des hommes étaient couchés.
Au miheu de l'atelier, autour d'une table improvisée, trois hommes lisaient, habillés en Bretons, portant seulement an bras nne brassière branche et ceints d'une écharpe de même couleur; ils paraissaient fortement préoccupés.
— Ah! fit nn grand gaillard de vingt-sept ans, se levant poui' all^r au-devant dn nouvel arrivant. C'est vous ? Avez-vous fait l>on voyage ?
— Merci! fil celui-ci en lui pressant la main.
— Vons avez l'air sérieux, qu'y a-t-il de nonveau ?
— De graves choses. Je voudrais vous parler en particulier.
— Avancez-vous, Cervenon, et prenez place à cette table. Vous pouvez parler. Laissez-moi vous présenterai, le marquis d'Estouillec, M. le comte d'Ayguehlanche.
— Messieurs, Je suis à vos ordres, fit Cervenon en s'inclinant et ayant pris place à table, il dit à rai-voix :
— Les bleus sont passés à Morlaix vers six heures, ils se sont divisés en deux corps de deux cents hommes; nous avons été trahis, car ils savent que l'on doit ce soir recevoir à Plœuon un convoi d'armes.
L'homme qui s'était levé à l'entrée de Cervenon échangea un signe d'yeux avec les deux autres. Cervenon, qui vit le signe, demanda:
— Que voulez-vous dire, Barco ?
Je veux dire, répondit-celui-ci, qu'au moment où vous êtes entré, je lisais à ces messieurs une lettre de Nicolas Datry, celui qui nous amène les armes d'.\ngleterre, dans laquelle il nous ininforme que l'homme qu'on lui a donné pour guide ne lui inspire aucune confiance, que souvent il disparait dans la journée sans pouvoir donner une explication de l'emploi de son temps. Qu'en conséquence, ils ne partiront pas ce soir, mais qu'ils attendront un ordre nouveau.
— Quel est cet homme*?
— Un nommé Jacques Friquet.
— Friquet.
— 'Vous le connaissez? ^ —Trop bien ! cet homme est un traître ; il nous
a vendus.
Les trois hommes se levèrent.
— Vous êtes sûr?
— Non! je ne sais rien, mais je sais ce que vaut le misérable. J'avais édifié M. Georges sur son compte; pourquoi se sert-on encore de tels hommes?
— Rien n'est perdu, dit Barco ; messieurs, vous allez monter à cheval et prévenir nos hommes, qui se disperseront... puisque le convoi ne vient pas aujourd'hui.
— Mais, dit le marquis d'EtouilIec, il faut au plus tôt qu'on s'occupe de ce Friquet.
— Vous avez raison, fit Cervenon.
— 11 faudrait un homme si\r et dévoué, dit Barco, on le mettrait à ses trousses.
— Vous avez mieu-x que ça dans vos hommes !
— Que voulez-vous dire?
— Vous avez avec vous celui qui vous eu débarrassera à tout jamais.
— Qui est-ce?
— Bizot.
— Allons donc, fit Barco enhaussantlesépanles; nn l)on garçon qui fait ce qu'on veut, hors se servir de son fusil.
— Ne vous occupez pas de cela.
-^ Vous êtes bon de prendre cela légèrement, vous ; savez-vous ce qu'il a fait au dernier combat? il regardait ce qui se passait, son fusil entre les jambes; un des nôtres manque deux fois un soldat, il se lève, prend son fusil et en l'épaulant lui dit :
— Mon gars, pour viser juste il faut épauler solidement, le coude un peu levé, la tète inclinée, comme ça... vous visez l'homme au front... pal, voilà." '
Le bleu sur lequel il avait visé était tombé. 11 tendit le fusil au gars en lui disant :
« J'ai tiré pour vous, vous savez, parce que moi j'aime bien ces gens-là. « Quelle confiance voulez-vous que j'aie en un pareil fou?'...
— Je sais le motif de cette folie!... et j'insiste pour que \ous suiviez mon avis... Bizot est l'homme qu'il laut... j'en réponds comme de moi...
— Alors, c'est différent, dit Barco, et appelant, il cria: Bizot.
De dessous un établi sortit le grand garçon que nous connaissons.
Bizot était bien changé, à son avantage cependant. La douleur avait d'abord creusé et pâli ses joues, puis le calme était revenu, et la face, en se refaisant, s'était plus purement modelée. Le front seul était traversé d'un pli, révélateur d'une idée tenace : la vengeance.
Depuis le jour où, malgré lui, il avait assisté au supplice de M. Trumeau et où il avait appris ainsi le coup cruel qui avait frappé en même temps tous ceux qu'il aimait, Bizot avait voulu savoir.
Il s'était procuré toutes les pièces judiciaires et il avait immédiatement trouvé la vérité.
11 avait alors écrit au préfet de police C. Dubois... Mais sa lettre anonyme avait été jetée au feu et la chose avait été jugée. Convaincu qu'il n'avait plus rien à attendre de la justice des hommes, qu'il n'avait à espérer que de lui-même, il attendait l'heure dans les rangs mêmes où il était sûr de trouver un jour son ennemi.
A l'appel du chef, Bizot s'était levé. En voyant Cerv^enon, il lui serra silencieusement la main.
— Que voulez-vous? demanda- t-il à Barco.
— Bizot, nous avons besoin de votre adresse.
— Je suis prêt.
— La mission dont nous allons vous charger est périlleuse, chfficile, et demande beaucoup de volonté et d'adresse. J'hésitais à vous la confier, car les rapports constatent que vous n'êtes pas dans les combatsun des plus terribles adversaires de nos ennemis...
— Je l'ai dit avant de me mettre avec vous, je
ne tirerai jamais sur runitorme que j'ai porté. . . je sauve les blessés, j'enlève les morts, je fais ce que je peux... Si la mission que tous me confiez a pour but de combattre les armes à la main ceux que vous appelez les bleus, je la refuse ; si, au contraire, elle consiste à prévenir vos amis pour éviter un conflit, au risque d'être pendu je traverserai l'armée française et j'atteindrai le but. Cervenon prit la parole :
— Il y a trop de loyauté, le sentiment qui vous fait agir est trop noble, pour tourner jamais contre mon cher Bizot... C'est moi qui ai conseillé à Barco de vous choisir, c'est vous dire que je savais que vous ferez ce que l'on vous demandera et que vous serez heureux de le faire.
— Parlez alors !
— En deux mots voici la chose, dit Barco, il faut cette nuit vous rendre à Saint-Pol-de-Léon, là vous surveillerez un homme que l'on vous indiquera, vous le suivrez, et si vous acquerrez la conviction qu'il nous trompe il faut tuer le traître et vous emparer de ses papiers.
— Tuer ! fit Bizot pâlissant, je viens de vous dire...
Alexis Bouvier,
{La suite au prochain numéro.)
(Raproduction inWrdite.)
UNE INSTRUCTION CRIMINELLE
JULES BEAUJOIKT