PREMIERE PARTIE
Les jours qui suivirent furent tristes et pleins d'amères réflexions. Marie était lasse de la lutte qu'elle avait soutenue ; elle eût voulu plus de courage chez Lucien. Et lorsqu'elle fut seule en face de ses souvenirs, il se mêla à ses regrets un peu de pitié et à sa pitié un peu de mépris.
Notre intention est d'éviter ici des détails fatigants et qu'il est facile à tout le monde d'imaginer; mais il est quelques points à noter. Ainsi, tandis que Lucien errait désœuvré à Bruxelles, affolé par le souvenir de Marie, ceUe-ci se plongeait avec une sorte de bien-être dans le calme dont elle avait été privée pendant quelque temps. La pensée de Lucien était pour elle trop étroitement associée à celle de ses créanciers.
\.Ef^ DELASSEMENTS ILLUSTRES.
Elle trômissait à la perspective de misère ignoble qui s'était ouverte devant elle, au souvenir du -oviU're dont elle avait eifleuré le bord et presque subi le vertige.
Sa correspondance trahissait sa lassitude. Elle finit par manquer l'heure du courrier. La jalousie de Lucien s'en irrita ; mais à la lecture de ses lettres pleines de reproches, elle s'étonnait de l'enflure du style, et déjà, sans passion, trouvait l'exaltation de son amant déclamatoire et ridicule.
Près d'un mois s'était écoulé. Faut-il tout dire? elle ne soutirait plus que d'une sorte d'ennui physique, et comme dérivatif à ce malaise, elle songea au théâtre, la seule distraction qui lui fût désormais permise. Elle parvint à arracher la vieille dame Dupont à son fauteuil, et, ce qui était plus difficile, à-lui faire accepter une toilette d'un luxe contraire à ses goûts et à braver la lumière et l'atmosphère fatigante des théâtres.
Avec Lucien, autrefois, elle prenait une bai- "•noire ; mais aimahtle spectacle de la salleautant qu^ celui de la scène, et, toujours imprudente, elle entraîna sa grand'mère aux places où la conduisait son mari.
Elle ne pouvait manquer d'être remarquée par des personnes d'un monde auquel elle devait renoncer.
Elle était trop belle pour être facilement oubliée, et elle-même était trop coquette pour avoir perdu tout souvenir de ses premiers triomphes. ^
Un soir, à l'Opéra, pendant le premier ent r'acte, celui où les lorgnettes sont le plus occupées, deux jeunes gens, placés aux stalles d'orchestres, échangeaient à son sujet les propos suivants :
— C'est une gentille petite femme ; mais, ainsi que tu la vois, tu ne saurais la juger.
— Tu la connais donc?
— J'ai valsé avec elle l'an dernier, au bal de r Hôte l-de- Ville. Cela a l'air de te surprendre?... Tu sais bien que je A'ais au bal de rHôfel-de-Ville.
— Sans doute, mais cette dame ?...
— Tu la vois toi-même pour la première fois ?
— .le... ne sais... lime semble...
— C'est Mme Charles Cremésse, la femme d'un architecte en renom. ,
— Ah!...
— Vous ne voyez pas le même monde ?
— Non, et. . . je le regrette.
— Vraiment ?
— Je le regrette vivement. 11 est fâcheux que son rnari ne soit pas avec elle, tu m'aurais présenté à son mari.
— En vérité ! Je ne sais pas quelle est cette vieille dame qui l'accompagne ; qu'à celane tienne, je suis presque lié avec son mari... un excellent homme qui est arrivé un peu tard, mais qui a du talent.
— Qui est arrivé tard, dis-tu; quel âge a-t-il donc?
— Oh! déjà le mari t'intéresse à ce point?... Eh bien ! il a 1 e double de ton âge . . .
— Un homme de petite taille?
— Non, très-grand.
-Blond?
— Non; brun.
— Ah!...
Après un silence :
— Si tu étais bien aimable, tu me présenterais àMmeCremesse.
— Volontiers. Je vais aller lui demander des nouvelles de son mari, et je te présenterai.
Tous deux sortirentet montèrent aux premières loges de côté. Le premier remit à l'ouvreuse sa carte portant le nom à'Eitgène Dangla. Ce nomne rappelait à Marie que des souvenirs indifférents, elle Ht donc au visiteur un accueil des plus gracieux. Après les ccîmpliments et les banalités d'usage, ^L Dangla demanda desnoavelles de M. Cremesse.
— 11 est dans son pays natal, répondit Marie. La santé desonpèré a pris, depuis quelques mois, un caractère inquiétant, et je crains qu'il ne soit obligé de prolonger son absence longtemps encore.
— Je le regrette de toutes façons, madame, pour vous d'abord, puis pour un de mes anjis, qui désire entrer en rapport d'affaires avec votre mari. 11 m'a accompagné ce soir à l'Opéra, et si je ne craignais d'être importun, je vous demanderais la faveur de vous présenter M. de Hieul.
Mari^ ne connaissait point ce nom.
— Mais très-volontiers, monsieur, réponditelle.
Dangla sortit un instant de la loge cl revint avec
son ami.
A lavue du voisin de table du café des Variétés, Marie éprouva une commotion profonde. Elle faillit se trouver mai. De Hieul fut ffatté de l'impression trop visible qu'il produisait sur la jeune lemme. Dangla en demeura fort intrigué.
— Madame, depuis longtemps je désirais l'honneur de vous être présenté, dit hardiment M. de
Hieul.
— Je regrette vivement, monsieur, que mon mari ne soit pas à Paris.
— M. Cremesse, dit Dangla, est absent depuis plusieurs mois.
— Je l'ignorais, dit de Rieul avec un sourire.
— Et son absence, ajouta Dangla, doit se prolonger longtemps encore ; du moins c'est la crainte que madame m'exprimait à l'instant. Ainsi, mon cher de Rieul, il faut ajourner vos projets.
— Si je pouvais les ajourner, sans doute; mais si madame est assez aimable pour être mon interprète près de son mari. ..
— Je puis vous donner son adresse, monsieur. En ce moment, le rideau se leva.
— Eh bien ! permettez-moi, madame, d'aller vous la demander demain, dit de Rieul en s'inclinant et d'une voix si basse que Marie seule put l'entendre.
Sur ces mots il se retira, laissant cette dernière en proie à un trouble inexprimable.
Eh bien ! demanda Dangla à de Rieul, es-tu
content ?
LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.
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— Enchanté.
— C'est ce qu'on peut appeler une entrevue à sensations.
— Elle est touto jeune et fort timide.
— Tu crois? En tout cas, il serait ditficile de trouver nne beauté plus fine et plus mignonne. Mais, voyons, de Rieul, franchement, vous vous étiez déjà rencontrés?
— Pourquoi cela ?
— On n'est pas si surprise, si effrayée à la vue d'un inconnu présenté par un ami.
— Je n'ai remarqué ni frayeur, ni surprise, mais une extrême timidité.
— higrat !
— Tu ne saurais croire combien je te suis reconnaissant.
— IN'abuse pas, au moins. J'ai une sorte de responsabilité.
— C'est une femme ravissante!
— As-tu admiré sa main, qu'elle posait par moment sur le bord de la loge ?
— Oui; les doigts un peu courts... Je sais bien ce. que DesbaroUes en dirait...
— Il en dirait ce que disait Gavarni, parbleu ! « Les maris me font toujours rire ! >>
Le lendemain, M. de Rieul consultait le Dictionnaire des cent mille a'dresses à la lettre C, puis se rendait rue Caumartiii,àrhùtel de l'architecte.
Le concierge lui répondait :
— M. Cremesse est absent.
— Et madame?
— Madame est chez sa mère. Elle ne veut recevoir personne et m'a défendu de donner son adresse.
— L'affaire dont j'ai à entretenir ou M. ou Mme Cremesse ne souffre aucun retard. Je ne puis écrire ; d'autre part, vous devez observer votre consigne. Eh bien ! portez-lui ma carte... Voici un louis pour votre course... Je vous accompagnerai et elle vous dira si elle peut me recevoir.
Le concierge consentit ; vingt minutes après ils étaient à Montmartre.
11 était midi. Le matin, par la distribution de huit heures, Marie avait reçu une lettre de Lucien.
Cette lettre respirait une exaltation étrange.
« 11 faut en finir, écrivait Lucien. Je ne puis supporter plus longtemps l'inquiétude et la jalousie qui me torturent.
« 11 faut que mon sort soit fixé. Si tu m'aimes, je le verrai bientôt. L'épreuve sera décisive. Toimême pourras juger de la passion que tu m'inspires. Mais je ne veux point fendue davantage. Au revoir, cher amour, à bientôt. »
— De quelle épreuve veut-il parler? se demanda Marie.Que va-t-il faire ? Cette lettre folle est rem-
plie de sous-entendus mena/ants. 11 me rend la vie insupportable. Il ne me laisse pas respirer. Oh! oui, il faut en finir. Mais qu'entend-il par là? Elle lui avait répondu :
« Je ne comprends rien, mou cher, à ton exaltation. Ta lettre est pleine d'obscurités qu'il laiit attribuer sans doute aux brouillards du nord. Je ne puis que t'engager à la patience et au calme. Suis-je plus heureuse que toi ? Tu sais bien que je suistoute àtoi et à toi pour lavie. Sij'étaisveuve, tu serais mon époux. Du courage donc ! Et bientôt le bonheur nous sera rendu. »
Mais, au fond, elle ne sentait point ce qu'elle écrivait. Elle était lasse de ces tiraillements sans fin, de cette liaison sans solidité et sans avenir, et en lui parlant de son veuvage probable, elle le remettait aux calendes grecques.
11 est facile maintenant d'apprécier ses dispositions d'esprit au moment oii le concierge lui remit la carte de M. de Rieul.
Son premier mouvement fut celui d'un refus.
Non qu'elle tût blessée par une démarche si hardie, l'amour excuse toutes les audaces, et d'ailleurs son éducation ne l'avait point douée d'une délicatesse raffinée; mais elle était si pauvrement logée...
— Vous auriezpum'épargner cet ennui, dit-elle au concierge.
— J'ai refusé l'adresse de madame. Ce monsieur m'a alors prié de vous porter sa carte, en disant que l'affaire dont il a à vous parler ne souffre aucun retard. U attend la réponse.
— Oîi cela ?
— Dans sa voiture.
— Vous n'avez pas voulu lui donner mon adresse, mais vous l'avez conduit jusqu'ici. Calino ne l'avait pas inventée, celle-là. Enfin, puisqu'il attend, dites-lui d'entrer.
Nous avons bien dit pourquoi elle hésitait à recevoir M. de Rieul, mais pourquoi elle consentait à le recevoir ce serait plus dilficile.
La femme de ménage (seule domestique au service de la dame Dupont et de sa fille) fut ouvrir la porte à M. de Rieul et l'introduisit dans un petit salon, où Mme Cremesse ne tarda point à la rejoindre.
Déjà l'aspect de la maison avait suggéré de singulières réflexions à M. de Rieul, celui de la pièce de réception compléta ses renseignements. '
Une jeune femme riche, coquette, rencontrée avec un amant dans un café, pendant un voyage de son mari dont l'absence se prolonge près d'un an, cette jeune femme fuyant le monde et vivant cachée chez sa mère pauvre... n'était-ce pas une femme abandonnée ou séparée ?
Ces observations le désenchantèrent.
Mme Cremesse n'appartenait m au monde, ni au demi-monde.
C'était une femme tombée et déclassée.
11 avait espéré mieux ; le contact de la misère, dont il était entouré, le glaçait.
Marie, qui pressentait ce sentiment, crut devoir y répondre.
LES DELAS8EMEJMTS ILLUSTRES.
— Je regrette, monsieur, dit-elle, de n'avoir pu \tius recevoir chez moi. Depuis le départ de mon !iari, je suis revenue près de ma grand'mt>re, I ien loin de Paris, comme vous vous en cMes aperçu.
— Vos amis, madame, peuvent se plaindre de Kl retraite oii vous vivez.
— Je compte très-peu d'amis, monsieur. Mon mari et moi vivons assez retirés. Il.'est vrai aussi i;ue dans le monde on donne le titre d'amis à de M mplesconnaissancesavec lesquelleson n'a aucune intimité, M. Dangla, par exemple.
— M. Dangla, madame, m'a dit de vous et de votre mari le plus grand bien. En cela, il était 'leureusement inspiré, car, bien que je ne vous ■ onnusse que de vue, il m'aurait péniblement Iroissé en me parlant autrement. Mais M. Dangla I st de ceux qui ont remarqué votre absence chez vos amis communs. Combien d'autres s'en seront ■.perçus et peut-être en auront soulTert ! Il est des personnes dont la présence répand à leur insu un I harme autour d'elles. .Aussi n'est-ilpas douteux, madame, que votre réapparition hier à l'Opéra n'ait causé un plaisir très- vif à quelqu'un qui s'ét;ùt habitué à une adoration discrète.
— Vous êtes liien aimable, monsieur. Le monde iiarisien est trop brillant pour qu'une femme lOmme moi y soit remarquée. Et le lùt-elle, — vous le savez bien, monsieur, — on ne se gênerait pas beaucoup pour le lui dire.
— En admettant toutefois qu'il fût facile de lui [•arler ?
— Les difficultés mêmes ont leur attrait, et il n'en est guère d'insurmontables. 11 y aurait une -orte de coquetterie à les multiplier. Mais, s'il vous plaît, monsieur, parlez-moi du but de votre visite. Vous avez, dites-vous, à m'entretenir d'une atfaire importante ?
— Oui, madame. Et si la langue des affaires ne vous effraie point...
— Elle m'est peu familière, je J'avoue, mais avec de la bonne volonté...
— J'ai acheté près de Sèvres une ancienne propriété d'une étendue assez considérable, mais dont les constructions délabrées devraient être en grande partie reconstruiteset les autres modifiées selon le style des premières. Le site me plaît beaucoup, à dix minutes de Paris; on s'y trouve à la campagne. Et puisqu'on ne peut avoir un parc, un jardin, des eaux vives au bord du boulevard, on doit s'estimer heureux de ne pas être obligé de prendre le chemin de fer pour jouir de ces avantages. Je vous avouerai que m'éloignerde Paris me serait pénible. Je ne suis pas marié, je suis seul, je me sens peu de goût pour le mariage, et cependant je n'aime pas la solitude. J'avais formé à ce sujet, il y a quelques mois, les plus beaux projets,et dans descirconstancesquivou:» sembleraient bien étranges, si vous me permettiez de vous les raconter.
— Je vous écoute, monsieur, répondit Marie avec intérêt.
— An < ommencement de cet hiver, j'avais pris
l'habitude, en sortant du théâtre, d'aller souper au calé dos Variétés... Au dessert, je bâtissais des châteaux en Espagne...
Marie tut en proie à un malaise visible.
— Presque chaque soir, poursuivit M. de Rieul, à une table voisine, s'asseyaient deux jeunes mariés ou deux amants, et, tout en bâtissant mes châteaux, je me laissais aller â admirer l'une et à envier l'autre. Je coïnmenrai à me trouver trop seul, et cependant, vous l'avouerai-je, madame, je n'aurais pu me résoudre à faire mettre deux couverts à ma table ; non, silencieux, à l'écart, je me trouvais presque ainsi le convive de ma belle voisine. Je ne vous dirai rien, madame, de la rare et exquise beauté de cette jeune femme...
Marie, de pourpre qu'elle était, devint pâle comme une morte.
— Mais je vous dirai que je me désolai en songeant qu'aucune femme ne pourrait me la faire oubher. Alors, adieu à mes châteaux... à quoibon des merveilles d'art et de luxe quand on est seul ? Oue devenirsous les ombrages de mon parc ?... un petit appartement rue Lalfitte me suflîrait.
— Mais, c'est tout un roman, fit Marie avec un sourire contraint.
— Le commencement de cette histoire vous paraît romanesque; la suite l'est bien davantage... La jeune femme dont, sans m'en douter, jem'étais épris, ne vint plus au café comme d'habitude. Quelles tristes soirées j e passai ! ... Je courus toutes les maisons de soupers, mais en vain. Je tombai dans une tristesse profonde. Je désespérais de revoir celle qui m'avait inspiré une passion à la fois si vive et si discrète, lorsqu'hier je la revis...
Il arrêta son regard sur Marie.
— Ah ! murmura celle-ci, vous l'avez revue?
— A l'Opéra. Etait-ce elle? Etait-ce son Sosie? Mais non, ni les yeux, ni le cœur ne sauraient se trompera ce point... C'était bien elle... Cette fois, elle était seule...
— Et vous avez résolu de profiter de ce qu'elle était seule?
— Oui, je résolus de lui dire : Je suis riche, je suis libre et je vous aime. Je ne vois, je l'avoue en toute sincérité, rien d'offensant, rien d'indiscret même, à une déclaration semblable venant d'un galant homme. Et après avoir gardé sd longtemps le silence je pense avoir fait suffisamment preuve de discrétion.
— Cette dame était seule... mais elle n'étaitpas libre...
— Peut-ètre...dumoins jele supposais... Jedirai plus, je crois qu'elle est libre.
Marie se leva dans une agitation indicible.
— Non, monsieur, fit-elle, elle est mariée... mais... elle s'est séparée volontairement... de son mari. . . Elle n'a pas cessé d'esti mer son mari . . . mais elle ne l'avait jamais aimé...
— Elle est donc libre par le fait?...
— De grâce, monsieur, dit Marie en se retirant suffoquée par la honte et par l'émotion que lui avait causée cette déclaration si exphcite. — De
LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.
s;i'àce... ne prolongeons point un entretien qui uie devient pénible...
De Rieul jugea que, eu effet, il avait été assez loin dans une première entrevue.
— Puis-je du moins, madame, emporter l'espérance de vous revoir ?
Et comme elle gardait un silence qui, en pareil cas, vaut deux affirmations, il se garda bien d'insister ; il s'inclina, effleura du bout des lèvres la main de Marie, et se retira.
« Pomme entuuiée, pomme mangée, » a dit Mme de Staël.
— C'est ainsi, disait plus tard M. de Rieul en nous racontant ce chapitre de son histoire, que la dame des Variétés devint la dame des variations.
JULES BEAUJOINT.
{La suite au prochain numiro.)
Reproduction autorisée pour les journaux qui ont traité avec la Société des Gens de lettres.
L'AMOUR EN PARTIE DOUBLE
RÉGINE ET GENOFSA
C D'AMEZEUIL
(voir à l'ARTIR DU N° loS)
LES DÉBUTS D'LNE CHAINTEUSE D1 PRIALi C.\RT£LLO.
{suite)
Tels étaient les lambeaux de phrases qui se croisaient en tous sens sur l'asphalte du boulevard, de la rue Scribe à la rue Montmartre, le lendemain du jour oii la diva Marie Sorbier avait fait ses débuts sur la scène de l'Académie Impériale de musique.
En raison du mystère qui entourait les antécédents et même la personne de la diva, ces débuts avaient en quelque sorte causé une révolution sans précédent dans les fastes de l'histoire de l'Opéra. On s'en était vivement ému au foyer du chant, et le foyer de la danse, lui-même, n'était pas resté sans ressentir le contre-coup du grave événement qui venait de s'accomplir.
Grande avait été la stupéfaction des abonnés et du public en voyant et en entendant la débutante, etmalgré l'espèce de prévention qui régnait contre cette inconnue qui osait ainsi s'imposer, le