AV BORD DE L ARMAMÇON
La Bourgogne est une terre privilégiée parmi celles du pays de France, mais entre les localités les plus favorisées encore de cette province, il faut certainement compter les bors de l'Armançon.
C'était là, assez près de Dijon, que s'élevait, en 1 665, une résidence nobiliaire, qui, du haut de son coteau, dominait un beau village, sur lequel elle avait droit de seigneurie. Joignant l'enceinte de son parc, il existait une métairie, d'une apparence non moins aristocratique, et dont les hôtes ne devaient pas être de vulgaires paysans.
C'était l'apanage d'une digne ethonorée femme, veuve depuis longtemps déjà, et mère d'une adorable fille d'une vingtaine d'années. La mère s'appelait Marioa et la fille Charlotte,
A celui qui donnait un coup d'oeil rapide et lointain sur ce paysagfi, tout indiquait que là se trouvaient réunis le luxe, la fortune et le bonheur : n'est-on pas heureux au sein de la richesse ? — Mais un observateur moins superficiel eût été frappé de certaines particularités anormales, par lesquelles cette résidence se distinguait de toutes celles placées dans les mêmes conditions de localité et de climat.
Il régnait une sorte'de ligne de démarcation entre le village et le domaine; non par cette distance qui existe entre le maître et le serviteur, entre le supérieur et le subordonné. C'était quelque chose de plus ri2:ide, de plus absolu, de plus Iroid. Les gens du château, peu nombreux, eu égard à son importance, ne descendaient au village que pour les besoins du service, et les villageois n'étaient jamais admis au château. Un régisseur réglait les affaires entre leur seigneur et eux ; celui-ci daignait parfois, aux grandes époques de l'année, se montrer au banc d'honneur de l'église.
C'était tout. U vivait confiné dans les limittsde ses domaines, sans fréquentation d'aucune sorte avec les châtelains du voisinage.
Lesanciensdu pays disaientcependantqu'iln'eu avait pas toujours été de même ; ils se rappelaient 1 avoir vu dans sa jeunesse se mêler à leurs fêtes, visiter leur foyer, s'entretenirfamilièrement avec eux. Puis un jour tout cela avait changé. A la suite d'un voyage à la cour, on il passait chaque année quelques mois, il était revenu sombre, taciturne, et avait commencé celte existence isolée etmisanthropiqne.
La métairie offrait de même un aspect de recueillement, de discrétion au moins bizarre. On n'y admettait que des serviteurs éprouvés. Dame Marion, qui était la meilleure nature qu'on pût rencontrer, les dirigeait de haut cependant, en châtelaine plutôt qu'en fermière, ce qui évitait des rapports trop familiers entre eux et elle, et ils éprouvaient à son égard un respect mêlé de cette espèce de superstition qui planait sur tout le domaine.
Sauf quelques redevances facultatives, en fruits et en produits, à l'égard du château, elle disposait pleinement des revenus de l'exploitation, qui ne laissaient pas d'être considérables. De là l'aisance où elle vivait, et la jouissance d'un pavillon séparé de la ferme proprement dite, où elle se tenait avec sa fille.
Ce cottage possédait, au rez-de-chaussée, élevé de quelques marches au-dessus du sol, une salle commune, où la mère et la fille faisaient la veillée, tous les soirs, quelquefois seules, mais plus souvent en compagnie d'une troisième personne, dont la présence avait le privilège d'amener sur les traits de la métayère un doux contentement, et dans les regards bleus de Charlotte une joie qui ne cherchait pas à se cacher.
Ce visiteur était un jeune gentilhomme qui avait reçu une éducation parfaite. 11 était musicien distingué, il se servait habilement de la guitare, sur laquelle il accompagnait sa voix d'un
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timbre doux et tlexihle. Il avait iiiitiô Charlotte à ce talent, et dansleiu's veillt'es ils i harmaient ensemble les heures par un lonceit qui n'était pas sans mérite.
Un soir qu'on l'attendait sans doute, et qu'il ne venait pas, la conversation lansîuissait. Dame Marion filait sa quenouille, et Charlotte s'occupait de son fricot, absorbée dans ses réflexions. Un soupir involontaire, exhalé par ses lèvres, vint se mêler au ronron du fuseau, et attira l'attention de la fileuse.
Elle dirigea doucement son regard sur elle, et devint presque aussi songeuse qu'elle-même en la voyant ainsi pensive. Mais rejetant bientôt cette impression :
— Charlotte ! appeia-t-elle doucement.
— Ma mère ! ... fit la jeune fdle en tressaillant, comme si elle eût craint de voir surprendre le secret de ses méditations.
— A quoi penses-tu donc ?
— Moi .''.., mais à rien, ma mère.
— Pas même à Henri ? fit-elle avec un sourire qui dissimulait une arrière- pensée grave.
Charlotte rougit, mais elle ne savait pasnien- ' tir:
— On ne peut rien te cacher, répondit-elle. Puis, elle ajouta aussitôt :
— IN'as-tu point remarqué, bonne mère, le changement qui s'opère eu lui depuis quelqne temps?...
Ce fut la fileuse qui soupira alors, et qui dissimula son embarras en alfectant d'imprimer une impulsion plus vive à son fuseau.
— Hélas !... murmura-t-elle.
— Oui, n'est-ce pas, insista Charlotte, il perd son insouciance, sa gaieté... il semble atteint d'un mal intime, poursuivi d'une idée lixe... d'un chagrin peut-être !...
Klle prononça ces derniers mots d'un accent si pénétré, que sa mère répondit en baissant la voix :
— Le pauvre enfant, c'est qu'il sent sa position!...
— Que veux-tu dire?...
— Silence !...
La porte s'ouvrit, sans que le nouvel arrivant prit la peine de frapper ; il était de la maison, et sa présence fit tout d'abord disparaître les préoccupations sous une satisfaction sincère.
C'était un grand et beau jeune homme, de. quelques années plus âgé que Charlotte. Ses cheveux noirs allaient à merveille à son teint un peu foncé. Une grâce, une distinction suprêmes régnaient dans sa personne. Son regard caressant et aifable était empreint d'une ardeur qui pouvait s'allumer jusqu'à l'éclair. Ses mains offraient les signes ae l'origine aristocratique qui brillait dans ses moindres gestes. Sous les contuurs harmonieux de son front, il y avait l'élévation du génie et la bienveillance la plus tendre.
Une recherche minutieuse dans son costume et dans sou linge indiquait le goût inué du luxe et de ladignilé de soi-nième, car cette recherche était
sans affectation; ce n'était p'is un geiU'C, c'^,t(jy)| un besoin.
Cependant, au milieu du plaisir répandu sur ses traits en cet instant, ils n'étaieul pas exempts d'un reflet de mélancolie, qui les voilait eu leur prêtant un charme de plus.
On ne se dérangea pas pour le recevoir, c'était chose convenue de longue date. Il alla déposer un baiser sur le front de la fileuse, et revint eu placer un, plus long, il faut le dire, sur la joue pur|iiirine que lui tandit la jeune fille. J
— Bonjour, nourrice ; lionjour, sœur Charlotte, ■ I dit-il.
l'A il prit place sur un fauteuil, qui l'attendaii entre elles deux.
— Vous venez tard, monseigneur, lui dit la jeune fille avec un aimable reproche.
— Certes, il n'a. pas tenu à moi de venir plus tôt!... Un fatigant entretien avec mon gouverneur... une interminable homélie de notre aumônier sur l'humilité chrétienne, la béatitude d'une vie solitaire... Ah! j'en bâille encore... L'humilité, la solitude !...ils ne sortent pas de là !
il secoua vivement sa tête expressive, et reprit d'un ton résolu :
— .V'ère nourrice, mon gouverneur, auquel j'ai demandé pourquoi ce thème perpétuel, a refusé de s'expliquer... mais je ne suis pas dupe de l'existence qu'on m'impose, et j'y mettrai tant de persistance que j'en aurai le mot !...
— Mon cher enfant, monseigneur!... implora dame Marion; bannissez ces désirs !... N'êles-vous pas heureux?...
— Heureux?... répéta-t-il en regardant Chai;^lolte, dont le teint blond s'empourpra du coloris de la cerise, — oui, je pourrais l'être ! ... ' .
— Que vous manque-t-il ? quel gentilhomme de votre âge peut se flatter de voir ses moindres souhaits remplis aussi vite, aussi couipléfement?...
Un sourire amer vint errer sur ses lèvres, il prit avec effusion la main de la fileuse, et d'un ton vibraiit, dont il avait le secret, et qui pénétrait au fond de l'âme :
— Nourrice, tu essayes en vain de me donner le change; tu m'aimes trop pour croire tei-même à tes paroles ; tu sais bien que le bonheur n'est pas dans ces satislactions et ces superfluités. Cesse donc de me traiter en enfant, laisse cela à mon gouverneur, à mon aumônier; parle-moi comme à uu homme. .. Apprends-moi ce que tu sais sur moimême; c'est le seul moyen, crois-le, de calmer cette- anxiété fiévreuse qui me dévore, et qui s'allume à mesure que je prends de l'âge et que le raisonnement s'opère en mou esprit...
La nourrice hésitait ; Charlotte joignit ses instances aux siennes :
— bonne mère, dit-elle,.vois comme il est malheureux!...
— Vous le voulez l'un et l'autre?...
— Nous t'en supphons.'
—Ce que je sais se réduit à bien peu, et cepeu-
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.daijitj jl,;^(p senijile qii« je ierais mieux de me taire... Soit, je parlerai!
.■•,-■ W.y.¥ ni'.tiique qhose conime viiigl-cinq ans, j'étais mariée depuis deux ans environ; no^s occupions, njon mari et .flaoi, -celte cjoserie, etje iV.>Mri'Jf>S!C^if. .une petite fille que ïe bçn Dieu m'a reprise depuis, et qui serait la sœur aînt'e de pijarlolte. JUa jour, notre seigneur, qui était parti pour la cour, revint, t,out à Timproviste au château. , ,,,,1, ,,,.,,; ,
Il était en oompagi)ie,àVwefeni»)e, qui portail sous sa niante un objetenveloppé avec soin. Celle temme, vous l'avez connue, monseignenr, c'était votre gouvernante, dame Péronne, qui est morte .\ peu près comme ninn pauvre mari, quand vous aviez déjà vps,i&]ix.„anSj et Charlotte environ un au. iî 1 • ■ , ^
Ce qu'elle porjlaJt ainsi, c'était un enfant, c'était vous. Un yrai chérubin!... Notre seigneur l'amena tqut droit ici et nous dit, à mon mari et à moi : « Mes amis, voici un nourrisson, je vous le confie ; mademoiselle — et il désigna dame Péronne — deN^ieutla gouvernante du château et la surveillante de cet entant. Soignez-le comme s'il .était vôtre etje vous rendrai riches. » .^: JNqus promimes de grand cœur, car le pauvre '^petit nous intéressait xiéjà; alors noire seigneur reprit : « C'est un fils de grande dame dont il importe de dérober la naissance à des yeux jaloux. Sur votre foi de chrétiens, ne révélez donc jamais, lùi-.e eu.Punfession, un i?)ot de tout ceci m sur ce (pie vous pourriez qucore apprendre. »
Ici .Marion s'arrêta ; mais ni sa fille ni le jeune honime n.e prenant la parole, elle poursuivit :
— De ce jour commença, pour notre seigneur fitpo.nr nous, nntf e:^iMen(;e ri|OuveUe, enveloppée
■({jjHii^e prudtince, ,^'|ij.n^.j4)îi^fetioii qui n'ont pas été interrompues.
— bt dans mon enfance, démanda Henri avec un elfort, ;,jj^n, de propre à mettre sur la trace de moîi,Qrjgine? Pas un signe de vie de mes parents? , . ., ,
— Si fait : vers la fin de la deu.xième année, un soir ,(i'autl)mne, damtj. Péronrie, votre gouvernante, an\ena' i'cil'côrkimë bar hasard, une
;,aanie... , j
— Oui, n'est-ce pas, celle que je revis quelques années ensuite, également par une soirée brumeuse,, et dont les traits sont demeurés inscrits
j, ji^ans mçi ménioire ?
— Elle-même, monseigneur. Seulement, la seeoij.de fois, ce ne fut pas dame Péronne, mais notre maître qui la conduisait. Dame Péronne
jjye.nait de mourir, et j'ai toujours pensé que c'é- * \J;jiit pour voir s'il était nécessaire d'aviser à son 'remplacement que la dame était venue.
Charlotte cou lemplait avec émotion les spasmes ^.qui traversaient la physionomie de son frère de lait pendant toutes ces explications. Il était à la ,tûi;ture en écoutant, et pourtant il exigeait que la ■ i jiourrice parlât. C'était comme mi fer que Ton retournait dans la plaie de son âme, et il éprouvait à ce supplice .une satisfaction âpre et cuisante.
— Parle-moi de celte dame, dit-il en cachant son visage sous ses mains pour dérober ses angoisses, ie veux cojinaître les moindres détailf de sa personne et de ses visites.
La nourrice poussa un gros soupir. Elle ne soutirait guère moins que lui, mais elle n'eut pas le courage de lui refuser cette confidence :
— C'était une personne tort belle encore, quoiqu'elle eût passé la première jeunesse. Elle portait un costume entièrement noir, qui ajoutait à l'air imposant de sa personne. Notre seigneur et dame Péronne ne lui adressaient jamais la parole les premiers, et quand ils lui répondaient c'était avec une humilité que je ne leur ai jamais vue pour qui que ce soit. Chaque fois, elle se fit donc présenter l'enfant, elle considéra avec une attention qui n'était pa.s d'une étrangère. On voyait, lien qu'à la manière de le regarder, qu'il se passait en elle quelque chose qu'elle n'osait pas laisser voir. A la première comme à la seconde de ses visites, elle vous embrassa sur les deux joue^, et je crus voir ses yeux s'empHr de larmes, mais aussilôl ceux qui l'accompagnaient l'entraînaient. A chaque visite aussi, je reçus pour vous des dragées et pour moi de superbes cadeaux.
La nourrice suspendit encore une fois son récit. Le jeune homme murmura à mi-voix, se parlaut à lui-même :
— Oui, son dernier baiser, je le sens encore !.. . son regard humide, je Tai présent comme si c'était hier!...
— Ce qui me frappa le plus à la suite de cette seconde apparition, reprit la nourrice, c'est que notre maître., qui jusqu'alors vous appelait son fils, ou vous désignait par votre nom de Henri, commença à vous dire monseigneur, et ordonna cà chacun de ne plus se servir d'un titre iniérdiejiir vis-à-vis de vous. ■ '
Le jeune homme, plongé dans une rêverie protonde, n'avait pas même sntendu celte expliaition, et interrompant Marion :
— Manière!... s'écria-t-il, c'était, ce ne pouvait être que ma mère !...
Mais il s'aperçut que cette interjection causait à sa nourrice une'tiistesse insurmontable, et par un élan non moins spontané ■
— Toi aussi, Marion !... toi aussi, reprit-il, tu es ma mère, etplus qu'elle ma vraie mère 1... car l'autre n'a rien fait pour moi...
— Du moins, elle n'a pas reparu.
— Pas reparu, dequis vingt ans !... Ah ! nourrice, j'étais un ingrat; tu vois bien que ma seule mère, c'est loi!... Mais ce mystère?...
— Mon cher entant! monseigneur, si yous croyez à ma tendresse, ne cherchez pas à en savoir plus... il y a au fond de moi une voix qui me dit que ce serait votre malheur d'abord... et peutêtre celui des personnes qui vous aiment. : i
Octave I-^ëké.
{La suite au prochain numéro.)
Reptoduotiou interdite, i^^-i
'îsy
LIS DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS
ALEXIS BOUVIER
BLxacs BT PLKLS {suile).
Presque aussitôt débouclia par le pont une compagnie de soldats; dès qu elle lut engagée sur 1« pont, Picot cria :
— Oh ! les gars !
Comme si la terre tremblait, tous les genêts s'embrasèrent, une fusillade terrible qui tapait en pleine masse éclata dans les balliers, et plus de vingt hommes tombèrent.
Le choc avait été si inattendu, que tous les soldats roulèrent en ramassant leurs blessés et leurs
morts. •,,.,• •
Voulant profiter de cette minute d hésitation. Picot sauta du côté du bois et cria :
— Debout ! les gars, aux bleus.' aux bleus !
— Aux bleus! répondirent en s élançant tous les blancs cachés dans le bois.
Le capitaine qui commandait les bleus, ne se rendant pas compte du nombre des gens qui l'attaquaient, battait en retraite ; trop à découvert sur le pont, il se retirait en bon ordre vers les vignes. Lee blancs étaient maîtres de la situation. Tout à coup, la maison de Coulard s'ouvrit. A cette ienètre parurent des canons de fusils.
De l'autre côté, la compagnie, revenue de son alerte, faisait tête et répondait au feu. Cervenon ^^t le danger : toute la bande de Picot, engagée sur le pont, allait être prise entre deux feux.
11 courut aux roches, et cria :
En avant, debout, les gars !... 11 nous faut la maison !
Les gars cachés dans les rochers se levèrent, et, suivant Cervenon et Bizot, se précipitèrent, en criant :
— En avant !
La mêlée devint générale. C'était un combat terrible oh l'on tirait presque à bout portant.
Trois fois la bande de Cervenon se lança à l'assaut de la maison, trois fois elle fut repoussée.
U fallait se hâter, les bleus avaient vu la faiblesse numérique de leurs adversaires... ils s'étaient réorganisés, et chaque décharge couchait à terre les Bretons.
Picot et Cersenon se consultaient pour combiner une nouvelle attaque, lorsqu'un gars, tout suant et tout couvert de poussière, accourut vers «ux fl!t dit à Picot :
— Toute la route de Lesneven est couverte de bleus.
— Nous sommes trahis, dit Picot. La gauche est-elle occupée?
— Non ; on peut se sauver par les bois. —Bien. Oh ! les gars ! demanda- t-il tout haut,
il n'y a plus personne à Gœlon.
— Non, répondit-on, cette nuit nous avons enlevé les femmes et les enfants.
— Alors, nous allons faire cuire les bleus.
— Oui, oui, répondit-on.
— Allons, les gars, il faut traverser le village, passer au travers des bleus. Etes-vous décidés?
— Oui, oui!
— En avant donc. Dieu et le roi !
Aussitôt, les bleus se formèrent sur deux lignes, au milieu desquelles se placèrent des gars qui portaient de la paille et du sarment.
Les bleus de l'autre côté de l'eau et ceux de la maison de Coulard les observaient, cherchant à deviner ce qu'ils allaient faire.
Picot commanda :
— A la maison de Coulard, d'abord.
Aussitôt, la ligne des tirailleurs commença le feu
pour débusquer les soldats qui occupaient les fenêtres, tandis qu'abrités derrière leurs bottes de paille, les gars arrivaient jusqu'au pied de la masure.
Bientôt un immense nuage de fumée enveloppa la maison.
Les soldats sautèrent par les fenêtres ; chaque fois qu'un malheureux sautait, dix coups de fusil retentissaient.
Bizot, qui jusqu'alors s'était peu mêlée à 1 action, prit dix hommes avec lui en disant :
— Du côté du village, il faut leur défendre l'entrée, afin de pouvoir se rabattre par là quand leur renfort va arriver.
— C'est vrai. Allez, Bizot!
Les Bretons étaient sur deux Ugnes, répondant à droite et à gauche et se reculant du côté de la mer, emportant leurs morts et leurs blessés.
Bizot, avec ses dix hommes, se plaça dans l'angle de la maison et fit commencer le feu.
D'autres gars avaient mis le feu aux quatre maisons du milieu du village, et déjà un long panache de fumée obscurcissait l'air.
Le tambour retentit : c'étaient les deux bataillons qui arrivaient à marche forcée de Lesneven. Le commandant du corps massait ses troupes afin d'entourer le village.
Picot vit le mouvement ; il fit cesser le feu...
Tous les gars vinrent autour de lui...
— Laissons l'incendie finir le combat... dit-il, dispersez-vous par la route de Roscoff, avant une heure nous serons entourés.
Les gars obéirent.
Picot et Cervenon étaient restés seuls... Cervenon dit :
— 11 est là-bas qui défend l'entrée du village.
— C'est de l'héroïsme inutile, nos gars n'ont pas besoin de ça pour échapper.
Il siffla deux' fois et les gars revinrent...
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— Dispersez-vous, leur dit- il, par le côté de Roscoff.
Les gars coururent...
— Eh bien ! et Bizot, il ne vient pas ?
Ils regardèrent et virent Bizot qui, sans souci des balles qui sifflaient, marchait le corps baissé comme s'il suivait une piste.
Quand il passa devant eux. Picot lui demanda :
— Qu'avez-vous donc?
— Suivez-moi, vous le saurez... tenez...
— Et il étendit le bras, montrant une masse à peine visible dans la fumée.