V.llt
La situation était cruelle :
Gardé à vue par les biens jusqu'à l'henre du combat, il ne pouvait partir; puis, il ne devajt recevoir le prix de sa trahison qu'alors qu'elle aurait profilé aux soldats de la l^quiblique. Si Its ai niée": républicaines étaient vaincues, il tombait dans les mains des Chouans, et se trouvait ainsi exposé aux plus cruels traitements. La justice des bleus était sommaire : une corde et une branche d'arbre.
Friquet voyaRt tout cela tourbillonner dans si m cerveau : pour la première fois de sa vie, il avait peur.
Son passé odieux était oublié, sa vie tout entière était dans le présent, c'est-à-dire dans la probabilité d'être la victime des ^ens qu'il avait servis.
Si les troupes républicaines victorieuses finissaient dans le fiuet-apens organisé par lui la guerre vendéenne, il n'en récoltait aucun bénéfice. Au contraire, en butleau mépris de ceux qu'il avait servis, il n'était pas sur de reconquérir son indépendance et sa liberté.
Friquet pensait, lorsqu'un des surveillants cria :
— Ou'est-ce que c'est que ça ?
11 releva la tête; la tiimée entrait par toutes les fenêtres, et les flammes léchaient les murs.
Les Bretons, voyant l'incendie, oublièrent leur prisonnier pour penser à eux-mêmes.
Un cri, au reste, reteutil :
— Sauve qui pyut !
Immédiatement ils abandonnèrent leur poste.
Seul daus la salle eniumée, Friquet |:>rit sa télé entre ses mains, comme s'il voulait contenir les idées qui remuaient son cerveau :
Rester, c'était la mort par l'asphyxie.
C'était la probabilité de tomber entre les mains des Vendéens, éclairés sur son compte... la mort enfin.
Se sauver, c'était courir le risque de se faire li'Qaer le oiàne par une balle républicaine.
Friquet n'hésita pas; U enjamba la fenêtre et sauta dans un champ ; là il rampa dans les blés et;se trouva bientôt assez loin de la mêlée pour pouvoir se relever sans danger.
Jl courut jusqu'au village incendié.
C'est .1 ce moment que Bizot l'aperçut.
Friquet, se voyant poursuivi par trois hommes, crut que les iTeiis chargés de le surveiliei"^ l'ayant yu s'échapper, le pioursuivaient.
Tout eu couiant, il cherchait les moyens, au cas où il serait pris, de les persuader qu'ils avaient avantage à le laisser fuir.
11 courait... mais les hommes qui le suivaient . gagnèrent du terrain sur lui.
U voyait les premières maisons de Roscoff," s'il pouvait gagner la mer il était sauvé, car Coulard devait l'attendre et le conduire à bord du bateau anglais.
Jl courait, mais les trois hommes gagnaient sur lui, ceat mètres au plus les séparaient.
Dans quelques minutes il allait êti-e atteint! Que faire?
Fiiquet était en sueur, il sentait la force l'abaiulonner, la lutte et la fuite devenaient impossibles.
Prenant un parti héroïque, il s'arrêta, se retourna, croisa les bras et attendit.
C'est Bizot qui l'atteignit... en le reconnaissani, Friquet devint blême.
Friquet était décidé, il était prêt à tout, il voyait le danger en face. Trois hommes couraient sur lui, il s'était retourné, se disant :
— Eh bien! quoi, après tout, ils ne sont que trois !
Mais, en voyant Bizot, tout son courage disparut. Bième, les yeux sortis de l'orbite, les dents serrées, il reculait comme devant une apparition.
D'un bond, l'ancien soldat l'atteignit, ses deux mains saisirent au col le misérable... Celui-ci, ^ inerte, sans force, ne lésista pas. Cerveiion et Picot avaient rejoint leur compagnon.
— Lmiuenons-le, dit Picot, et posant sa mnin sur l'ét.aule de Friquet, il l'entraîna vers le bor^l de la mer.
D'un côté Bizot, de l'autre Picot, derrière Cerveiion tenant en main deux pistolets tout armés, il n'y avait plus d'espoir de fuite.
Friquet avait reconnu Picot, et il avait compris; il avait reconnu Bizot, il comprenait encore... Mais quel était ce troisième individu qui le suivait et qui semblait avoir contre lui une haine égale à Celle des deux premiers.
Il n'osait se retourner pour regarder l'homme, craignant que sou mouvement, mal interpréié, n'amenât immédiatement de mortelles représailles.
En quelques minutes, les trois Vendéens et leur prisonnier arrivèrent à Roscoff.
Roscolf était un tout petit port de pêcheurs, une ruelle qui longeait le mur était toute la yiWe.
Les quatre hommes prirent la droite 4e, p^jfe rue ; c'est Picot qui les guidait, disant :
— Nous allons à Saiqte-rP^be. Là, nous serons
seuls.
Friquet était inquiet : quel but secret le chet chouan se proposait-il d'atteindre? U croyait Bizot j<'norant de sa complicité dans le crime de la place S°ainl-Michel, il s'expliquait sa présence parmi les Chouaus par la vengeance qu'il voulait tirer d'i n o-ouvernement qui l'avait illégalement empiisonné. Donc il n'avait à craindre de Bizot que J des reproches sans valeur, des injures peut-êtil' ; ^ mais U était habitué aux injures.
Alexis Bouvier.
(La fin au prochain numéro.)
(Reproduction interdite.)
LES DEL.V$t?EMENTS ILLUSTRES.
UiNE INSTRUCTIofcRlMINELLE
JULES BEArJOlNt
1 SJil'j Jiialii : tu ?iuo\iioi
. 'jl —
PREMIERE PAftTTE'J '' '
.)viiaii ail
XI (.ç?«'?$
.;-. ...A .1'. yt. tji.if;. /
Alors unelemme ù demi vôtue apparut, et derrière elle, pendue à sa jupe, une enfant de huit ans. C'étaient de pauvres gens. L'entant en gue+ nilles avait encore un peu de la ir;iicheuc diiè à son âge, mais la mère était maigre, hàM3...
Elle regarda avec stupeur et se recula' pas à pas, frissonnante, muette, les yeux fixés sur son mari enchainé. .;;.,, •,,•../
L'habitation se composait de trois pièce?;: un grand cellier; une grande chambre avec ïK)rl# et lenèlie sur la rue, et ([u'une alcùve fermée {lermettait d'utiliser comme chambre à coucher et comme cuisine; enfin une petite chambre avec fenêtre sur la rue, où couchait l'enfant et où la famille serrait son li-nge et ses habits de fêle.
La première pièce prenait jour, par une flamande; elle avait probablement été destinée à servir de iournU. Il y avait'une chemi^ée à large manteau et uu chaudron pour les lessiy^,lXïie quve, des hottes, des outils de jardinage;.-v;j'fv i;^ Le long des murs, des tas de débris tians norti et de légumes, dont la senteur acre vous prenait à la gorge, et une mince ;provi3iQ^ .de ,bpis. Détidémeut, Sabrieux iie s'etjL^-^ç^issa^t.pQi'ijlt^ài^iPjij.; rauder. •,,' , :.:',;., r, ;,„!,i;(.*- .■•..jx^.:;^
Ce cellier était la pièce qui, po^uï.I|ii^3tjf^ptipn, avait le plus d'importance,. ; ; i. .,i ,. ■ ■
C'était là que le prévenu déposait le produit de ses rapines ; c'était là qu'il était rentré le. soir du meurtre, ■..,,.,..,-.,,.
Au fon4^'i^p,^ .^tt^f''4*nHmP9qujet jiê jinge sale, on trçiuyM un, pantalon de toile encore iiumide et couvert de boue ; c'était Celui .que Sabrieux portait avant son ariestationi ,. /, ,,-■
Onse souvient que l'homme, elf'rayé par/lapparition du témohi Janvier, quisorlait de s%cave une lampe à la main, avait fait une chute, en fuyant vers la vigne.
Le genou gauche du pantalon porte. l^jtxaoe ûe
cette chute ; c'est la terre de la vigne qui l'a faite.
interrogé sur ce lait, Sabrieux répond qu'il est
tombé en eU'et en se,^t;urtant contre un tas d'é-
chalas. • i • .r
— Vous étiez donc bi^n pressé ? lijd ^i-,^^ . ,:,
,)|,^i.sse la t,èt9 «t ,§^r-fl^'iû^iien<^ .„f,j^emf A '
Danà uh 'ftcdniiaa trouve du chanvre seihbtabia
à celui qui a servi à charger le pistolet. : " ■
EnTm^sûits-lji oiive, on découvre une pàire-de souliers fériés; c'étaient ceux que Sabrieux poiv lait le G décembre; il s'adaplont parfaiteinent aux empreintes des chaussures de l'assassin-r-et, indice plus gravé, on y voit mêlés à la boue du chemin et de la vigne, des fragmeats du i'aH«er dont nous avons parlé. '.'mu:-; ; . iniii
M. le .juge d'instruction' deihande ai' SaBri-eux p;©urq'Uoi ses^sonliers se trouvent sûus la caAi'ôr-
— Je les range toujours là, répond-il. ■ -M'q'ih
— Mais ils étaient enfoncés aussi loin que le bras pouvait les pousser; pourquoi les cachiezvoris?''- n '-..-^ ...■.;. ..: 'N :. >'in'i iiO —' Parce qii'ils élaientslalesi, !•>! sl!3
Cette réponse était presqwe itn aven. •■ •'■: 'Ikv
La perquisition fut continuée., mais •sans'ia»rtiener aucune autre déi'ouverfe. J' .••:.. i ■r.'i, .■
La femme de Sabrieux fut interrogée-. HBg sut ^vaincre son émotion et répondit avec beà/i coup de présence d'esprit en confirmant tout ce qp'» vait dit soi! mari. S'étaient-ils concertés ^..i —
I ,'assassinat n'ayant pas eu le vol pour nïdMle, aucune charge ne pesant stir la t'enim«v'eH'â'»re lutpasarrètée. '■^■'- "'■•••! .^i-.Mi-tfir- ■' in- ,-.fl-ir(i'3 ■ Lorsqu'il quitta la maison, elfe éffibraissa' sofi mari, et lui dit avec l'accent d'une smcéiité'pé'^ nétrante : ' ' .a
— Jean, dii oôuTa'ge !... Est-ce que tu iCeWais trembler aitisi?* Cela pourrait faire- croire tV 6©! messieurs que tu es coupable. L'assassin sérar-arrèté, et toi tu reviendras ici. Ne *e désole- done pas. On ne meurt point pour être ertîem>éipe*î dant quelques jours... ' ' ^j- oj
C'est une épreuve bien étfangS, nWftiïmptwftf. tion criminelle !... ■ ■ '.'-''f ■( '•■'.•.'n
L'accent de cette temrae était capable dîéltl"c(«^ let les convictions les mieux formées:- i> ■• l'ioi
De combien de doutes et de soupçons "çiiést-on pas assailli en qi«?lques heures? ■■ ■ —
Quant h M. X..., sa physionomie li'avait pa<f varié, ses impressions ne s'^ talent ^oint reflétées ou trahies un seul instant. On eùtditqueriea de ce qu'il avait vu ou entendu n'avait sulli à former son opinion... ■ -■' l "~
Et cependant!... • - —
11 donna des ordres pour que l'arme de l'as^ssin fût exposée dans une salle de la mairie et+jue les habitants du canton tussent invitésàiavtow-et à l'examiner pendant toute la journée, r i:i *" •'.h
11 fondait snr cette exposition^d^ espéj^neeii qui n'ont point été déçues. -;' -■ ' »;;07
En effëtj âè!s'lelénàem*Èû.-ilétait a'ppelé-au Ch^U ' V : .;;.^ ■.i^;^ î';/l .''■ • ' v ■'!':&■/ i-.LiU .}!!;.) >..<\ iL./ilt<'!ï nO .J.'î. ^ ■■:ipibl>l<i}-/ ije'I si
J3 .i.e.t'j'.^iUji] aob gJBfn ,nuuiriioa Jas'o ^alizut ...nai;Hic i«> ii'up tyjicq "'Kjqin'l «'msl-iufM ,tiuq 11/ ibM of ,u(tiia ..:s*]<^4( nom eb nu iga as'Ql ' ' {ïOT ;)'i}ov 'ii'Bi>. ,>\irr ?.iH:f .mj; .ommoo
•iiùt] iiut?) il .'liov 'jl j ojiii» "îldiii'ja . L'exposition du pist(!>i)et aVait déjà porté se« fruits. Tout le village avait dé.jà défilé deYfUï.t
LEtit DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS.
l'arme funeste, et une vieille femme s'était écriée à sa vue :
— Mais... mais.... il me semble..: j'ai vu cela quelque part.
— Où cela, ma bonne mère ?
— Je ne sais.
— Vous connaissez ce pistolet ?
— Pour sûr je l'ai vu. D'ailleurs, je n'en ai pas tant vu en ma vie.
— Est-ce au Châtel?
— Assurément, je ne suis pas sortie du village depuis nombre d'années.
— Dans quelle maison?
— Je ne sais.
On l'invita à conter ses impressions à M. X...
Elle refusa ; on lui fit comprendre qu'elle devait se rendre à Banville.
Vers deux heures après-midi elle fut reçue par le juge d'instruction, qui l'aida à rappeler ses souvenirs.
— Voyons, ma bonne femme, oîi avez-vous vu ce pistolet?
— Je ne saurais vous dire, monsieur.
Elle était fort émue, de se trouver chez «un monsieur et un juge ». Elle promenait à droite, à gauche, sur les meubles, les tentures, les tableaux, des regards ébahis ; puis se rappelant le caractère de celui qui lui adressait la parole, elle tremblait et se croyait quasi coup;tble.
M. X... lui avança un fauteuil, la fit asseoir et lorsqu'elle parut un peu moins effarouchée :
— Rappelez-vous bien, lui dit-il, et causons ici comme deux personnes qui ont intérêt à prouver la vériter. N'ayez pas peur. Je suis chargé de découvrir le criminel, d'éclairer la justice. Il ne faut pas qu'un innocent pâtisse pour un coupable, n'est-ce pas?... Eh bien! tâchons de nous rappeler l'endroit où nous avons vu ce pistolet. D'abord à quelle époque l'avez-vous vu, dites-moi?
— U y a bien un an, monsieur.
— Chez quelqu'un que vous voyez d'habitude, peut-être?
— Non, monsieur, chez quelqu'un dont je ne puis me rappeler le nom.
— Avec qui étiez-vous ?
— J'étais seule.
— Pourquoi étiez-vous sortie?
La vieille réfléchit un instant :
— Je ne sais, répondit-elle.
— Comment ! vos souvenirs sont si peu précis ? mais si votre mémoire est si mauvaise, il est à supposer que vous vous êtes méprise et que vous n'avez jamais vu ce pistolet.
— Oh ! si, monsieur, repartit la vieille avec vivacité. Quant à cela, j'en suis sûre ; ce pistolet, je l'ai vu quelque part. On n'en voit pas tant. Des fusils, c'est commun, mais des pistolets... Et puis, celui-là m'a frappée parce qu'il est ancien... C'en est un de mon temps... Enfin, je l'ai vu comme je vous vois, sauf votre respect, et il me semble encore le voir. Il était pendu à un clou au-dessus d'un poêle, entre deux petits placards. Et même, tenez, je me souviens encore de cela.
— car je vous dis, je le vois, — il empêchait la porte de l'un des placards de s'ouvrir. Il n'y avait ni clef, ni verrous.
— Vous reconnaîtriez l'endroit?
— Oh ! certainement, monsieur.
— Vous savez, beaucoup de maisons se ressemblent chez nous ; dans la première pièce il y a toujours un poêle ; chez beaucoup, au-dessous du poêle, on ménage un petit placard.
— Je sais cela.
— Vous ne feriez pas erreur? C'est très-grave.
— C'était peint en jaune; puis on verrait bien le clou entre les deux placards.
C'était logique. Quelques minutes plus tard, la voiture de M. X... était attelée et de nouveau M. X... se rendait chez Sabrieux.
Nous passons sous silence l'étonnement mêlé d'effroi de la femme du prévenu et les menus propos insignifiants qui furent échangés.
La vieille, plantée au milieu de la chambre, promena autour d'elle un regard vif et curieux.
M. X... la couvait des yeux.
— C'est bien ça, fit-elle.
— Vous êtes venue ici?
— Oui.
— Vous ne vous rappelez pas chez qui vous êtes?
— Non.
— Vous ne connaissez pas madame ? demanda le magistrat en désignant la femme de Sabrieux.
La vieille regarda celle-ci et répondit négativement.
Mais bientôt, reportant ses regards vers les placards établis au-dessus du poêle où déjà l'attention du magistrat s'était fixée.
— C'était là, dit-elle. Le clou y est encore.
M. X... prit une chaise, monta dessus, et, par sa sous-garde, accrocha le pistolet à un clou qui était fiché entre deux petits placards peints en jaune.
Le volet de droite était sans clef et sans verrou; il fermait à peine, ainsi que la vieille l'avait déclaré ; l'arme avait été rognée...
Cependant elle était|assez longue encore pour empêcher le volet de droite de s'ouvrir.
— Hélas ! c'est bien cela, dit la bonne femme, quoique depuis deux ans je ne sois pas venue dans celle maison, je me souviens que c'était ainsi.
" __ \n vous ne me reconnaissez pas ! s'écria, ardente et pâle, la femme de Sabrieux en venant se placer devant la vieille.
— Non, madame.
— Mais vous n'êtes jamais venue chez nous; je ne vous ai jamais vue. Qui ètes-vous?
L'épreuve était concluante, et M. X... dut être convaincu que l'arme de l'assassin avait appartenu à SabrieuJC-
Cependant, malgré ce faisceau de preuves accablantes pour ce dernier, le juge d'instruction était loin de se déclarer satisfait.
Admettant que Sabrieux avait possédé le pisto-
LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.
let, il se demandait oh et quand il l'avait fait réparer.
Les armuriers de Banville et des villes environnantes furent appelés.
Un d'eux émit cette opinion que le recul avait dû blesser l'assassin à la main et que la blessure, si elle existait, avait été faite par le chien et présenterait la forme d'un Y, à peu près. De plus, il ajoutait que l'arme récemment mise à percussion avait été réparée par un armurier de la campagne, ou un maréchal ferrant.
On fitdessinerle pistolet et on en distribua la lithographie dans toutes les communes du département et les arrondissements limitrophes.
L'assassinat mystérieux du Châtel avait fait un bruit immense, on ne s'entretenait que de Charles Cremesse et de Jean Sabrieux à vingt lieues à la ronde. Généralement, on concluait qu'il était inutile de chercher à accumuler des preuves nouvelles; on s'irritait des lenteurs de la justice; on accusait les magistrats de ne pas voir clair et de ne pas se rendre à l'évidence.
A l'enterrement de Charles Cremesse on remarqua Mathieu Jalo et son frère, ainsi que la femme et la fiJle de Sabrieux.
La présence de ces dernières souleva l'indignation de quantité de braves gens, qui, si elles n'étaient pas venues à l'enterrement, n'auraient pas manqué de conclure qu'elle n'osaient se montrer.
On n'insulta point ces malheureuses : ce fut merveille !
De quoi allaient-elles vivre désormais, et quel surcroît de misère le crime du père allait-il faire retomber sur la tète de l'enfant ?...
Mais reprenons notre récit.
L'affaire, un moment, avait semblé assoupie; mais ce ralentissement n'était qu'apparent, cent éléments nouveaux naissaient et se combinaient en silence.
Du côté du prévenu, rien n'était changé, c'està-dire qu'il niait toujours avec énergie avoir commis le crime, et s'abandonnait, chaque fois que l'occasion lui en était donnée, à mille divagalions sur un passé de maraudeur et de bracounier, entrecoupées de mômeries ridicules.
Il montra aussi l'intention de se faire passer pour fou; mais il trouva bientôt ce rôle trop difficile, tn somme, il souffrait ; la détentionlui était pénible doublement, et comme coureur des champs habitué au grand air et à la fatigue, et comme père de famille, car il aimait réellement sa femme et sa fille et devinait les privations horribles qu'elles devaient subir. Iinfin la pensée des assises, de la peine de mort, le terrifiait. 11 dormait peu, mangeait à peine et il s'agitait en proie à une fièvre ardente.
Mais le remords n'y contribuait-il point ?
Nous le saurons bientôt.
Dix jours s'étaient écoulés.
Un matin, deux hommes et leurs femmes se firent annoncer chez M. le juge d'instruction.
Us venaient du village de Brescy et se nommaient Pierre et Albert Bernard.
Ce dernier prit la parole et raconta ce qui suit :
— Monsieur, dit-il, mon frère et moi nous sommes établis maréchaux ferrants à Brescy. Nous demeurons tous deux dans la même rue. Nous avons reçu en même temps la lithographie du pistolet avec lequel on a assassiné Charles Cremesse, et tous deux nous avons reconnu cette arme ; elle nous a été présentée le môme jour par un inconnu.
Le juge d'instruction interrompit Albert Bernard et fit mander l'expert armurier.
— Afin de m'assurer de la fidélité de vos souvenirs, dit-il, je vous prierai de me décrire l'arme en présence d'un expert qui va venir.
Lorsque ce dernier fut arrivé, Albert Bernard décrivit l'arme de point en point et poursuivit :
— Le 16 novembre, entre quatre et cinq heures du soir, à la brune, j'étais dans la boutique avec ma femme et ma fille, quand un inconnu se présenta sans que nous l'eussions vu venir. Il était déjà au milieu de la boutique, quand je m'aperçus de sa présence. C'était un homme trapu, de petite taille, portant toute sa barbe, plus blonde que ses cheveux blonds. Il était vêtu d'une blouse, d'un pantalon gris de fer et d'une casquette. Je le regardai avec surprise. 11 fit le signe de la croix et tira de dessous sa blouse un pistolet semblable à celui qu'a reproduit la lithographie.
— Que voulez-vous? lui demandai-je.
— Vous raccommodez les armes ?
— Oui.
— Je viens vous demander si vous ne pourriez pas m'arranger ce pistolet.
Je pris l'arme et je m'approchai du foyer pour m'éclairer de la flamme, car le jour commençait à baisser ; je l'examinai avec curiosité.
— Je voudrais, dit l'étranger, que vous rogniez le canon et que vous mettiez le pistolet à percussion.
Je levai les yeux vers lui ; il ne supporta point mon regard; il avait un air sournois qui me déplut. Je trouvai aussi extraordinaire qu'un paysan eût besoin d'un pistolet. A quoi cela pouvait-il lui servir?... Et d'où venait-il? Sa mine, sa démarche m'inspiraient peu de confiance. Elles faisaient peur à ma fille et à ma femme, qui étaient à côté de moi.
Ma femme me tira par la blouse et me fit signe de le renvoyer. Je suivis son conseil.
— Je ne saurais pas taire cet ouvrage, lui dis-je.
— Et pourquoi ?
— Parce que je ne fais pas d'habitude un travail aussi difficile.
— Vous plaisantez. Je sais à qui je m'adresse, et votre talent est bien connu.
— D'où venez-vous donc?
JULES beaujoimt;
{La suite au prochain numéro.)
Reprodaction autoriaée poar le« joarnaiu <}ai oat traita avee 1* Société det Gant de lettre».
■iti^ 'DL'la.^se-men'ts irj.'tri^TRÉs,
L'AMOUR EN PARTIE DOUBLE'
' RÉGINE ET' GENOFSA
-198 hîKllA ii(Pft.R'A,MEZBUIJU !
.•I:»:- • • . ; ■! 1 I- ; .,.i4i j.' ; 1 11. ■il
-UO?. 8oy 9i> ;»Jil ■ ~^);-!-;i;'iii mL» iiit/. —
- 'M. (le Ln BiirirritiPro' sVlâit '^fèfidrt Ibttl'd'alîiirJ Vhte'la Dt( Bt-cult^ et iliiè explicMirifi assez viy6 ■JiVait'èn licii't'iili'e'ctix, explication qiii sVliiit liM'litihi^e tWil" miifi^lvrrihle Tqrreçfinrt ap|)<!qi\é(; liar ■fKpeJtt homfi^é surlbs' (Meules de la tnisriable ■(• (Vitiiro qui rcl'nsait' élieigiquem'éht' de Itti '■ 'fnptcf \u\^ «irtnini^ àssCz idiote dont il aVait, difi . IcpItTs pi-éssant hc^soin. ' '•' '
Rendue soiVple Coinilie'im frailt, la Du nreilil s impresSU de li^T(>r la ch'- an coffre-iovt, et Louis l'.ilei y puisa L^p-jehlerit, 'puis', Sans'môrtio saluer s.', complice, il se î'eudit chez la grosse Ltiiiisef s'"lL-LdiHS'e, dif-il eireii'tràtit.^rferivbië'fe^on'ne.
— Pourquoi faire? • ■ ' 'i ' ' ' ' ' '• '" ^''i
— J'alàcaiiset-avètefôi'. aik\ ai
- -C'est que... " "' > - i^iinb-Vm
— Obéis, le dis-je, on sinon... ;. '-•- ir.n i; ''♦'El'potir achever sH phrase ilimpiiAftà'.Vsà'ca'hne -fl-M rllrîi<liTlel terrib'le. ' '■ ''""' "•'''P '' ■"•''■ ' •''
Jamais la jrrosse Louise n'avait vu.son a,n^i(îri V'rt'aiiit dans un •piii'feil 'élat de sul^excrtafion', aussi T^'ftf-elle prudent d'obéir, et sur son ordre, la'Son- 'ltil«He alla voir si la statue d'Henri fV'ét'à^t taiïj.iirgsurlePtont-Nenf. • / • . '•' ■ ■ --Ji''-^ - ''^ Nous socûn'ièS sfeiil» dif^elle éil reiitràiïf'iaàiife
*'' '-^C'est bien, càiisbns niainlenant. ' "-' ''■'■"■' Le petit homme se laissa tomber dahè'\iù fpil- 'i^u^, et, âprfes av^ir allumé nn cigarë,"ir se prit a ronsidérer attc-itiveiûent la jeune temmc, puis', -.'î'tvpûlè pourpoint : > ' '■
— Louise, lui dit-il, te dépiairaïtl-il dé'gagher 'Ai mille francs?' ■- • -
— Pour me les donner comnïè lés vingt mille •fi^^.fk que tu m'as pf omis et que j'attends encore.
- Je te les donnerai sur-le-champ. ' ' '' — Ah ! mais alors que me faut-il faire p'ôùr cela?
— yne chose fort simple.
— iMais encore?
— Attirer chez toi' M. de Kerne^-ete» et l'y retfuir pendant douze heures.
•^ -I^-Sôns quel ^^f élext^^;,:^ .T.^jr^T'!